Ce que signifie vraiment une COVID-19 « endémique » : Infection massive et mort à jamais

Ceci est la première partie d'une série en deux parties. La partie 2 peut être lue ici.

« Le virus [SRAS-CoV-2] circule beaucoup trop intensément et beaucoup trop de personnes sont encore vulnérables. Pour de nombreux pays, les prochaines semaines restent critiques pour les travailleurs de la santé et les systèmes de santé […] Ce n’est pas le moment de baisser les bras et d’agiter le drapeau blanc […] Cette pandémie est loin d’être terminée, et avec l’incroyable croissance d’Omicron au niveau mondial, de nouveaux variants sont susceptibles d’apparaître. »

— Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’Organisation mondiale de la santé.

Le mot « endémique » pour décrire l’avenir de la pandémie de COVID-19 est répété par les responsables gouvernementaux et la presse bourgeoise. Ils le font dans l’espoir que la population accepte le «gros mensonge» selon lequel le SRAS-CoV-2 est un virus qui peut vivre paisiblement parmi les êtres humains plus ou moins indéfiniment.

En épidémiologie, dire qu’une infection est « endémique » signifie qu’elle est originaire ou confinée à un endroit ou à une population. Dans certains cas, cela s’explique par le fait que la maladie ne se transmet pas directement d’une personne à l’autre mais uniquement par l’intermédiaire d’un vecteur localisé, comme les moustiques qui transmettent le paludisme et la fièvre jaune. Dans d’autres cas, l’infection se maintient à un niveau stable, plutôt que de se transformer en pandémie, en raison d’une transmissibilité limitée. C’est à dire, une personne ne transmet la maladie, en moyenne, qu’à une seule autre personne, de sorte que l’infection ne s’éteint pas et ne connaît pas de croissance exponentielle.

Figure 1 Décès dus au paludisme signalés par région de l’OMS de 1990 à 2017. Les taux de cas sont stables dans le temps. Source OMS.

Mais le virus qui cause le COVID-19 est présent dans le monde entier, il n’est pas localisé, il est hautement infectieux d’une personne à l’autre et il continue de muter. De plus, la diminution de l’immunité de la population signifie que les infections par le SRAS-CoV-2 continueront à menacer les communautés d’épidémies répétées. Il n’y a aucune possibilité qu’il devienne endémique au sens scientifique du terme.

La campagne qui vise à déclarer le COVID « endémique » est donc plus politique que scientifique. Son objectif est d’habituer les populations du monde entier à des contagions et des morts massives à perpétuité. Elle sera ajoutée à la liste des maladies toujours présentes, même si le monde possède les moyens de l’éliminer.

Déclarer par choix politique la fin de la pandémie et l’endémie du SRAS-CoV-2 est une proposition prématurée et risquée. Mais de la part de la Dre Monica Gandhi, médecin et chercheuse en maladies infectieuses à l’Université de Californie à San Francisco (UCSF) qui a demandé le démantèlement du dispositif de suivi de l’épidémie, déclarer le COVID-19 endémique donne  ce terme des implications encore plus dangereuses.

Dans un entretien récent, elle a déclaré à The Hill (le journal du Congrès américain) : « Je pense que nous avons franchi un cap ». Elle a expliqué qu’une fois la vague Omicron passée, « le pays pourrait entrer dans une phase plus “endémique” du virus, dans laquelle il continue d’exister mais, il ne crée plus de crise qui menace la vie de tous les jours, et où le port du masque et les tests généralisés auprès du grand public ne sont plus nécessaires. »

Quatre médecins de l’UCSF – le Dr Jeanne Noble, directrice de la réponse COVID-19 pour le service des urgences de l’UCSF Parnassus, la Dre Jennifer Nguyen, pédiatre à l’UCSF Benioff Children’s Hospital Oakland, le Dr Vinay Prasad, professeur associé d’épidémiologie et de biostatistique à l’UCSF, et le Dr. Jarrett Moyer, spécialiste en chirurgie générale à San Francisco –ont envoyé vendredi une pétition en ligne au gouverneur de la Californie, Gavin Newsom, à tous les directeurs d’écoles publiques et à tous les responsables de la santé publique des comtés de l’État, demandant qu’on déclare le virus endémique. Ils demandent que les directives soient modifiées, affirmant que les restrictions actuelles en cas de pandémie causent des dommages inutiles, comme la santé mentale et le bien-être des élèves, sans qu’aucune preuve ne vienne étayer ces affirmations.

Pendant ce temps, les taux d’infection mondiaux continuent de grimper, avec 3,7 millions d’infections signalées chaque jour et un nombre de décès quotidiens approchant les 10.000. Aux États-Unis, le taux d’infection se maintient à plus de 700 000 par jour, les admissions à l’hôpital pour le COVID-19 atteignent des sommets pandémiques et les décès quotidiens approchent les 3000.

La demande de déclarer l’« endémicité » est une manœuvre calculée pour forcer la population à abandonner toute résistance aux dangers posés par l’agent pathogène SRAS-CoV-2.

La présomption que le COVID-19 deviendrait endémique n’est pas nouvelle. Il y a un an déjà, avant que les vaccins ne soient largement distribués, l’idée d’endémicité se trouvait promulguée par des scientifiques de renom. Presque dès le début, même si quelques pays d’Europe et d’Asie ont réussi à mettre en œuvre une stratégie « Zéro COVID », de nombreux experts de la santé ont déclaré que l’élimination et l’éradication n’étaient plus d’actualité.

Selon un article publié dans Nature l’année dernière, lors d’une enquête menée auprès de plus de 100 immunologistes, spécialistes des maladies infectieuses et virologues, 89 pour cent d’entre eux ont estimé que le SRAS-CoV-2 deviendrait probablement un virus endémique, sans expliquer ce que cela signifierait pour la population.

Le Dr Michael Osterholm, épidémiologiste à l’université du Minnesota à Minneapolis, a alors déclaré : « Éradiquer ce virus dès maintenant dans le monde, c’est un peu comme essayer de planifier la construction d’un sentier de randonnée vers la lune. C’est irréaliste. »

D’autres, comme Christopher Dye de l’Université d’Oxford, pensaient que le COVID-19 pourrait être éliminé dans certaines régions grâce à une politique Zéro COVID et à l’obtention d’une immunité collective par la vaccination : « Je suppose que la COVID sera éliminé de certains pays, mais avec un risque permanent de réintroduction à partir d’endroits où la couverture vaccinale et les mesures de santé publique n’ont pas été suffisamment bonnes. »

Une évaluation plus sombre du Dr Angela Rasmussen, virologue à l’Université de Georgetown, note que « le virus deviendra probablement endémique, mais la forme qu’il prendra est difficile à prévoir ». En effet, il est complexe d’estimer les conséquences sociales à long terme que le virus aura sur la population pendant plusieurs décennies. D’après les connaissances actuelles, le virus peut accélérer les maladies chroniques, notamment les effets des infections sur la capacité du cerveau à fonctionner correctement.

Une récente étude collaborative sur un modèle animal, menée par des chercheurs de l’université de Yale, a démontré que même les personnes qui contractent des infections légères peuvent subir des dommages neurologiques. Les auteurs de l’étude ont écrit : «Pris dans leur ensemble, les résultats présentés ici illustrent des similitudes frappantes entre la neuropathophysiologie après un traitement anticancéreux et après une infection par le SRAS-CoV-2 et élucident les déficits cellulaires qui peuvent contribuer à des symptômes neurologiques durables après une infection par le SRAS-CoV-2, même légère. »

Un exemple est le cas de Rainey DeGroot, une fillette de 10 ans qui a développé un COVID long et une dysautonomie après avoir été infectée. Cette maladie neurologique a provoqué une défaillance du système nerveux autonome qui contrôle les processus de base comme la digestion, la respiration et les battements du cœur. Elle utilise désormais une sonde d’alimentation.

L’un des principaux auteurs, le Dr Akiko Iwasaki, immunologiste à la faculté de médecine de l’université de Yale, a expliqué : « Nous avons constaté que même avec une infection très légère. Pour laquelle nous ne pouvons vraiment pas mesurer de phénotype de maladie chez ces souris. Nous avons tout de même observé des dommages importants dans les cellules du cerveau. Cela signifie que même une infection respiratoire légère pourrait entraîner des symptômes neurologiques ; c’est ce qui ressort des dommages que nous observons. »

Elle ajoute que si les vaccins ou une infection préalable peuvent empêcher ces conséquences à long terme de se produire après l’infection, ce n’est toujours pas une garantie. On ignore encore beaucoup de choses sur la nature du virus et ses effets sur le système immunitaire et l’organisme dans son ensemble, notamment si les infections au COVID-19 contribuent à accélérer le développement de maladies chroniques.

Un article récent du Financial Times a révélé que depuis l’été, la surmortalité non directement liée au COVID-19 « a été supérieure à la moyenne hebdomadaire des cinq années précédant la pandémie. » Ces décès étaient liés à des maladies cardiovasculaires et à des accidents vasculaires cérébraux, en hausse de 30 pour cent par rapport aux niveaux enregistrés avant la pandémie.

Figure 2 - La surmortalité hebdomadaire ne s’explique plus uniquement par le COVID au Royaume-Uni. Source FT.

Les responsables de la santé publique qui se sont exprimés sur les résultats de l’étude ont émis l’hypothèse que les gens choisissent de ne pas accéder aux soins de santé par peur ou parce qu’ils attendent trop longtemps en raison des embouteillages à l’hôpital et du manque de personnel. D’autres prétendent que cela pourrait être dû à l’âge croissant de la population par rapport aux années précédentes. Cependant, comme l’a déclaré au FT Sarah Scobie, directrice adjointe de la recherche au groupe de réflexion Nuffield Trust, il n’y a pas de « preuves tangibles » de ce retard dans les soins.

J. Scott Davison, PDG de la compagnie d’assurance OneAmerica, s’exprimant lors d’une conférence sur les soins de santé organisée par la Chambre de commerce de l’Indiana, a expliqué que sa compagnie avait enregistré les taux de mortalité les plus élevés jamais vus depuis son arrivée dans l’entreprise. Ce qui est alarmant, a-t-il noté, c’est le pic de décès parmi les populations en âge de travailler. « Les taux de mortalité ont augmenté de 40 pour cent par rapport à ce qu’ils étaient avant la pandémie ». Il a ajouté que l’on pouvait s’attendre à ce qu’une catastrophe survenant une fois tous les 200 ans entraîne une augmentation de 10 pour cent des décès par rapport à la période pré-pandémique. Bien que le nombre de décès dus au COVID-19 ait dépassé 850 000 aux États-Unis au Nouvel An, le nombre de décès excédentaires se situe entre 940 000 et 1,2 million.

Figure 3 - Estimation de la surmortalité cumulée aux États-Unis. Source : Notre monde en données.

Par habitant, les États-Unis sont à deux doigts de l’ampleur des décès causés par le virus de la grippe de 1918 dite grippe espagnole, et s’en approchent toujours. La différence, c’est que cette situation se produit en dépit de nos connaissances sur la manière d’arrêter le virus et de la disponibilité de vaccins et de traitements vitaux pour endiguer les effets des contaminations. Cela signifie que le nombre de décès que nous observons actuellement est intentionnel.

Micah Pollak, professeur associé d’économie à l’université d’Indiana Northwest, a déclaré à propos des effets du COVID-19 sur la population : « Nous ne savons vraiment pas à quoi ressemble la fin de cette chose. Plus vous vous éloignez [de l’infection], plus vous avez de temps pour développer des complications. Il y a tellement de preuves de ces effets à long terme du COVID que j’ai naturellement supposé que les gens se rendaient compte que nous allions probablement voir beaucoup de décès en cours de route — pas nécessairement peu de temps après l’infection, mais indirectement à la suite de l’infection, ainsi que non seulement des décès mais aussi des handicaps. »

Un an plus tard, nous avons vu l’introduction de vaccins contre la COVID-19 et de traitements contre les cas de COVID-19 symptomatiques. Malgré cela, l’apparition de variants toujours nouveaux, plus transmissibles et contournant les immunités conférées par les précédents variants, comme Omicron, et la mort de millions d’autres personnes n’ont pas dissuadé les élites dirigeantes de reconsidérer leur approche. Au contraire, elles ont redoublé d’efforts pour s’assurer que le variant Omicron infecte chaque personne sur la planète et propulse le monde dans un état endémique forcé et un « retour à la normale » (c’est-à-dire aux opérations normales d’exploitation capitaliste et d’extraction de profits).

Dans une mise à jour sur le sujet du COVID-19 endémique, un éditorial de Nature du 10 janvier 2022 se trouve intitulé « Le COVID est là pour rester : les pays doivent décider comment s’adapter ». Les rédacteurs poursuivent en écrivant : « Pour ceux qui espéraient que 2021 serait l’année qui reléguerait la pandémie au passé, elle a été un rappel brutal qu’elle est toujours bien présente. Plutôt que d’élaborer des plans pour revenir à la vie “normale” que nous connaissions avant la pandémie, 2022 est l’année où le monde doit accepter le fait que le SRAS-CoV-2 est là pour rester. »

Une récente déclaration du PDG de Pfizer, Albert Bourla, est typique de cet état d’esprit. S’exprimant dans le journal français Le Figaro, il a prédit : « Nous pourrons bientôt reprendre une vie normale. Nous nous trouvons bien placés pour y arriver au printemps grâce à tous les outils dont nous disposons : des tests, des vaccins très efficaces et les premiers traitements qui peuvent se prendre à domicile. » La dernière partie de la déclaration concerne le Paxlovid, le traitement antiviral de Pfizer approuvé par la FDA contre l’infection par la COVID-19, qui semble également efficace contre Omicron. Un COVID permanent permettra au géant pharmaceutique de s’enrichir à perpétuité avec ce virus.

Un commentaire récent a été publié dans The Lancet par le Dr Christopher Murray, directeur de l’Institut de métrologie sanitaire et d’évaluation (Institute for Health Metrics and Evaluation – IHME), dont la modélisation et les prédictions ont été suivies de près par la Maison-Blanche et les principaux médias. Après avoir expliqué qu’Omicron a provoqué plus de 125 millions d’infections par jour et que 50 pour cent du monde aura été infecté par Omicron d’ici à la fin mars 2022, il a tenté de rassurer les lecteurs en affirmant que « la COVID-19 deviendra une autre maladie récurrente que les systèmes de santé et les sociétés devront gérer. »

La Docteure Maria Van Kerkhove, responsable technique pour la COVID-19 à l’OMS, a réfuté ces conceptions, déclarant : « Nous entendons beaucoup de gens suggérer qu’Omicron est le dernier variant, que c’est fini après cela. Et ce n’est pas le cas, car ce virus circule à un niveau très intense dans le monde entier. »

Le Dr Bruce Aylward, haut fonctionnaire de l’OMS, a ajouté : « Nous ne comprenons pas totalement les conséquences de laisser courir cette chose. La plupart de ce que nous avons vu jusqu’à présent dans les zones de transmission non contrôlée, c’est que nous avons payé un prix pour les variants qui émergent et les nouvelles incertitudes que nous devons gérer à mesure que nous avançons. »

En effet, le sous-variant BA.2 d’Omicron compte 80 à 90 mutations, contre 60 pour l’Omicron BA.1. Le professeur Yaneer Bar-Yam, physicien spécialiste des systèmes complexes et responsable du Réseau mondial de la santé (World Health Network) qui appelle à l’élimination mondiale du COVID-19, a fait remarquer : « [Ce n’est] pas la même chose. [La variante BA.2 est à peu près aussi différente que la variante originale de Delta. » Il a ajouté que les mutations dans Omicron se produisent à un rythme plus rapide que les souches précédentes. Actuellement, la BA.2 se développe rapidement au Royaume-Uni, en Suède, au Danemark et en Norvège.

(Article paru d’abord en anglais le 24 janvier 2022)

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