Ceci est la Deuxième partie d'une série en deux parties. La partie 1 peut être lue ici.
Le Dr Anthony Fauci, le principal conseiller médical de la Maison-Blanche de Biden, qui a toujours un pied planté dans le bourbier de la politique bourgeoise, a fait une déclaration remarquable à la presse lors de sa récente apparition à la conférence en ligne Davos Agenda du Forum économique mondial. Il a déclaré : « La question de savoir si Omicron sera ou non le vaccin à virus vivant que tout le monde espère reste ouverte. »
Les commentaires du Dr Fauci étaient scientifiquement sans valeur et dépourvus des principes qu’un responsable de la santé publique devrait adopter pour protéger la population, quelle que soit l’atmosphère politique entourant la question. Le rôle d’un responsable de la santé publique n’est pas d’ignorer l’importance du principe de précaution, qui interdit le type d’« expérimentation » sociale qui se déchaîne actuellement sur la population américaine et mondiale.
En l’absence d’une compréhension claire des conséquences à long terme – ou même à court terme – d’une contaminations générale par le variant Omicron, la tâche de la santé publique est de faire tout ce qui est possible pour protéger la population, et non pas d’ouvrir les portes au virus et de risquer une éventuelle catastrophe.
L’objectif suprême est la protection de la vie humaine, et les scientifiques qui ont des principes doivent avertir les membres de la population qu’ils doivent se protéger et protéger leurs proches. Même si Omicron est moins virulent que Delta en termes d’effets sur un individu donné, il est beaucoup plus transmissible et pourrait bien compenser en volume ce qui lui manque en puissance. Les infections massives causeront un nombre incalculable de décès qui auraient pu être évités. Pire encore, un taux d’infections aussi élevé donne au virus la possibilité de continuer à muter vers des formes plus virulentes ou résistantes aux vaccins.
Pour replacer le fatalisme de Fauci dans son contexte, le Dr Raina MacIntyre, épidémiologiste de renommée internationale et responsable du programme de biosécurité du Kirby Institute de l’Université de Nouvelle-Galles du Sud (NSW), basée à Sydney, en Australie, a récemment observé : « Omicron n’est pas bénin. Omicron est moins grave que Delta, mais rien qu’en Nouvelle-Galles du Sud, il tue des gens au rythme du crash d’un Boeing 737 tous les quinze jours, y compris des enfants et des jeunes en pleine forme. Elle provoque des milliers d’hospitalisations par jour […] Aujourd’hui, le mouvement anti-science est devenu un courant dominant, qui sème la confusion dans la communauté et est propagé par les politiciens et les responsables de la santé pour servir leurs propres intérêts. »
L’impact mondial et le nationalisme vaccinal
Bien qu’on a administré 9,6 milliards de doses de vaccins COVID-19 dans le monde, le nationalisme vaccinal continue de détourner l’attention de la nécessité de fournir ces traitements vitaux aux pays les plus pauvres du monde. Officiellement, on a signalé plus de 328 millions de cas de COVID-19 et 5,54 millions de décès.
La semaine dernière, on a enregistré 20,4 millions de nouvelles infections dans le monde (30 pour cent de plus que la semaine précédente) et plus de 49 000 décès. Les cas dans cinq des six régions de l’OMS continuent d’augmenter de façon spectaculaire. Et en ce qui concerne les décès excédentaires, les estimations situent l’ampleur réelle des décès de deux à quatre fois supérieure aux rapports officiels, avec une estimation centrale de près de 20 millions depuis le début de 2020. L’estimation de l’excès de décès hebdomadaire par The Economist est de plus de 66.000, juste à côté du pic de mai 2021 de 69.600. Cela équivaut au niveau de décès des civils et des combattants pendant la Première Guerre mondiale.
Ces estimations vont continuer à grimper, car la propagation rapide du variant « douce » d’Omicron à travers le monde rend malade des millions de personnes et entraîne l’inondation des systèmes de santé partout où il s’est imposé. Les États-Unis ont récemment vu les admissions moyennes de COVID-19 dans tout le pays atteindre des sommets, y compris les cas pédiatriques.
Dans toute l’Amérique du Sud, les hôpitaux refusent des patients. En Argentine, on estime que 15 pour cent du personnel de santé se trouve actuellement infecté par la COVID-19. Des opérations chirurgicales sont annulées pendant un mois à Rio de Janeiro, au Brésil, où entre 10 et 20 pour cent des professionnels de la santé ont pris des congés maladie depuis les vacances du Nouvel An. Cependant, le silence imposé par le président fasciste Jair Bolsonaro sur les statistiques réelles de COVID-19 sur le terrain rend impossible toute évaluation au jour le jour.
Dans un rapport récent publié dans l’éminent journal australien Saturday Paper, le Dr MacIntyre prend à partie les experts célèbres sans scrupules qui ont suivi la ligne politique en déclarant Omicron « bénin » et la COVID-19 « endémique ».
Elle écrit : « Le déni de la science de l’épidémiologie est très répandu, même parmi les “experts”. On nous répète sans cesse que le SRAS-CoV-2 va devenir “endémique”. Mais il ne sera jamais endémique parce que c’est une maladie épidémique et qu’il en sera toujours ainsi. La différence essentielle est la propagation. En tant que maladie épidémique, le SRAS-CoV-2 trouvera toujours les personnes non vaccinées, insuffisamment vaccinées ou dont l’immunité est affaiblie et se propagera rapidement dans ces groupes. En règle générale, les véritables infections épidémiques se propagent d’une personne à l’autre, le pire étant la transmission par voie aérienne, et présentent un profil de croissance et de décroissance, comme nous l’avons déjà vu avec les multiples vagues de SRAS-CoV-2. Les cas augmentent rapidement en quelques jours ou semaines, comme nous l’avons vu avec Alpha, Delta et Omicron. Aucune maladie véritablement endémique – le paludisme, par exemple – ne présente un tel schéma. »
Comme elle le fait remarquer, une stratégie fondée uniquement sur le vaccin s’est avérée désastreuse, car l’immunité diminue et le virus a muté vers des souches qui échappent au système immunitaire. Plus récemment, une petite étude menée en Israël a montré que même quatre doses de vaccin n’étaient pas très efficaces pour prévenir l’infection par le variant Omicron. Entre-temps, aucun effort n’a été fait pour lutter contre la nature aérienne de l’infection, comme la fourniture universelle de masques de haute qualité N95 ou plus, la garantie d’un air intérieur sain ou d’autres facteurs d’atténuation. Même les tests et la recherche des contacts, piliers du contrôle des épidémies, ont été abandonnés.
MacIntyre ajoute : « Beaucoup ne comprennent pas la notion de “santé publique” et l’assimilent à la fourniture de soins de santé poussés dans les hôpitaux publics ou la confondent avec les soins de premire urgence. La santé publique est la réponse organisée de la société pour protéger et promouvoir la santé et prévenir les maladies, les blessures et les handicaps. Il s’agit d’une responsabilité essentielle du gouvernement. »
Dans un autre article récent intitulé « Au milieu des échecs en cascade, où est la direction ? » MacIntyre développe sa réfutation de ceux qui ont affirmé que la COVID-19 deviendra endémique. Elle note que les infections endémiques et épidémiques présentent des schémas de maladie différents et que «les infections respiratoires transmissibles comme la grippe, la rougeole ou le SRAS-CoV-2 ne deviennent pas endémiques. Elles provoquent des vagues récurrentes, et chaque vague perturbe la société, car elle se développe rapidement, en quelques jours ou semaines. Même la grippe, qui est plus bénigne que le SRAS-CoV-2, nécessite une planification de l’afflux de lits d’hôpitaux supplémentaires pour l’épidémie saisonnière chaque hiver. »
La Dre Ellie Murray, professeure adjointe d’épidémiologie à l’école de santé publique de l’université de Boston, a également noté récemment sur les médias sociaux : « Tout le monde parle sans cesse du fait que le COVID devient endémique, mais en écoutant la conversation, cela devient de plus en plus clair pour moi que très peu d’entre vous savent ce que signifie “endémique”. »
Murray explique que quatre options existent pour ce qui pourrait se passer avec toute pandémie : 1) l’extinction complète de l’agent pathogène, 2) l’éradication mondiale de la maladie, 3) l’élimination locale de la maladie et 4) la présence continue de la maladie, avec des poussées plus ou moins importantes. Les trois premières options, toutes difficiles et nécessitant une coordination mondiale ou régionale des ressources pour stopper la maladie ou l’agent pathogène, sont les seules options qui permettent d’éviter que la maladie ne fasse des ravages de manière répétée dans certains pays ou dans le monde entier.
La Dre Murray décrit les maladies récurrentes comme « plus faciles à court terme, mais c’est le plus difficile à long terme ». Le Dr Murray note également que le terme « endémique » est vague, car il n’y a pas de limites prédéfinies au nombre d’infections par jour qui est acceptable. « Le niveau “acceptable” diffère d’un endroit à l’autre, dans le temps et entre les maladies, et il n’est pas toujours explicite. Mais quand une maladie est endémique, il y a un seuil ! »
Elle prévient : « Donc, voici le point essentiel : endémique ne signifie pas “ne plus jamais penser au COVID”. C’est exactement le contraire ! Endémique signifie que quelqu’un pense toujours au COVID. Endémique signifie que la santé publique surveille toujours la maladie et intervient toujours lorsque les cas dépassent le niveau acceptable. » Contrairement à cette approche scientifique de l’endémicité, les élites dirigeantes déclarent le COVID-19 endémique comme prétexte pour abandonner complètement tous les efforts de santé publique qui visent à assurer que la maladie soit amenée à un semblant de contrôle « acceptable ».
Soit dit en passant, la santé publique a fait d’énormes progrès au cours des 200 dernières années. Il y a deux siècles, les conditions de vie étaient très différentes : mauvaises conditions sanitaires, absence de gestion adéquate des eaux usées et d’eau potable, absence d’inspection des aliments et de collecte des ordures, mauvaise alimentation, logements surpeuplés. De nombreux nourrissons et enfants périssaient de maladies dont on entend à peine parler aujourd’hui: le choléra, la diphtérie, le typhus, pour n’en citer que quelques-unes. L’espérance de vie était la moitié de ce qu’elle est aujourd’hui. De nombreux progrès ont été réalisés non pas grâce à des découvertes médicales, mais grâce à des initiatives de santé publique qui ont rendu la vie plus sûre et plus confortable pour des millions de personnes. Mais au cours des deux dernières décennies aux États-Unis, malgré le doublement des dépenses de santé, l’espérance de vie a à peine augmenté. Depuis le début de la pandémie, l’espérance de vie s’est effondrée.
Le Dr William Haseltine, professeur à l’école de médecine de Harvard pendant deux décennies et collaborateur du magazine Forbes, a récemment écrit : « Une endémie est un foyer de maladie qui est constamment présent, indépendamment de sa gravité. Le COVID-19 est toujours une maladie très grave dont on ne connaît pas les conséquences. Une maladie endémique stable est à mille lieues des poussées imprévisibles et des variants évolutifs de la pandémie actuelle. » Il souligne ensuite le fait qu’une maladie endémique ne signifie pas une maladie bénigne. Le paludisme, qui a tué plus de 600 000 personnes en 2020, est considéré comme endémique.
Le Dr Haseltine ajoute que « l’infection par Omicron n’est pas bénigne pour les personnes immunodéprimées, non vaccinées ou présentant un facteur de risque de COVID-19 sévère. Cela représente une fraction importante de la population des États-Unis. Contrairement aux premières données encourageantes qui proviennent d’Afrique du Sud, les hospitalisations aux États-Unis ont déjà atteint un nouveau pic pandémique. »
La Dre Elizabeth Halloran, directrice du Centre d’inférence et de dynamique des maladies infectieuses de Seattle, a récemment publié sur le sujet de l’endémicité et du COVID-19. Interrogée par le Financial Times, elle a déclaré : «L’endémicité n’implique pas une maladie bénigne, et une maladie bénigne n’implique pas l’endémicité. L’évolution vers l’endémicité a à voir avec l’atteinte d’un équilibre dynamique où, en moyenne, une personne infecte une seule autre personne, et cela peut inclure la saisonnalité ou d’autres fluctuations. »
Elle ajoute : « Bien que les vaccins soient utiles, il n’y a pas grand-chose que nous, les humains, puissions faire intentionnellement pour tendre vers l’endémicité […] beaucoup dépend de la façon dont le virus évolue. » Et l’évolution du virus s’est avérée très difficile à prévoir, notamment la virulence du variant Omicron.
En conclusion, nous proposons le diagnostic et la prescription succincts du Dr MacIntyre :
Premièrement, nous avons besoin d’un engagement explicite des gouvernements à protéger les gens. Nous n’avons pas encore cet engagement – nous parlons de responsabilité personnelle, mais nous n’avons pas les outils pour survivre. La responsabilité personnelle est très bien pour les privilégiés et les riches qui peuvent ignorer les files d’attente et obtenir les traitements médicamenteux les plus sophistiqués. Mais, pour le reste d’entre nous, c’est la jungle de la survie du plus fort. On se bat pour des ressources rares, qu’il s’agisse de lits d’hôpitaux, d’un test antigénique rapide ou de poulet dans les rayons du supermarché.
Nous avons été laissés à deux niveaux de la société. Les 50 pour cent qui sont en forme, jeunes et en bonne santé, et les 50 pour cent restants qui sont plus âgés, ou qui vivent avec un handicap ou une maladie sous-jacente. Chaque jour, on nous rappelle que les décès des personnes âgées et de la moitié faible n’ont pas autant d’importance que les décès de la moitié jeune et forte. Le gouvernement doit s’engager à ce que nous soyons tous aussi importants les uns que les autres.
Nous disposons des outils nécessaires pour minimiser les dommages causés à l’économie et à la santé, et de meilleurs vaccins et traitements sont à venir. Nous devons dénoncer la désinformation antiscientifique, surtout lorsqu’elle est propagée par des experts ou des personnes au pouvoir. Au lieu de capituler parce que nous sommes malades de la pandémie, nous avons besoin d’ambition pour faire de notre mieux, de courage moral et d’une vision partagée de ce que nous voulons comme société. Et nous avons besoin de personnes qui montrent la voie.
Conclusion
(Article paru d’abord en anglais le 25 janvier 2022)
