Un tweet de Laurent Lafrance, un éducateur de Montréal, révélant que le gouvernement du Québec avait fourni à son école des masques qui ne répondaient pas aux normes de qualité, est devenu viral cette semaine. Plus de 40.000 personnes ont vu le tweet, qui indiquait que les masques chirurgicaux désignés par le code MC9501 avaient été jugés inadéquats en décembre 2020.
Dans une interview accordée au World Socialist Web Site, Laurent a fait remarquer que les masques généralement utilisés dans son école portaient l’indication «ASTM Level 1» sur l’emballage. Il s’agit de l’American Society of Testing and Materials, qui classifie les masques de protection. Les masques de niveau 1 sont décrits comme offrant une «faible barrière de protection» et ne sont explicitement pas recommandés pour une utilisation contre les contaminants en suspension dans l’air comme la COVID-19. Seuls les masques de niveau 2 ou 3 protègent le porteur contre une infection par la COVID-19, qui se transmet principalement par des aérosols, de minuscules particules expulsées par la respiration d’une personne infectée et qui peuvent flotter dans l’air pendant des heures.
«C’était une journée ordinaire dans des conditions de pandémie, et j’étais assis à mon bureau en train de travailler», a-t-il déclaré. «J’ai toujours été préoccupé par ma propre sécurité et celle de mes collègues. Une préoccupation particulière pour moi est que nous sommes approvisionnés avec des masques chirurgicaux marqués de la désignation ASTM niveau 1, qui, selon les experts, ne sont pas adéquats pour protéger contre la transmission par voie aérienne.»
En examinant la boîte de masques sur une table voisine, Laurent a observé que la cote ASTM niveau 1 était absente.
«J’étais intrigué, donc j’ai effectué une recherche en ligne sur le code du masque», poursuit-il. «La première chose que j’ai vue, c’est un article de décembre 2020 indiquant que ce type de masque ne répondait pas aux normes de sécurité. L’article notait que ces masques avaient été retirés des garderies et remplacés par des masques adéquats.»
«J’ai été assez choqué, car il s’agissait précisément des masques que nous utilisions depuis plusieurs semaines. J’ai donc écrit un tweet à ce sujet et j’ai déclaré à la fin que nous avions besoin d’une explication à ce sujet. J’ai également averti ma directrice que ces masques étaient interdits. Elle a écrit à l’institution désignée à ce sujet.»

Tweet de Laurent Lafrance:« Je n’ai pas vu de niveau de qualité sur la boîte de masques que mon école (et le gouvernement @coalitionavenir) ont fournis. J’ai donc vérifié sur internet «MC9501» pour découvrir qu’ils ont été interdits de nouveau en déc. 2020 car ils ne répondent pas aux normes de sécurité!
Je veux des explications.»
Laurent a noté que la colère généralisée générée par son tweet reflétait le fait que de nombreux enseignants et autres membres du personnel de l’éducation reconnaissaient que le gouvernement de droite de la Coalition Avenir Québec n’avait aucun intérêt à préserver leur santé et leur sécurité. «De nombreux enseignants ont dit que ces masques étaient les mêmes que ceux qu’ils utilisaient dans leur école», a ajouté Laurent. «Un travailleur de garderie a écrit qu’ils ont pris une photo du masque en décembre 2020 pour s’assurer qu’ils ne reviendraient jamais en usage.»
«L’année dernière, on nous a fourni des masques contenant des composants toxiques. Ils contenaient du graphène, qui peut causer des dommages aux poumons. Nous les avons portés pendant des semaines. Tout cela montre que notre sécurité n’est pas prise très au sérieux par les autorités.»
Conformément à la politique meurtrière d’infection de masse adoptée par l’élite dirigeante canadienne, le gouvernement de la CAQ a tout au long de la pandémie accueilli positivement la propagation de la COVID-19. En avril 2020, le premier ministre François Legault a déclaré lors d’une conférence de presse que seule «l’immunité collective», c’est-à-dire l’infection de masse, permettrait de sortir de la crise. Les représentants du gouvernement ont explicitement rejeté la nécessité pour les éducateurs et autres travailleurs essentiels d’avoir accès à des masques N95, lesquels sont nécessaires pour protéger celui qui le porte contre les aérosols.
«Comment pouvons-nous avoir confiance en un gouvernement qui est prêt à accepter l’infection de masse?» a déclaré Laurent. «Lors d’une récente conférence de presse, Legault s’est fait demander: «Que signifie vivre avec le virus?» Il a ensuite déclaré que nous devions accepter plus de décès et d’hospitalisations au Québec».
«La façon dont ils ont changé les règles dans les écoles montre qu’ils laissent le virus se déchaîner. Le seuil pour fermer une classe est de 60% d’enfants infectés. L’année dernière, s’il y avait deux cas liés dans une même classe, ils étaient censés arrêter l’enseignement en personne. Même dans ce cas, ils essayaient de contourner le problème en niant que la transmission avait eu lieu en classe.»
Le tweet de Laurent a été repris par le Parti québécois (PQ) nationaliste, qui a demandé des réponses au gouvernement. Le ministre de l’Éducation Jean-François Roberge a évité de répondre directement à Laurent, se contentant de répondre au tweet du PQ par une vague assurance que le fabricant des masques avait confirmé au gouvernement que, même si la boîte indiquait qu’ils n’étaient bons que pour un an, ils pouvaient être utilisés pendant deux ans s’ils étaient correctement entreposés.
Roberge n’a fait aucune référence au rapport de décembre 2020 indiquant que les masques portant le code MC9501 avaient été retirés de la circulation parce qu’ils étaient jugés non sécuritaires. Il n’a pas non plus expliqué pourquoi le gouvernement, deux ans après le début d’une pandémie mortelle, ne fournit pas aux travailleurs de l’éducation des masques qui les protègent contre une infection par un virus mortel.
Laurent a rejeté les affirmations bidon des représentants du gouvernement, qui prétendent vouloir garder les écoles ouvertes pour que les enfants reçoivent une bonne éducation et pour protéger leur santé mentale. «Nous apprenons chaque jour qu’un enseignant a contracté la COVID à l’école et qu’il doit être remplacé», a-t-il commenté. «Le gouvernement a envoyé un mémo aux écoles leur disant de préparer des listes de parents et de bénévoles qui ne sont pas qualifiés mais qui peuvent faire du gardiennage. Ils sont conscients que les enseignants et les élèves vont tomber malades mais ils laissent ça aller.»
Cette politique de classe impitoyable est soutenue par tous les gouvernements, qui considèrent les écoles comme des entrepôts pour enfant afin que leurs parents soient libres d’aller travailler et de générer des profits pour la grande entreprise.
Laurent insiste sur le fait qu’un changement drastique est nécessaire pour que les étudiants, le personnel et la communauté dans son ensemble soient protégés des infections. «Les enseignants devraient avoir accès au plus haut niveau d’EPI», a-t-il déclaré. «Le virus est aéroporté, et les experts disent que les N95 ou les respirateurs en élastomère sont les options les plus sécuritaires. Cependant, dans les conditions actuelles, nous devons nous battre pour fermer les écoles. Elles ne sont pas sûres dans cette pandémie. Les écoles ne devraient être ouvertes que lorsque la situation est maitrisée, dans le cadre d’une stratégie Zéro COVID.»
«Lorsque les écoles sont rouvertes, les enseignants devraient disposer des EPI les plus sécuritaires, dont des N95 au minimum, ainsi que de toute une série de mesures visant à prévenir la transmission. Ces mesures comprennent la réduction de la taille des classes, l’utilisation de l’extérieur lorsque cela est possible, et des cohortes plus petites.»
«Les enseignants et autres membres du personnel de l’éducation doivent créer des comités de la base pour lutter en faveur d’une stratégie «Zéro COVID». Les enseignants et le personnel de soutien devraient collaborer avec les parents et les scientifiques pour déterminer les mesures nécessaires à prendre dans les écoles lorsqu’il est sécuritaire de rouvrir. Les enseignants ont également besoin d’une éducation sur la science du virus. Sur cette base, ils peuvent soutenir l’adoption de mesures qui garantiront la sécurité de tous, y compris celle des enfants.»
Nous encourageons tous les éducateurs du Canada qui souhaitent faire part de leur expérience des conditions dans leur école pendant la pandémie à contacter le Comité de sécurité pancanadien du personnel scolaire de la base à l’adresse cersc.csppb@gmail.com. Vous pouvez également suivre le comité sur Twitter.
(Article paru en anglais le 28 janvier 2022)
