Le gouvernement Biden et les dirigeants du Congrès des partis démocrate et républicain sont parvenus à un accord tôt mercredi sur l’adoption d’un projet de loi budgétaire global qui finance les dépenses fédérales pour le reste de l’année fiscale en cours qui se termine le 30 septembre.
La Chambre des représentants a adopté mercredi soir la loi, divisée en deux sections. La partie consacrée aux dépenses militaires – qui prévoit un montant record de 782 milliards de dollars pour le renforcement de la machine militaire américaine – a été adoptée par un vote bipartisan écrasant. La partie consacrée aux dépenses sociales, d’un montant inférieur de 730 milliards de dollars, a été adoptée par un vote qui suivait de très près la ligne de parti, 260-171, soutenu par tous les démocrates sauf un, et seulement 39 républicains.
Le projet de loi est massif, tant par les fonds alloués, quelque 1.500 milliards de dollars, que par sa taille physique, plus de 2.700 pages. Des douzaines de dispositions superflues ont été insérées dans la législation «essentielle», tandis que d’autres mesures ont été supprimées pour apaiser les républicains du Sénat, dont le soutien était nécessaire pour surmonter toute obstruction.
Aux dépenses militaires record s’ajoutent 14 milliards de dollars supplémentaires, intitulés «aide à l’Ukraine», bien que la majeure partie de ces dépenses soit destinée à soutenir les opérations militaires américaines en Europe de l’Est, notamment le déploiement de milliers de soldats, de chars et d’avions de guerre supplémentaires.
Le total s’élève à près de 800 milliards de dollars, soit plus qu’aucune administration américaine n’a jamais dépensé pour des opérations militaires en une seule année. Le gouvernement Biden avait initialement demandé 715 milliards de dollars pour le Pentagone; le Congrès a augmenté ce chiffre de 25 milliards de dollars dans la loi d’autorisation de la défense nationale adoptée à la fin de l’année dernière. Le projet de loi de crédits ajoute 42 milliards de dollars supplémentaires, auxquels s’ajoutent les fonds destinés à l’Ukraine.
Il convient d’y ajouter la majeure partie des crédits alloués au département de l’Énergie, qui gère la production des ogives nucléaires américaines avant qu’elles ne soient chargées dans les bombes et les missiles, et une grande partie des dépenses du département de la Sécurité intérieure (DHS) qui ont atteint le chiffre record de 106 milliards de dollars, une augmentation de 11 pour cent, ainsi que les dépenses des agences de renseignement.
Les dépenses totales de tous les départements du gouvernement fédéral pour l’appareil militaire et de renseignement dépassent certainement 1.000 milliards de dollars, soit plus que les huit prochains pays du monde réunis. En comparaison, le budget militaire russe est estimé à 62 milliards de dollars, soit environ un seizième du total américain.
Parmi les autres dispositions figurent le soutien aux efforts de «lutte contre le terrorisme» en Afrique, un milliard de dollars supplémentaires pour le système israélien de défense anti-roquettes «Dôme de fer», des fonds pour le département d’État qui vont promouvoir des mesures pro-israéliennes et anti-palestiniennes telles que les accords d’Abraham conclus sous le gouvernement Trump, entre les Émirats pétroliers archi-réactionnaires et l’État sioniste.
Afin d’obtenir le soutien des républicains du Sénat pour le projet de loi «omnibus» avant la prochaine date limite de la fermeture fédérale, vendredi minuit, la Maison-Blanche, le chef de la majorité du Sénat Chuck Schumer et la présidente de la Chambre des représentants Nancy Pelosi ont accepté pratiquement toutes les demandes du chef de la minorité du Sénat Mitch McConnell et du sénateur Richard Shelby de l’Alabama, le plus ancien républicain du comité sénatorial sur le financement.
Mitch McConnell a publié un communiqué déclarant: «Cet accord prévoit beaucoup plus d’argent que ce que le gouvernement Biden demandait pour la défense et beaucoup moins d’argent que ce que le gouvernement demandait pour les autres domaines. À mon insistance, il prévoit également beaucoup plus d’argent pour l’Ukraine que ce que les démocrates avaient proposé, en particulier pour les autorités et le financement pour livrer rapidement des équipements militaires cruciaux à l’Ukraine».
«L’Omnibus rejette les politiques libérales et répond efficacement aux priorités républicaines», a jubilé Shelby. «La Chambre et le Sénat devraient agir rapidement et l’envoyer au président». Parmi les concessions des démocrates, il a cité l’abandon d’un effort qui visait à annuler l’amendement Hyde, qui interdit l’utilisation de Medicaid ou d’autres fonds fédéraux pour payer des avortements.
Les démocrates libéraux ont cherché à utiliser la crise ukrainienne pour justifier leur soutien aux dépenses militaires record. «Je soutiens effectivement l’aide militaire à l’Ukraine», a déclaré la représentante Alexandria Ocasio-Cortez (démocrate, New York). «C’est ce qu’il faut souligner. Nous ne soutenons jamais le budget de la défense.» Le représentant de l’Oregon, Earl Blumenauer, a déclaré: «C’est situationnel. Et il y a beaucoup d’enjeux. Nous devons soutenir l’Ukraine».
La Maison-Blanche a également cité l’aide à l’Ukraine, ainsi qu’une augmentation de 46 milliards de dollars des dépenses sociales intérieures, comme raisons de soutenir l’accord bipartisan. Mais le total des dépenses s’écarte des revendications du Parti démocrate en matière de «parité» entre les dépenses militaires et non militaires, prévoyant 782 milliards de dollars pour l’armée et 730 milliards de dollars pour toutes les autres dépenses discrétionnaires du gouvernement fédéral.
S’exprimant au nom de la Maison-Blanche, la directrice du budget, Shalanda Young, a déclaré dans un communiqué: «Le projet de loi de financement bipartisan est la preuve que les deux partis peuvent s’unir pour servir le peuple américain et faire avancer les priorités nationales cruciales… Il se traduira par des niveaux d’aide historiques pour le peuple ukrainien, une nouvelle initiative audacieuse pour réaliser des progrès sans précédent dans la guérison du cancer et d’autres maladies, et un soutien accru pour assurer la sécurité de nos communautés».
Ce dernier point faisait référence à un financement supplémentaire pour les agences de police étatiques et locales, principalement par le biais du ministère de la Sécurité intérieure (DHS) et du ministère de la Justice.
La division du projet de loi omnibus sur les dépenses en deux parties est destinée à des fins d’image politique. Tous les démocrates et une poignée de républicains ont approuvé les dépenses sociales intérieures, tandis que la plupart des républicains et tous les démocrates sauf sept ont approuvé les dépenses militaires. Chaque mesure contient une disposition qui vise à combiner les deux en un seul projet de loi lorsqu’il sera soumis au Sénat plus tard dans la semaine.
Dans une démonstration significative de la manœuvre réactionnaire pour obtenir l’adoption du projet de loi, la présidente Pelosi a retiré une disposition de 15,6 milliards de dollars pour les dépenses supplémentaires COVID-19 du projet de loi omnibus, ce qui a retardé le vote prévu de l’après-midi à tard dans la nuit. Elle a agi de la sorte après que de nombreux démocrates «progressistes» se soient opposés à la méthode utilisée pour financer le supplément COVID-19, qui consistait à piller les fonds déjà alloués dans le cadre du projet de loi sur l’aide aux Américains (American Relief Act) de l’année dernière, mais qui n’avaient pas encore été envoyés aux États et aux collectivités locales pour être distribués.
En d’autres termes, la «dépense» COVID-19 n’était pas du tout de l’argent frais, contrairement au supplément militaire ukrainien, qui s’ajoute à l’argent alloué au Pentagone. Il y a eu une vive opposition des représentants démocrates répartis dans une trentaine d’États qui perdraient de l’argent. Dans une lettre adressée au groupe parlementaire démocrate, Pelosi a admis que les États perdraient environ 9 pour cent des fonds fédéraux qu’ils s’attendaient à recevoir. Cet aveu n’a fait que susciter davantage d’opposition, si bien que Pelosi a tout simplement retiré le projet de loi de l’assemblée afin qu’il puisse être révisé à la hâte et soumis à nouveau.
Cet épisode démontre à la fois le caractère cynique et réactionnaire de la direction démocrate du Congrès, et la timidité de l’«opposition» des progressistes, si tant est qu’elle mérite ce nom. Toutes les factions du Parti démocrate s’uniront pour faire adopter l’ensemble de la législation tant à la Chambre des représentants qu’au Sénat. Ils offrent ainsi à la machine de guerre américaine la plus grande aubaine de l’histoire.
(Article paru en anglais le 10 mars 2022)
