L’Ukraine devient un point de ralliement international pour les néonazis et les mercenaires

L’Ukraine devient un point de ralliement pour les néonazis et les mercenaires du monde entier. On leur offre l’occasion de se battre, de tuer et d’acquérir de l’expérience dans des conditions de guerre réelles.

Le banditisme effréné qui en résulte exacerbe et prolonge la guerre. De plus, la mobilisation de telles couches est un danger pour la classe ouvrière dans les pays d’où sont originaires les mercenaires.

Les troupes de choc fascistes de Mussolini, qui ont terrorisé les travailleurs italiens après la Première Guerre mondiale, les Freikorps allemands, qui ont assassiné les socialistes Rosa Luxembourg et Karl Liebknecht et les politiciens bourgeois Walther Rathenau et Matthias Erzberger, et les membres de la SA d’Hitler furent recrutés parmi ces combattants abrutis de première ligne.

Véhicules blindés du Régiment Azov à Marioupol (Photo: Wanderer 777 / CC BY-SA 4.0 / Wikimédia)

Le rôle de l’Ukraine en tant que lieu de pèlerinage pour les militants néonazis n’a pas seulement commencé avec le début de la guerre actuelle. Les milices d’extrême droite qui ont joué un rôle central dans le renversement du président Ianoukovitch en 2014 et ont ensuite poursuivi la guerre dans le Donbass sont très bien connectées au niveau international, entretenant des relations avec des groupes militants néonazis partout dans le monde.

Selon le magazine Time de janvier de l’année dernière, «plus de 17.000 combattants étrangers de 50 pays sont venus en Ukraine au cours des six dernières années», comme l’a rapporté le WSWS.

En particulier, le régiment Azov, fondé par le néonazi et antisémite de son propre aveu Andriy Biletsky, joue un rôle central dans le recrutement et la formation des forces d’extrême droite. Le régiment a été incorporé à la Garde nationale ukrainienne à l’automne 2014 et déployé dans la lutte contre les séparatistes pro-russes dans l’est de l’Ukraine, lui donnant accès à un armement de pointe fourni par les États-Unis et d’autres pays membres de l’OTAN.

Depuis le début de la guerre actuelle, le recrutement de mercenaires est la politique officielle du gouvernement. Fin février, le président Volodymyr Zelensky a annoncé la création d’une «Légion internationale». Il a déclaré: «Si vous avez de l’expérience au combat, vous pouvez nous rejoindre et défendre l’Europe avec nous».

Depuis lors, le gouvernement ukrainien recrute intensivement des volontaires, de préférence ayant déjà une formation militaire et une expérience de combat, via les réseaux sociaux et sur des sites Web spéciaux. Il fournit des instructions détaillées sur la façon de rejoindre la «lutte contre l’agresseur» et renvoie les gens aux ambassades ukrainiennes, qui clarifieront l’expérience et l’aptitude recherchées et aideront au voyage.

Publicité vidéo ukrainienne officielle pour la Légion internationale (capture d’écran)

Une vidéo promotionnelle officielle souligne qui sont les intéressés visés par l’appel. Avec un mélange de culte des héros de droite et de russophobie vulgaire, il fait appel aux instincts primaires.

La vidéo commence par les mots: «Ceci est un appel ouvert à tous les héros du monde libre.» Ensuite, accompagné d’images de scènes de bataille et d’équipements de guerre lourds, il est dit du président russe Vladimir Poutine: «Il a planifié le “blitzkrieg” mais a obtenu le “blitz-fuck” à la place, lorsque ses nombreux bâtards qui se font appeler “l’armée russe” ont rencontré des Ukrainiens armés de Stingers, de Javelins, de Bayraktars et d’une volonté sans compromis de protéger la liberté.»

Bien que le recrutement se fasse désormais par les voies gouvernementales officielles, les extrémistes de droite continuent de jouer un rôle central. Selon les recherches de Die Zeit et de son journaliste qui prétendait vouloir être recruté, «les frontières entre la Légion internationale officielle de l’État et le régiment de volontaires d’extrême droite» sont apparemment fluides.

Par exemple, selon un recruteur, le quartier général d’Azov à Kiev est «le lieu officiel de rassemblement et d’entraînement» non seulement pour le régiment d’extrême droite, mais aussi pour les volontaires cherchant à rejoindre la Légion internationale de l’armée ukrainienne.

Olena Semyanka, la figure de proue la plus connue de l’aile politique du régiment Azov, qui s’est fait photographier avec un drapeau à croix gammée, a déclaré à Die Zeit qu’elle était maintenant l’assistante d’un député du parti au pouvoir du président Zelensky et qu’elle le soutenait dans le renforcement de la Légion internationale.

«Une extrémiste de droite qui recrute également des combattants étrangers pour la Légion internationale officielle de l’Ukraine, cela peut-il être vrai?» demande Die Zeit. Apparemment, la réponse est oui.

Légion géorgienne et tchétchène

La Légion géorgienne et le bataillon Dzhokhar Dudayev, recrutés parmi les vétérans des guerres géorgienne et tchétchène, servent également de point focal pour les légionnaires internationaux. Tous deux ont été formés en 2014 pour combattre les séparatistes pro-russes dans l’est de l’Ukraine, car l’armée ukrainienne s’était largement effondrée à la suite du coup d’État de droite à Kiev.

Bien que le nouveau gouvernement ait rétabli la conscription, qui avait été suspendue par le président déchu Ianoukovitch, la plupart des soldats n’étaient pas disposés à tirer sur leurs concitoyens dans les régions sécessionnistes. Des centaines de milliers de personnes ont échappé à la conscription en se cachant ou en fuyant vers les pays voisins. Le gouvernement menait systématiquement des rafles pour les appréhender. En février 2016, le ministère ukrainien de la Défense a signalé que 26.800 cas d’insoumission avaient été signalés.

Dans ces circonstances, les légionnaires géorgiens et tchétchènes farouchement antirusses, connus pour leur brutalité, ont joué un rôle décisif dans le prolongement de la guerre dans l’est de l’Ukraine. L’accord de Minsk de 2015, qui prévoyait un cessez-le-feu et un accord d’autonomie pour l’est de l’Ukraine, fut signé par le gouvernement de Kiev simplement pour gagner du temps.

La Légion géorgienne, commandée par l’ancien officier géorgien Mamuka Mamulashvili, se targue de ne recruter que des professionnels aguerris. Outre les Géorgiens, ses rangs comptent de nombreux mercenaires des pays occidentaux et des Ukrainiens qui se sont portés volontaires pour combattre la Russie en Tchétchénie et en Géorgie. Un reportage paru dans le journal canadien Globe and Mail le 13 février brosse un tableau du caractère et de la philosophie de ces mercenaires.

Igor Mazur, un «ultranationaliste ukrainien est combattant dans les guerres liées à l’ex-URSS depuis l’âge de 18 ans», rapporte le journal. En 1992, il se rend en Transnistrie, où il rejoint l’Ukraine People’s Self Defense (UNSO) d’extrême droite. En tant que membre de l’UNSO, il a pris les armes contre la Russie en Abkhazie et dans la première guerre de Tchétchénie, et a soutenu les opérations de changement de régime pro-occidentales en Ukraine en 2004 et 2014. Il a ensuite rejoint les rangs de l’armée ukrainienne contre les forces russes à Marioupol. Maintenant, l’homme de 48 ans vient de rejoindre une unité de réserve et attend de repartir en guerre.

La coopération entre le gouvernement ukrainien et ces milices d’extrême droite fonctionne bien car de nombreux membres du gouvernement partagent leurs opinions d’extrême droite. Par exemple, Andriy Melnyk, le représentant de l’Ukraine en Allemagne depuis 2014, par l’intermédiaire de l’ambassade duquel se fait désormais le recrutement de légionnaires, est un admirateur du collaborateur nazi Stepan Bandera, dont l’Organisation des nationalistes ukrainiens (OUN) a été responsable du meurtre de dizaines de milliers de Juifs et de Polonais.

Tweet de l’ambassadeur ukrainien Andriy Melnyk célébrant Stepan Bandera

Melnyk est connu pour ses attaques non diplomatiques contre le gouvernement allemand, qu’il accuse de fournir un soutien politique et militaire insuffisant. Jeudi, il a déclaré à Die Welt que lorsqu’il s’agissait de la survie de la nation ukrainienne, «je me fous du choix des mots que j’utilise». Il a déclaré que la décision du gouvernement allemand de continuer à acheter du gaz et du pétrole à la Russie était «un couteau dans le dos de l’Ukraine», ajoutant que le chancelier Olaf Scholz manquait de détermination dans la lutte pour la liberté.

Le comportement grossier de Melnyk et ses opinions d’extrême droite n’ont pas empêché les membres du Bundestag (parlement allemand) de l’ovationner alors que ce dernier regardait depuis la galerie publique leur approbation des livraisons d’armes à l’Ukraine et le plus grand réarmement allemand depuis Hitler.

Soutien de l’OTAN

La plupart des gouvernements de l’OTAN soutiennent ou encouragent leurs citoyens à rejoindre le combat en Ukraine, même si cela est illégal dans de nombreux pays.

La ministre britannique des Affaires étrangères, Liz Truss, a déclaré que les Britanniques qui voulaient se battre en Ukraine avaient son soutien «absolu».

Le parlement letton a soutenu à l’unanimité l’autorisation pour ses citoyens de participer à la guerre.

Le gouvernement danois a déclaré qu’il n’était pas illégal pour des individus de choisir de faire la guerre.

Le gouvernement canadien a annoncé que chaque citoyen pouvait décider lui-même de se battre ou non en Ukraine.

Dans une déclaration commune, les ministères allemands de l’Intérieur, de la Justice et des Affaires étrangères ont déclaré que les citoyens allemands qui rejoignaient officiellement l’armée ukrainienne n’étaient pas passibles de poursuites, tant qu’ils ne violaient pas le droit international. Le gouvernement allemand, ont déclaré les ministères, ne voulait pas empêcher ses citoyens de se rendre en Ukraine pour combattre par principe.

Cela en dépit du fait que le recrutement d’un citoyen allemand pour le service militaire en faveur d’une puissance étrangère est passible d’une peine de prison de trois mois à cinq ans, selon le Code pénal, et même la simple tentative de recrutement à cette fin est punissable.

Entre-temps, de nombreux légionnaires du monde entier sont partis pour l’Ukraine. Selon le ministre des Affaires étrangères Dmytro Kuleba, 20.000 volontaires de 52 pays s’étaient inscrits au 6 mars. Beaucoup sont venus de Géorgie et de Biélorussie, mais beaucoup seraient également en route depuis les États-Unis, le Canada et la Grande-Bretagne. Selon l’ambassade d’Ukraine à Washington DC, jusqu’à 3000 volontaires aux États-Unis ont répondu à l’appel de Zelensky.

De nombreux reportages sur les volontaires ont paru dans les médias internationaux, indiquant clairement qu’il y avait parmi eux de nombreux extrémistes de droite.

Le Frankfurter Allgemeine Zeitung, qui s’est renseigné auprès des volontaires et dans les groupes de discussion concernés, a rapporté le 7 mars:

«Ceux qui s’attendent à des extrémistes parmi les volontaires ne se trompent pas. Sur Telegram, un homme a demandé comment il pouvait se battre. Sa photo de profil comprend le dicton «Loyauté et honneur», derrière le «Soleil noir», un signe runique bien connu de la scène néonazie.»

Et à un autre moment, l’article déclare: «Dans les groupes Telegram, il n’y a pas de dissimulation sur ce que signifie l’opération. Des combattants affichent en gros plan des visages de Russes morts, couverts de sang, la bouche entrouverte.»

BuzzFeedNews écrit: «Les étrangers occidentaux qui sont venus en Ukraine forment une équipe hétéroclite. Il y a des idéalistes, des aventuriers et puis il y a des extrémistes qui ont vu des opportunités de s’associer à des groupes paramilitaires d’extrême droite combattant en Ukraine.»

Les journaux britanniques rapportent que des vétérans ayant une expérience de la guerre en Afghanistan et en Irak partent en Ukraine. Le Mirror rapporte qu’une «équipe d’élite de vétérans du SAS» [commandos] se dirige vers l’Ukraine, «financée par un pays d’Europe, qui n’a pas encore été nommé, via une société militaire privée».

Selon le journal, «parmi eux se trouvent des tireurs d’élite hautement qualifiés et des experts dans l’utilisation de missiles antiaériens et antichars». Le Times écrit: «Plus de 150 anciens parachutistes qui ont servi en Afghanistan sont en route pour combattre en première ligne avec l’Ukraine contre la Russie.»

(Article paru en anglais le 12 mars 2022)

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