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Le CP, deuxième opérateur ferroviaire en importance au Canada, a mis en lock-out 3.000 ingénieurs, chefs de train et agents de triage dans ses installations partout au Canada à 0h01 dimanche. Les organisations patronales et les premiers ministres provinciaux font la queue pour exiger que les travailleurs du rail soient renvoyés au travail et privés de leurs droits de grève et de négociation collective par une législation gouvernementale antidémocratique.
La compagnie a déposé de façon provocante un avis de lock-out de 72 heures tard mercredi, à la suite de pourparlers avec la Conférence ferroviaire de Teamsters Canada (CFTC) entamés le 11 mars dans le cadre d’un processus supervisé par des médiateurs fédéraux. Le mois dernier, les travailleurs ferroviaires avaient voté à une écrasante majorité de 96,7% en faveur de la grève, mais ils ont été empêchés de la déclenchée par la CFTC, qui a refusé d’émettre un avis de grève jusqu’à 24 heures après l’annonce du lock-out, un geste édenté. Des piquets de grève ont été dressés dimanche dans tout le pays, notamment à Toronto et à Montréal.
Les travailleurs du CP méritent le soutien le plus large possible au sein de la classe ouvrière. Les conditions contre lesquelles ils luttent – un régime impitoyable d’établissement des horaires assorti de mesures disciplinaires draconiennes, un plafonnement des pensions, la stagnation des salaires et des avantages sociaux – sont les mêmes que celles auxquelles font face les travailleurs partout dans le monde.
La décision de mettre les travailleurs du CP en lock-out est une déclaration de guerre de la grande entreprise canadienne contre l’ensemble de la classe ouvrière. Tout en appelant à l’«unité» dans une prétendue lutte pour la «liberté» et la «démocratie» en Ukraine, elles recourent aux méthodes les plus impitoyables et antidémocratiques pour tenter de briser le mouvement croissant de la classe ouvrière provoqué par une inflation record et l’impact désastreux de la pandémie.
Cette campagne est menée dans toute l’Amérique du Nord. Le lock-out fait suite à une injonction, émise à l’origine en janvier et reconduite à plusieurs reprises depuis, par un juge fédéral aux États-Unis, qui a interdit la grève de 17.000 conducteurs et ingénieurs d’un autre chemin de fer de classe I, le BNSF, contre une nouvelle politique punitive de présence «Hi Viz».
Dans une déclaration publiée la semaine dernière, le comité de la base des travailleurs de BNSF, fondé pour s’opposer à la fois à l’injonction émise en faveur de l’entreprise et au sabotage de leur lutte par les syndicats de cheminots, a lancé l’appel suivant: «Soutenez la grève au Canadien Pacifique ! Pour un mouvement uni des cheminots nord-américains contre les réductions de salaire et les horaires abusifs!» Le comité a appelé les travailleurs du CP à former leur propre comité de la base et à se lier aux travailleurs de BNSF pour «discuter d’une stratégie commune et de construire un mouvement puissant, organisé par des comités de la base, indépendants des syndicats et des partis politiques propatronaux dans chaque pays.»
«L’entreprise est absolument brutale envers ses travailleurs...Les travailleurs sont maltraités de plus de façon que vous ne pouvez l’imaginer», a déclaré un travailleur du CP au World Socialist Web Site. Un autre a réagi à une entrevue avec un travailleur du CP publiée samedi par le WSWS, qu’il a qualifiée de «très pertinente». Il a ajouté: «D’autres détails devraient être exprimés, concernant les tactiques d’intimidation mises en avant par les contremaitres locaux. Les conditions de travail sont terribles.»
Le Canadien Pacifique a justifié ses mesures agressives en évoquant les prix élevés des produits de base dus à la perturbation des chaînes d’approvisionnement par la pandémie et les sanctions très importantes imposées à la Russie après que les États-Unis et leurs alliés, dont le Canada, l’aient poussée à envahir l’Ukraine. Keith Creel, directeur général du CP, a insisté sur le fait que les «ressources canadiennes», c’est-à-dire le pétrole et le gaz ainsi que les produits agricoles comme les engrais, sont plus que jamais nécessaires sur le «marché mondial».
Mais cette déclaration est contredite par la propre décision de la direction de mettre les travailleurs en lock-out. Le lock-out prouve que la considération principale n’est pas de fournir des ressources essentielles aux consommateurs, mais de maximiser les profits et la valeur des actions. En effet, les entreprises de toute l’Amérique du Nord s’attendent à récolter des bénéfices exceptionnels grâce à la flambée des prix des produits de base due à l’élimination soudaine de leurs concurrents russes du marché mondial.
Le CP s’est déclaré farouchement opposé à la levée du plafond des pensions, qui demeure l’un des principaux enjeux du conflit. Les cheminots affirment que le plafond actuel, imposé en 2012 lorsque l’entreprise était en difficulté financière, signifie qu’ils ne peuvent pas prendre leur retraite avec une pension décente après des décennies de travail physiquement exigeant, tout cela pour garnir les portefeuilles des actionnaires du CP. Le directeur financier Nadim Velani a déclaré mardi dernier lors d’une assemblée d’investisseurs new-yorkais que l’entreprise ne bougerait pas sur la question du plafond des pensions.
Immédiatement après le début du lock-out, le CP a cherché cyniquement à attribuer la responsabilité pour les «perturbations» aux travailleurs. Il a affirmé que la CFTC avait «cessé d’offrir ses services» et «présenté de manière inexacte l’état des négociations». Il s’agit d’un effort calculé pour inciter le gouvernement libéral à intervenir contre les travailleurs avec une loi de retour au travail.
Quelque 45 organisations patronales ont signé une déclaration adressée au gouvernement libéral fédéral, lui demandant d’intervenir pour mettre fin au conflit. Selon le Toronto Star, le directeur général de la Chambre de commerce du Canada, Perrin Beatty, a demandé dimanche au gouvernement de mettre en œuvre une loi de retour au travail afin de criminaliser les grèves des travailleurs du rail. La même demande a été formulée par le premier ministre de la Saskatchewan, Scott Moe, et le premier ministre de l’Alberta, Jason Kenney.
Les entreprises mènent une campagne semblable aux États-Unis. Le 7 mars, des groupes agro-industriels ont écrit au président Joe Biden pour lui demander de coopérer avec le gouvernement Trudeau afin d’éviter une grève au CP. La lettre demandait également à Biden de mettre fin aux mandats transfrontaliers de vaccination contre la COVID-19 pour les travailleurs du transport. «Compte tenu de la fragilité actuelle des chaînes d’approvisionnement, une attention et un engagement urgents de toutes les parties sont nécessaires pour éviter une grève potentielle», indique la lettre.
Des lettres distinctes ont été envoyées par un groupe de sénateurs républicains et le gouverneur du Dakota du Nord à Trudeau pour l’exhorter à empêcher une grève au CP.
Au cours de la dernière décennie, les gouvernements successifs ont rendu illégales les actions des travailleurs du rail et ont imposé des attaques sur leurs salaires et leurs conditions de travail par le biais du système de «relations de travail» du Canada, favorable aux employeurs. Ils ont été habilement aidés en cela par les Teamsters, qui ont travaillé à saboter l’opposition des travailleurs et à empêcher une véritable lutte pour les intérêts des travailleurs.
Le rôle de la CFTC est le même dans le conflit actuel. Après avoir annoncé le vote massif en faveur de la grève dans un bref communiqué de presse le 4 mars, elle a gardé le silence radio pendant qu’elle menait des pourparlers à huis clos avec le CP et un médiateur fédéral jusqu’à ce que l’employeur émette son avis de lock-out. Plus tard, la CFTC a admis que le CP avait menacé à plusieurs reprises de mettre les travailleurs en lock-out, ce dont le syndicat n’a nullement averti les travailleurs.
Après le début du lock-out imposé par la direction dimanche, la CFTC a continué à ramper devant l’entreprise, déclarant qu’elle avait offert d’envisager un arbitrage exécutoire. Le porte-parole de la CFTC, Dave Fulton, a déclaré que les Teamsters étaient «disposés à examiner la décision d’un arbitre», mais il a ajouté: «Ils ont ensuite changé les règles du jeu quand est venu le temps de discuter des conditions d’un arbitrage définitif et exécutoire.» Il est clair que le CP a réagi à une autre concession du syndicat en poussant pour une définition encore plus stricte du mandat de l’arbitre afin de s’assurer que la compagnie obtienne ce qu’elle voulait de la décision, forçant le syndicat à reculer.
Un arbitre est un fonctionnaire nommé par le gouvernement dont la décision est juridiquement contraignante pour les deux parties. Les arbitres imposent invariablement des règlements de conflits de travail aux conditions des employeurs, assortis d’une interdiction de grève pour la durée de la nouvelle convention collective. Cela équivaut à un appel des Teamsters pour que le gouvernement canadien intervienne afin d’imposer des concessions sur le dos des travailleurs.
La CFTC sait que l’humeur des travailleurs du rail est explosive et qu’il existe un large soutien pour un mouvement de masse visant à améliorer les salaires, les conditions de travail et les pensions. C’est précisément ce qu’elle veut éviter. Maintenant que le lock-out a été mené à bien, le syndicat travaillera sans relâche pour isoler les travailleurs du rail sur les lignes de piquetage tout en continuant à supplier la direction de conclure une entente.
La tâche critique à laquelle les travailleurs du CP doivent maintenant faire face est de faire avancer leur lutte en établissant un comité de travailleurs du CP. Ce comité doit être entièrement indépendant et en opposition aux Teamsters corrompus. Il doit viser à unifier les travailleurs du rail de toute l’Amérique du Nord dans leur lutte contre les exploitants ferroviaires.
Il doit renforcer la solidarité entre des sections plus larges de travailleurs et travailleuses en vue d’une lutte politique unifiée pour repousser les attaques de la grande entreprise et des gouvernements proguerre et proaustérité à Ottawa et Washington, qui veulent faire accepter aux travailleurs et travailleuses une exploitation impitoyable pour préserver les profits des sociétés.
Le World Socialist Web Sitefournira aux travailleurs toute l’aide organisationnelle et la direction politique nécessaires pour établir un comité de la base au CP afin d’intensifier leur lutte pour de meilleurs salaires et conditions. Contactez-nouspour vous joindre à cette lutte.
(Article publié en anglais le 21 mars 2022)
