Dans des documents déposés au tribunal mercredi par le ministère américain de la Justice (DoJ),des procureurs fédéraux allèguent que le 6 janvier 2021, en début de soirée, le chef de milice d’extrême droite Oath Keepers [Gardiens du Serment], Stewart Rhodes, a appelé un intermédiaire de Donald Trump et a demandé à parler à l’ex-président. L’avocat diplômé de Yale et ancien parachutiste de l’US Army voulait que Trump «fasse appel à des groupes comme les Oath Keepers et qu’il s’oppose par la force au transfert de pouvoir».
Alors qu’on se battait toujours au Capitole, Rhodes et ses paramilitaires armés cherchaient à obtenir de Trump la permission de mener des attaques plus violentes. Rhodes aurait eu un contact de haut niveau dont il pensait qu’il pouvait lui obtenir Trump directement au téléphone. Cela démolit l’ affirmation de Trump, de ses alliés au Parti républicain et de la pseudo-gauche, que le coup d’État du 6 janvier était juste une «émeute spontanée» ou une manifestation déplacée, mais organique d’indignation de la «classe ouvrière». C’était bien plutôt une attaque planifiée, sur plusieurs fronts, organisée des mois à l’avance depuis le bureau ovale de la Maison-Blanche et coordonnée avec des politiciens républicains et leurs partisans fascistes.
Cette révélation accablante fut incluse dans une négociation de plaidoyer dévoilée mercredi par le DoJ. À cette occasion, William Wilson, 44 ans, un «vétéran de l’armée et de la police et membre des Oath Keepers depuis 2016», a accepté de se mettre au service de l’accusation et de plaider coupable d’un chef de conspiration séditieuse et d’un chef d’obstruction à procédure officielle. Il pourrait passer des décennies en prison mais ne le fera probablement pas, compte tenu de sa coopération avec le gouvernement.
Wilson est le troisième membre de cette milice, composée d’anciens et d’actuels militaires, de policiers et de nationalistes d’extrême droite, à plaider coupable de conspiration séditieuse et d’obstruction. Joshua James, 34 ans, d’Arab, en Alabama, et Brian Ulrich, 44 ans, de Guyton, en Géorgie, ont tous deux plaidé coupables au début de l’année pour les mêmes crimes.
Selon les documents judiciaires, Rhodes, Wilson et d’autres Oath Keepers se sont réunis après l’assaut du Capitole dans une suite privée du Phoenix Park Hotel à Washington D.C, après 17 heures le 6 janvier, et ont continué à comploter pour empêcher la certification de Biden.
Wilson, «un responsable de comté des Oath Keepers pour le chapitre de Caroline du Nord», affirme qu’il était présent lorsque Rhodes a passé l’appel téléphonique au contact proche de Trump. Au cours de l’appel, Rhodes a exigé que Trump déchaîne ses Chemises brunes, déclarant à ses collègues fascistes suite à l’appel: «Je veux juste me battre».
Les Oath Keepers, les Proud Boys, les III Percenters et la secte chrétienne-fasciste Moonie font partie des milices d’extrême droite convoquées par Trump et ses complices républicains dans le complot, pour bloquer par la violence la certification du président élu Joe Biden et renverser ce qui reste de démocratie bourgeoise aux États-Unis.
Avant le 6 janvier, ces groupes avaient participé à des rassemblements d’extrême droite «Stop the Steal » (Stoppez le vol [des élections]) dans tout le pays, répandant le mensonge de Trump que l’élection avait été volée et mobilisant du soutien parmi les éléments d’extrême droite pour un arrêt de la certification par la force, comme seul moyen d’empêcher une «prise de contrôle socialiste» du gouvernement américain.
Le mouvement «Stop the Steal» a été financé par des milliardaires droitiers. Il fut organisé et promu par des députés fascistes «Amérique d’abord» comme Paul Gosar et Andy Biggs de l’Arizona, et le député de l’Alabama Mo Brooks. Aucun d’entre eux, tout comme Trump, n’a été inculpé ou arrêté 16 mois après le coup d’État manqué.
En plus des législateurs républicains mentionnés ci-dessus, il est possible que Rhodes ait communiqué avec Roger Stone, le copain politique de longue date de Trump et membre honoraire des Proud Boys. En plus de son étroite collaboration avec Henry «Enrique» Tarrio, informateur reconnu du FBI et leader des Proud Boys, Stone employait fréquemment des membres des Oath Keepers comme «gardes du corps», dont le susnommé Joshua James.
Le fait que Trump convoquerait ces groupes fascistes pour tenter de renverser l’élection a été révélé par Trump lui-même lors d’un débat avec Biden en septembre 2020. Après que le modérateur Chris Wallace ait demandé à Trump de «condamner les suprémacistes blancs», Trump a refusé, affirmant que la violence émanait de «l’aile gauche».
Biden, révélant que le Parti démocrate était à l’époque, et est toujours, hautement conscient des innombrables liens de Trump et du Parti républicain avec les milices fascistes, a proposé les Proud Boys comme exemple de gang raciste que Trump devrait condamner. Mais Trump a profité de l’occasion pour donner un ordre militaire à ses fantassins en disant: «Les Pround Boys restez en arrière mais tenez-vous prêt».
À la suite de la déclaration de Trump aux paramilitaires fascistes, et de la révélation par le FBI d’un complot d’extrême droite pour assassiner la gouverneure démocrate du Michigan Gretchen Whitmer, une semaine plus tard, le World Socialist Web Site a averti dans un article de perspective le 10 octobre: «La conspiration du Michigan, Trump et l’élection de 2020»:
Le plan de Trump pour le jour de l’élection n’est plus une question de conjecture. Dans les États contestés qui soutiennent Biden, Trump se déclarera faussement victime de fraude électorale, déploiera des groupes violents pour intimider les électeurs, s’emparer des parlements et éliminer les opposants politiques. Ses partisans armés déclareront le vote invalide ou obligeront les parlements des États à certifier des listes électorales pro-Trump. Le Michigan, la Caroline du Nord, la Pennsylvanie et le Wisconsin ayant des gouverneurs démocrates et des parlements contrôlés par les républicains, seront donc la principale cible de ce complot.
C’est presque ce qui s’est passé moins de trois mois plus tard.
Dans sa négociation de plaidoyer, Wilson admet que lui, Rhodes et d’autres Oath Keepers restés anonymes avaient commencé à planifier un renversement violent de l’élection au cas où Trump perdrait, avant même que l’élection ne soit déclarée en faveur de Biden.
Dans un ‘chat’ Signal intitulé «Leadership Intel Chat» dont Wilson faisait partie, Rhodes aurait donné cette instruction au groupe le 5 novembre 2020: «Nous ne nous en sortirons pas sans guerre civile. Trop tard pour cela. Préparez vous mentalement, corporellement et spirituellement».
Le 31 décembre 2020, Wilson a été inclus dans un groupe de discussion Oath Keepers intitulé «DC OP: Jan 6 21». Les jours suivants, Wilson et d’autres Oath Keepers ont planifié leur voyage à Washington.
Le 5 janvier 2021, sur les ordres de Rhodes, Wilson s’est rendu dans la capitale et a «apporté avec lui», selon le ministère de la Justice, «… un fusil de type AR-15, un pistolet de 9 millimètres, environ 200 munitions, un gilet pare-balles, une tenue de combat à camouflage, un spray au poivre, une grande canne à utiliser comme arme et un canif». Wilson a admis qu’il était armé de ce couteau lorsqu’il a tenté de pénétrer dans la Chambre des députés, à l’intérieur du Capitole, le 6 janvier.
Alors qu’il se rendait à Washington, Wilson a envoyé un SMS au groupe Signal «DC OP: Jan 6 21», disant «ça va chauffer ce soir» et qu’il avait «tout son matériel avec lui».
À leur arrivée à l’hôtel Hilton Garden Inn de Vienna, en Virginie, le 5 janvier, Rhodes, Wilson et «d’autres membres et affiliés importants des Oath Keepers» ont finalisé leurs plans, selon la négociation de plaidoyer.
Wilson a déclaré avoir rencontré Rhodes et d’autres équipes de la «Force d’intervention rapide [QRF]» qui devaient «participer au 6 janvier». Wilson, écrivent les procureurs, «croyait que, si elle était appelée, la QRF fournirait des armes à feu ou une couverture aux conspirateurs (comme lui-même) opérant à l’intérieur de Washington D.C.».
Wilson affirme avoir entendu Rhodes «discuter de la nécessité potentielle pour Rhodes et ses co-conspirateurs de recourir à la force, y compris à la violence létale, afin de stopper le transfert de pouvoir. Dans cet esprit, Wilson a accepté de prendre part à un plan développé par Rhodes pour utiliser tous les moyens nécessaires, jusqu’à et y compris l’usage de la force, pour atteindre cet objectif».
Révélant plus encore les liens intimes entre les milices fascistes et le Parti républicain, la Commission spéciale de la Chambre pour le 6 janvier, qui «enquête» sur l’attaque du Capitole, a demandé il y a deux semaines le témoignage volontaire de trois députés républicains. L’un d’eux, Ronny Jackson, a été médecin de la Maison-Blanche sous Trump et Barack Obama et est actuellement député du Texas.
Dans sa lettre demandant le témoignage volontaire de Jackson, que celui-ci a depuis rejeté, la Commission a révélé des messages textes échangés par les Oath Keepers pendant l’attaque du Capitole. Dans l’un de ces messages, les membres de la milice discutent de l’urgence de protéger Jackson pendant leur siège du Congrès.
«Dr. Ronnie Jackson – en mouvement», a écrit pendant l’attaque un Oath Keeper non identifié, «a besoin de protection. Si quelqu’un est à l’intérieur, couvrez-le. Il a des données critiques à protéger».
Le fasciste Rhodes a répondu: «Donnez-lui le numéro de mon portable».
(Article paru d’abord en anglais le 6 mai 2022)
