Le gouvernement israélien s’effondre après un an au pouvoir

La coalition du «gouvernement du changement» en Israël, dirigée par l’extrémiste de droite et ancien leader des colonies Naftali Bennett, a annoncé qu’elle ne pouvait plus rester au pouvoir suite à la défection de deux de ses membres du parti Yamina.

La Knesset, le parlement israélien, doit être dissoute mardi prochain, ce qui signifie que le gouvernement tombera et que le pays se rendra aux urnes, probablement fin octobre ou en novembre, pour la cinquième fois en trois ans et demi.

Le Premier ministre israélien Naftali Bennett, à gauche, s’exprime lors d’une déclaration commune avec le ministre des Affaires étrangères, Yair Lapid, à la Knesset, à Jérusalem, lundi  20  juin 2022. Le bureau de Bennett a annoncé lundi, que sa coalition affaiblie sera dissoute et que le pays se dirigera vers de nouvelles élections. Bennett et son principal partenaire de coalition, Yair Lapid, ont décidé de présenter un vote pour dissoudre le parlement dans les prochains jours, a indiqué le bureau de Bennett. Lapid sera alors premier ministre par intérim. Les élections, attendues à l’automne, seraient les cinquièmes en trois ans en Israël. [AP Photo/Maya Alleruzzo] [AP Photo/Maya Alleruzzo]

Cette annonce intervient 12  mois seulement après l’arrivée au pouvoir du gouvernement de Bennett, le 21  juin 2021, lors des quatrièmes élections non concluantes en Israël en deux ans, mettant fin à 12  ans de règne du Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Conformément à l’accord de coalition, Yair Lapid, leader de Yesh Atid, le plus grand parti du gouvernement, remplacera Bennett en tant que premier ministre intérimaire. Il restera jusqu’à ce que de nouvelles élections soient organisées et qu’un autre gouvernement soit formé. Il restera ministre des Affaires étrangères et rencontrera le président américain Joe Biden lors de sa visite en Israël le 13  juillet. Bennett lui, assumera le rôle de premier ministre suppléant et s’occupera du portefeuille de l’Iran.

La crise politique qui s’aggrave en Israël provient de l’escalade rapide des tensions de classe en Israël et dans les territoires palestiniens occupés, comme dans tout le Moyen-Orient et à l’international, alors que l’élite politique israélienne prête main forte aux forces fascistes et d’extrême droite dirigées par le député de Pouvoir juif Itamar Ben  Gvir et son partenaire du Sionisme religieux Bezalel Smotrich. Ce fut Netanyahou qui organisa leur entrée à la Knesset pour renforcer son bloc avant les élections de 2021. Leur programme suprématiste juif comprend la domination israélienne sur la Cisjordanie, l’expulsion de la population palestinienne d’Israël et la démolition de la mosquée al-Aqsa pour faire place à la construction d’un temple juif.

Lapid et Bennett avaient formé une coalition improbable avec une majorité très mince après que Netanyahou — jugé pour corruption, fraude et abus de confiance — se soit révélé incapable de former une coalition malgré que son parti, le Likoud, ait remporté le plus grand nombre de voix aux élections de l’année dernière. Unie seulement par son opposition à Netanyahou, la coalition était composée de huit partis disparates, dont la plupart des partis traditionnels d’Israël, y compris ceux défendant ostensiblement les accords d’Olso et un mini-État palestinien – Meretz, Labour, Yesh Atid et Bleu et Blanc. Elle comprenait aussi, pour la première fois, un des partis arabes d’Israël, la «Liste arabe unie».

Lapid avait cédé le poste de premier ministre à Bennett, bien que le parti de ce dernier n’ait remporté que six sièges, car il était considéré comme plus acceptable pour le flanc droit de la coalition, et avait accepté de ne pas négocier avec les Palestiniens sur le statut d’État pour la durée de leur alliance. Cela a préparé le terrain pour que ceux qu’on présente en Israël comme des partis de gauche et du centre soutiennent une dérive de plus en plus marquée vers la droite, une escalade des guerres secrètes d’Israël contre l’Iran et ses alliés (la Syrie et le Hezbollah libanais) et ses attaques contre les Palestiniens en Cisjordanie et à Gaza.

Cette dernière année, Israël a démoli au moins 580  structures dans les territoires occupés, tandis que ses forces de sécurité ont tué plus de 100  Palestiniens, selon l’organisation de défense des droits de l’homme B’stelem. Le Centre HaMoked pour la Défense de l’individu affirme que 640  Palestiniens sont détenus sans procès en «détention administrative». Selon d’autres sources, le gouvernement a avancé des plans pour construire 7.292  unités de logement dans les colonies et a lancé des appels à propositions pour 1.550 autres, tandis que les ouvertures de chantiers dans les colonies ont fortement augmenté.

C’est le ministre de la Sécurité publique du Parti travailliste, Omer Bar-Lev, qui a approuvé une marche du drapeau à Jérusalem le mois dernier donnant lieu à de violents affrontements avec les Palestiniens aux cris de «mort aux Arabes». Bar-Lev a justifié cette marche ultranationaliste afin de ne pas «saper la légitimité et éroder la souveraineté» d’Israël dans la Jérusalem-Est occupée. Ses policiers ont brutalement agressé les porteurs du cercueil de la journaliste arabe d’Al-Jazeera assassinée, Shireen Abu Akleh, à Jérusalem, parce qu’ils portaient des drapeaux palestiniens. Le ministre de la Défense, Benny Gantz, des Bleu et Blanc, a classé comme organisations terroristes six organisations de la société civile palestinienne.

Comme Bennett était confronté à une opposition croissante de sa propre droite, son ministre Matan Kahana déclarant qu’il aimerait avoir un bouton magique pour envoyer pacifiquement tous les citoyens palestiniens d’Israël en Suisse, et deux de ses membres du parti Yamina et trois de ses conseillers politiques ayant démissionné, les partis de gauche et du centre se sont précipités à la rescousse de son gouvernement. Ils ont soutenu l’extension des lois d’apartheid israéliennes, le Parti travailliste et Yesh Atid s’étant absentés de la Knesset, permettant ainsi l’adoption de lois racistes. Celle-ci élargissent les comités d’admission communautaires pouvant interdire aux Palestiniens de vivre dans les quartiers juifs, et interdisent les drapeaux palestiniens dans les institutions financées par l’État.

La plupart des membres du centre-gauche ont voté pour renouveler la législation étendant le droit israélien aux colonies de la zone C en Cisjordanie occupée, qui est sous contrôle militaire direct. Même le bloc d’opposition de Netanyahou avait voté contre cette extension lors d’une manœuvre politique visant à faire tomber le gouvernement et à assurer son propre retour au pouvoir.

C’est l’échec de la Knesset à approuver la loi — renouvelable tous les cinq ans — qui a fait tomber le gouvernement. Sans l’adoption d’une telle loi avant le 2  juillet, le droit des colons d’entrer en Israël, d’y obtenir des prestations et des droits comme citoyens israéliens, aurait expiré et ils auraient été soumis à la loi martiale. En dissolvant le parlement, Bennett et Lapid ont automatiquement déclenché l’extension de la loi sur les colons. Une décision prise apparemment sans en discuter avec les ministres de la Défense ou de l’Intérieur, ou même les informer.

Les sondages prévoient que le Likoud de Netanyahou remportera à nouveau le plus grand nombre de sièges et que les forces d’extrême droite de Ben Gvir et Smotrich augmenteront probablement leurs voix, mais pas suffisamment pour que Netanyahou puisse former un gouvernement. Il est donc possible que les partis de droite des deux côtés du fossé gouvernement-opposition unissent leurs forces pour former une autre coalition sans de nouvelles élections.

Cette crise politique survient alors qu’à l’ordre du jour se posent des questions intérieures essentielles comme le budget pour 2023, les retombées sanitaires, économiques et sociales d’une pandémie de COVID-19 qui continue, a déjà tué près de 11.000  personnes et connaît un nouvel essor alors qu’on a levé toutes les restrictions. La montée en flèche du coût de la vie, l’un des plus élevés des pays avancés, fait qu’il est difficile pour les Israéliens, comme pour les Palestiniens, de se nourrir.

Dans des scènes rappelant les manifestations sous les tentes de 2011, la semaine dernière, des jeunes ont dressé des tentes dans des villes partout en Israël pour protester contre le coût élevé du logement, qui grimpe alors que les salaires baissent en termes réels. Un grand rassemblement est prévu le 2  juillet. La plupart des jeunes n’ayant pas les moyens d’acheter une maison et les logements publics étant rares, des milliers d’entre eux étant sur des listes d’attente depuis des années, ils sont dépendants d’un marché du logement locatif qui n’est quasiment plus réglementé.

Cette action a lieu alors que les grèves d’une demi-journée des enseignants se poursuivent pour une troisième journée pour des revendications de hausse de salaire et que des dizaines de médecins résidents de l’hôpital Haemek d’Afula ont entamé une grève de 24  heures sur l’ajournement de la réduction des temps de garde dans les hôpitaux.

La Cisjordanie occupée, où l’Autorité palestinienne (AP) corrompue, le sous-traitant d’Israël faisant respecter son emprise illégale sur la Cisjordanie et Gaza, a cherché à renforcer l’emprise du mouvement Fatah alors que les rumeurs se propagent sur la santé défaillante du président Mahmoud Abbas, est une poudrière sociale.

La solution à la crise croissante d’Israël dépend de l’intensification de la lutte des classes à l’échelle mondiale. Il existe un mouvement puissant et croissant de grèves qui s’oppose à l’appauvrissement massif dû à une inflation provoquée par la spéculation et les mesures des banques centrales des grandes économies, et au danger croissant d’une guerre totale entre puissances nucléaires. Il est donc urgemment nécessaire d’unifier la classe ouvrière internationale dans un mouvement contre la guerre impérialiste et luttant pour un transfert socialiste du pouvoir d’État à la classe ouvrière.

(Article paru d’abord en anglais le 22 juin 2022)

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