La COVID-19 a fait plus de morts au Québec dans les 6 premiers mois de 2022 que dans toute l’année 2021

Un article publié dans le quotidien montréalais La Pressele 5 juillet dernier rapportait que le nombre de personnes décédées de la COVID-19 au Québec durant les 6 premiers mois de l’année 2022 dépasse déjà celui pour toute l’année 2021.

Selon les chiffres de l’Institut national de la santé publique du Québec (INSPQ) compilés par La Presse, 3.471 Québécois sont morts de la COVID-19 entre le 1er janvier et le 28 juin 2022. Pour toute l’année 2021, le nombre de décès est de 3.273.

L’augmentation des décès est liée à une hausse importante des cas depuis le début de l’année: en 2021, la province a enregistré 642.930 cas; depuis janvier 2022, c’est 1.088.743 cas qui ont été rapportés. Notons que le nombre de cas en 2022 est une vaste sous-estimation puisque la majorité des mesures de dépistage, dont l’accès aux tests PCR plus fiables que les tests rapides, ont été éliminées.

Un membre des forces armées canadiennes travaillant à une résidence pour aînés au Québec (crédit photo : ministère de la Défense nationale)

La courbe de mortalité remonte dangereusement partout auCanada. Dans un tweet publié le 4 juillet, le Dr Amit Arya, un médecin en soins palliatifs de Toronto a expliqué que pour l’ensemble du pays, le nombre de morts pour les 6 premiers mois de l’année 2022 a déjà presque égalé celui pour toute l’année 2021. Le nombre moyen de décès quotidiens (62) est, lui, plus élevé que pour 2020 et 2021.

La semaine passée, les autorités sanitaires du Québec, d’Ontario et de Colombie-Britannique ont dû reconnaître que leurs provinces faisaient face à une nouvelle vague de COVID-19.

Par exemple, l’Ontario, la province la plus peuplée, a annoncé jeudi une augmentation de la moyenne quotidienne sur 7 jours du nombre de cas, d’hospitalisations et de décès. Le taux de positivité aux tests COVID est à son plus haut depuis le début mai, à 13.5%. Rappelons que l’Organisation mondiale de la santé considère que la pandémie est hors de contrôle lorsque le taux de positivité est supérieur à 5%.

Au Québec, la réalité d’une nouvelle vague, la septième depuis le début de la pandémie au printemps 2020, est une évidence depuis déjà quelques semaines. Jeudi dernier, alors que 20 décès s’ajoutaient au sombre bilan total de 15.646 morts, on rapportait une hausse de cette donnée de 67% dans les 7 derniers jours. Les hospitalisations et le nombre de personnes se trouvant aux soins intensifs sont aussi en augmentation, de 18% et de 8% respectivement.

Le système public de soins de santé, qui se trouve dans un état permanent de délabrement en raison des mesures d’austérité sauvages imposées par les gouvernements, tant fédéraux que provinciaux, depuis des décennies, est encore une fois au bord de la crise. En date du 7 juillet, 7.318 travailleurs du réseau étaient absents en raison de la COVID-19, un nombre qui a augmenté de plus de 1.000 dans la dernière semaine et de près de 3.000 depuis le début du mois de juin.

Ces absences directement liées à la COVID-19 s’ajoutent à la pénurie chronique de personnel causée par les conditions de travail déplorables qui ont été imposées par le gouvernement de droite de la Coalition Avenir Québec (CAQ), dirigé par le multimillionnaire et ancien PDG François Legault, avec la pleine complicité des centrales syndicales.

Le 7 juillet, lors d’une conférence de presse au cours de laquelle il a admis du bout des lèvres l’évidence que la situation «prend la forme d’une [septième vague]», le Directeur de la santé publique du Québec, le Dr Luc Boileau, a déclaré que «nous ne l’avions pas vu arriver, en toute probabilité, cette hausse».

Quelle absurdité! La septième vague, tout comme le nombre de décès effarant depuis le début de l’année 2022, est le résultat prévisible et prévu de la politique criminelle de «l’immunité collective» – le laisser-faire face à un virus mortel pour ne pas nuire aux profits – qui a été appliquée par les gouvernements provinciaux et le gouvernement libéral fédéral de Justin Trudeau.

Dès la fin de 2021, les gouvernements au Canada comme ailleurs dans le monde occidental ont entrepris de lever les restrictions anti-COVID au motif que le variant Omicron était tellement contagieux qu’on ne pouvait pas freiner sa propagation et qu’il n’était pas si dangereux de toute façon. Ce mensonge a été démasqué par le nombre plus élevé de morts causé par Omicron et sa capacité à réinfecter ses victimes.

Le démantèlement des mesures restantes de santé publique contre la pandémie a été parachevé sous la pression du «convoi de la liberté», un mouvement d’extrême droite encouragé par le Parti conservateur du Canada qui a occupé Ottawa en janvier et février 2022 pour exiger la fin de toutes les mesures sanitaires. La réponse des gouvernements à travers le Canada a été de proclamer la fin de la pandémie et d’intimer aux Canadiens d’apprendre à «vivre avec le virus».

Au Québec, la campagne d’élimination des mesures sanitairesa pris un caractère particulièrement frénétique, le gouvernement Legault éliminant l’ensemble des mesures restantes dans une cascade d’annonces quasi quotidiennes qui communiquaient puis devançaient la levée des restrictions.

Depuis le 14 mai, le port du masque n’est plus obligatoire dans les lieux publics. Sous le prétexte frauduleux que la pandémie était essentiellement derrière nous, le gouvernement a encouragé les gens à s’entasser dans les restaurants, les bars, les salles de spectacles, les cinémas et les évènements sportifs sans aucune mesure de protection. Les écoles sont demeurées ouvertes jusqu’à la fin de l’année scolaire à la fin juin sans égard au nombre de contaminations, pour être ensuite remplacées par des camps de vacances et des camps de jour, dont plusieurs ont déjà été suspendus en raison d’éclosions parmi les enfants rassemblés sans aucune mesure de restriction.

La hausse actuelle des cas est alimentée par des variants de plus en plus contagieux et immuno-évasifs, comme Omicron BA.4 et Omicron BA.5, qui représentent plus de 30% des cas au Québec, une proportion qui augmente constamment. Leur apparition avait été prédite par plusieurs experts qui ont mis le monde en garde qu’en laissant le coronavirus circuler librement parmi la population, on lui permet d’évoluer et de devenir plus contagieux, plus résistant aux vaccins et aux anticorps créés par les infections précédentes.

Rien dans la situation actuelle ne surprend réellement la classe dirigeante. C’est le résultat de sa campagne meurtrière de «retour à la normale», c’est-à-dire le retour des enfants à l’école (ou dans les camps) et le retour des parents dans les lieux de travail, ce qui les expose à une maladie potentiellement mortelle et débilitante pour que la grande entreprise, les riches actionnaires et les banques puissent continuer à accumuler des profits gargantuesques, extraits du labeur de la classe ouvrière.

Ainsi, lors de la conférence de presse du 7 juillet, le gouvernement de la CAQ a publiquement rassuré la classe dirigeante que, tout comme c’est le cas depuis l’arrivée du virus au Québec en mars 2020, il n’allait rien faire qui risquerait de ralentir le flot des profits. Le ministre de la Santé, le comptable et homme d’affaires Christian Dubé a affirmé que le gouvernement «n’est pas du tout à imposer de nouvelles mesures», sous le prétexte que la situation était «sous contrôle».

Ce mensonge est tellement flagrant que même le Montreal Gazette s’est senti obligé d’y répondre dans un éditorial par cette question ironique, «l’est-elle vraiment?», avant de détailler la longue liste d’indicateurs qui prouvent le contraire et de résumer la véritable situation en écrivant que «les cas, les hospitalisations et les morts sont en hausse».

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