Suite à une demande de documents de l’inspecteur général

Les services secrets américains ont supprimé les messages texte envoyés entre le 5 et le 6 janvier 2021

Le 13 juillet 2022, l’inspecteur général (IG) du département de la sécurité intérieure (DHS) a envoyé une lettre à la commission de la sécurité intérieure du Sénat et de la Chambre des représentants, révélant qu’après avoir demandé des messages texte envoyés par des agents des services secrets américains entre les 5 et 6 janvier 2021, «beaucoup… ont été effacés dans le cadre d’un programme de remplacement des appareils».

Dans sa lettre, l’inspecteur général Joseph Cuffari note que les services secrets américains (USSS) ont délibérément «effacé ces messages texte après que l’OIG (Office of Inspector General) a demandé des enregistrements de communication électronique aux USSS, dans le cadre de notre évaluation des événements au Capitole le 6 janvier».

Un agent des services secrets américains prend position dans la rue alors que le cortège du président Donald Trump arrive à la Maison-Blanche après avoir joué au golf dans son Trump National Golf Club à Sterling, en Virginie, le 8 novembre 2020. C’était un jour après avoir été battu par le président élu Joe Biden. (AP Photo/J. Scott Applewhite)

Cuffari a ajouté que «le personnel du DHS a dit à plusieurs reprises aux inspecteurs de l’OIG qu’ils n’étaient pas autorisés à fournir des dossiers directement à l’OIG et que ces dossiers devaient d’abord se faire examiner par les avocats du DHS. Cet examen a entraîné des retards de plusieurs semaines dans l’obtention des dossiers par l’OIG et a créé une confusion quant à savoir si tous les dossiers ont été produits».

Jeudi soir, le président de la commission de la sécurité intérieure de la Chambre des représentants et de la commission spéciale de la Chambre des représentants du 6 janvier, Bennie Thompson (démocrate du Mississippi), a déclaré que la commission de la sécurité intérieure «sera informée de cette destruction de dossiers extraordinairement troublante et réagira en conséquence».

La révélation stupéfiante que l’USSS a supprimé des SMS, sans doute incriminants, après que l’OIG les avait demandés, réfute une fois de plus les mensonges proférés par l’ex-président Donald Trump, ses co-conspirateurs républicains et les éléments complaisants de la classe moyenne supérieure et de la pseudogauche, selon lesquels le coup d’État du 6 janvier était simplement une «émeute spontanée» ou une «manifestation en défense du premier amendement» qui a dégénéré.

Le fait que les services secrets suppriment les enregistrements qui montrent leur implication dans le coup d’État démolit encore plus les affirmations selon lesquelles les tentatives de Trump de rester au pouvoir sont le résultat de lui et de quelques «fous» du Parti républicain, comme les avocats Rudy Giuliani et Sidney Powell. Les deux partis capitalistes et l’État tout entier ont été complices du coup d’État, soit par des actions délibérées prises pour favoriser son succès, soit par leur silence dans les jours et les heures qui ont précédé l’attaque.

Le fait que Trump et ses co-conspirateurs républicains préparaient un coup d’État était bien connu non seulement du World Socialist Web Site avant le 6 janvier, mais de tout l’État capitaliste, ce qui explique pourquoi il a failli réussir. Le coup d’État avait le soutien de la majorité du Parti républicain et d’éléments importants de la police, des services de renseignement et de l’appareil militaire, y compris les services secrets, une agence qui sait non seulement «où sont enterrés les corps», mais les y a mis en premier lieu.

Au cours des 18 mois qui ont suivi l’attaque du Capitole, les informations concernant les activités des services secrets avant, pendant et après le coup d’État ont été révélées au compte-gouttes. Ce que l’on sait, c’est que le vice-président Mike Pence était une cible de choix pour la meute fasciste le 6 janvier après qu’il a refusé la demande de Trump de rejeter unilatéralement les électeurs des États que Trump a perdus.

Pence et les services secrets savaient qu’il se trouvait en danger physique une fois qu’il a refusé la demande anticonstitutionnelle de Trump, c’est ce qui a été révélé le mois dernier dans un rapport du New York Times. Le Times, citant des déclarations du chef de cabinet de Pence, Marc Short, a révélé que le 5 janvier, l’un des jours où les services secrets ont supprimé leurs messages textes, Short a contacté l’agent des services secrets chargé de la sécurité de Pence et l’a averti que Trump allait «se retourner publiquement contre» Pence, ce qui entraînerait un «risque pour la sécurité» du vice-président.

Ce risque de sécurité est devenu une réalité le lendemain après que Trump a tweeté à 14h24 que «Mike Pence n’a pas eu le courage de faire ce qui aurait dû être fait pour protéger notre pays et notre constitution, en donnant aux États une chance de certifier un ensemble corrigé de faits, et non les faits frauduleux ou inexacts qu’on leur avait demandé de certifier auparavant. Les États-Unis exigent la vérité!»

Dans le livre «Moi seul je peux le réparer: la dernière année catastrophique de Donald J. Trump» (I Alone Can Fix It: Donald J. Trump’s Catastrophic Final Year), les journalistes du Washington Post Philip Rucker et Carol D. Leonnig ont écrit que 11 minutes avant le tweet de Trump, Pence s’est fait évacuer par des agents des services secrets et la certification a été suspendue – pour la première fois dans l’histoire des États-Unis.

Rucker et Leonnig rapportent que les agents des services secrets ont d’abord emmené Pence dans son bureau au deuxième étage, et que l’agent principal de Pence, Tim Giebels, lui a demandé à deux reprises de quitter le Capitole.

Pence aurait répondu à Giebels: «Je ne quitterai pas le Capitole», lui expliquant que la dernière chose qu’il voulait que les caméras voient était son cortège de 20 voitures fuyant le Capitole.

Rucker et Leonnig ont écrit que la troisième fois que Giebels a demandé à Pence de partir, «c’était plus un ordre qu’une demande. “Ils sont dans le bâtiment”, a dit Giebels. La pièce dans laquelle vous vous trouvez n’est pas sécurisée. Il y a des fenêtres en verre. Je dois vous déplacer. Nous y allons».

La commission spéciale a révélé qu’alors que Pence était évacué vers le sous-sol du Capitole, la meute fasciste de Trump s’est approchée à moins de 40 pieds du vice-président. Une fois que Pence se trouvait évacué vers le sous-sol du Capitole, une limousine blindée l’attendait pour l’emmener.

«Je ne monte pas dans la voiture, Tim», a dit Pence à l’agent des services secrets, soupçonnant peut-être que des éléments alliés de Trump au sein des services secrets avaient prévu de le kidnapper pour qu’il ne puisse pas retourner au Capitole pour terminer la certification du collège électoral.

Si Pence n'avait pas été présent au Capitole pour superviser le décompte des voix comme le prescrit la loi sur le décompte électoral, les républicains auraient eu le prétexte nécessaire pour retarder la certification, créant ainsi une crise constitutionnelle qui aurait permis aux alliés de Trump à la Cour suprême, comme les juges Samuel Alito et Clarence Thomas, de fournir à Trump une justification pseudolégale pour renverser le résultat de l'élection.

L’existence de la lettre de l’inspecteur général a été rendue publique pour la première fois par le journaliste d’Intercept Ken Klippenstein. Dans son rapport sur la lettre, Klippenstein, a cité un «fonctionnaire du Congrès non autorisé à s’exprimer publiquement» sur le rôle central joué par les services secrets le 6 janvier et sur le fait que Trump a été à deux doigts de réussir.

«Les gens doivent comprendre que si Pence avait écouté les services secrets et fui le Capitole, la situation aurait pu être bien pire», a déclaré le fonctionnaire anonyme à Klippenstein. «Cela aurait pu être un coup d’État réussi, pas seulement une tentative», a-t-il ajouté.

Cela ne fait aucun doute que des éléments de haut niveau des services secrets, dont Anthony Ornato, un ancien agent des services secrets devenu chef de cabinet adjoint de la Maison-Blanche pour les opérations en 2019, étaient profondément impliqués dans les efforts de Trump pour rester au pouvoir. En tant que chef de cabinet pour les opérations, Ornato était chargé d’assurer la continuité du gouvernement et de coordonner les mouvements et la sécurité de Trump en dehors de la Maison-Blanche.

Au moment d’écrire ces lignes, Ornato est toujours le directeur adjoint du bureau de la formation des services secrets des États-Unis.

Dans un témoignage accablant fourni au comité le mois dernier, Cassidy Hutchinson, un ancien conseiller principal du chef de cabinet de Trump à la Maison-Blanche, Mark Meadows, a rappelé que le 6 janvier, les services secrets étaient bien conscients, avant le discours de Trump à l’Ellipse, que plusieurs personnes dans la foule se trouvaient armées de fusils et de pistolets. Hutchinson a rappelé que Trump était «furieux» que les services secrets aient installé des magnétomètres pour détecter les armes, empêchant ses partisans armés d’entrer dans la zone d’accès restreint.

Hutchinson se souvient avoir entendu Trump dire: «Je me fous qu’ils aient des armes. Ils ne sont pas là pour me faire du mal. Enlevez ces putains de chargeurs».

Elle a également révélé que Trump avait prévu de marcher sur le Capitole avec sa foule après son discours. Cependant, les services secrets n’ont pas pu garantir sa sécurité et ont refusé de le conduire au Capitole, ce qui a mis le futur dictateur dans une colère noire. Hutchinson se souvient avoir entendu un agent des services secrets à l’intérieur du véhicule de Trump dire qu’il avait essayé de prendre le volant du camion et de le conduire au Capitole malgré tout. Au cours de la bagarre, Hutchinson a déclaré que l’agent s’est souvenu que Trump l’avait pris à la gorge après avoir tenté de l’empêcher de s’emparer du volant.

Hutchinson dit avoir entendu ce récit de la bouche de l’agent lui-même, en présence d’Ornato, qui a contesté ce témoignage, mais pas de manière officielle.

Trump s’est joint à Ornato pour attaquer la crédibilité de Hutchinson. Lors d’une interview mercredi sur Real America News, Trump a traité Hutchinson de «psycho girl» (névrosée).

Insinuant qu’il était absurde qu’il puisse s’emporter contre un agent des services secrets pour ne pas avoir aidé sa tentative de coup d’état, Trump a déclaré en parlant des services secrets: «Je m’entends si bien avec ces gars-là. Et ils ont été géniaux de dire que ça n’était jamais arrivé. Et ce n’est jamais arrivé».

(Article paru d’abord en anglais le 15 juillet 2022)

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