La publication d’une déclaration sous serment expurgée aggrave la crise politique après la descente du FBI au domaine de Trump

Vendredi, le juge américain E. Bruce Reinhart a publié une version fortement expurgée de l’affidavit du ministère de la Justice qui avait été utilisé par le FBI pour obtenir le mandat de la perquisition du 8 août sur le domaine Mar-a-Lago de Donald Trump à Palm Beach, en Floride.

La police dirige la circulation devant l’entrée de la propriété Mar-a-Lago de l’ancien président Donald Trump, le lundi 8 août 2022, à Palm Beach, en Floride [AP Photo/Terry Renna] [AP Photo/Terry Renna]

Sur les 38 pages du document, 17 étaient totalement caviardées, trois l’étaient partiellement, quatre consistaient en du texte générique sur la procédure de recherche, et six étaient des annexes, y compris une lettre de trois pages de l’avocat de Trump qui datait de mai dernier affirmant que Trump avait l’autorité absolue pour déclassifier des documents et que la demande du gouvernement pour le retour des documents qu’il avait retirés de la Maison-Blanche était politiquement motivée.

Bien qu’elles ne soient pas entièrement nouvelles, les informations fournies au point 47 soulignent le caractère hautement sensible, du point de vue de l’État capitaliste, des documents classifiés dans le premier lot de 15 boîtes retournées par Trump à la National Archives and Records Administration (NARA) en janvier dernier, après des mois d’insistance de l’agence fédérale. Après avoir examiné les documents, la NARA a envoyé un dossier d’ordre pénal au ministère de la Justice, lui demandant d’enquêter sur les violations des lois qui couvrent le traitement des documents classifiés et autres documents de sécurité nationale.

Le paragraphe 47 indique que lors d’un «examen préliminaire», les agents du FBI ont identifié des documents portant des marques de classification dans 14 des 15 boîtes. Il énumère comme «nombres approximatifs» 184 documents uniques portant des marques de classification, y compris:

  • 67 documents marqués comme «confidentiels»
  • 92 documents portant la mention «secret».
  • 25 documents portant la mention «top secret».

L’affidavit indique que ces documents comprennent certains des types de dossiers les plus sensibles liés à la sécurité et à la défense nationales, y compris des sources humaines, des documents militaires qui relèvent de la loi sur la surveillance du renseignement étranger (FISA), et des signaux de renseignements, c’est-à-dire des communications interceptées de sources étrangères.

L’affidavit ne fait pas référence à un lot ultérieur de documents récupérés à Mar-a-Lago par des fonctionnaires du ministère de la Justice en juin, ni aux 26 boîtes perquisitionnées le 8 août après l’exécution du mandat de perquisition.

Le mandat, qu’on a rendu public le 12 août, justifiait la perquisition sans précédent de la résidence d’un ancien président par une cause probable d’enquête sur des violations criminelles de la Loi sur l’espionnage (Espionage Act) et des lois qui interdisent la falsification de documents officiels du gouvernement et l’obstruction d’une enquête criminelle.

D’autres documents officiels publiés depuis la descente du 8 août citent des documents dont la classification est supérieure à «top secret», y compris des «informations top secrètes/secret compartimentées» et des documents sur les «programmes d’accès spécial», qui concernent souvent des opérations secrètes.

Le point 53 de la déclaration sous serment cite un article publié en mai dernier dans Breitbart par Kash Patel, dans lequel l’assistant de Trump qualifie de «mensongers» les reportages selon lesquels la NARA aurait trouvé des documents classifiés parmi les documents remis par Trump en janvier, car Trump aurait déclassifié ces documents. Aucune trace n’existe de ces prétendues déclassifications, mais les avocats de Trump ont depuis affirmé que ce dernier avait reçu l’ordre permanent de déclassifier tous les documents qu’il avait retirés de la Maison-Blanche lorsqu’il a quitté ses fonctions.

Les réseaux câblés et de radiodiffusion généralement alignés sur le Parti démocrate, tels que CNN et MSNBC, ont rapporté la publication de l’affidavit expurgé comme une preuve supplémentaire des dangereuses violations de la sécurité nationale américaine par Trump.

Pour sa part, Trump a utilisé son site Truth Social pour s’en prendre une fois de plus au ministère de la Justice et au FBI, les qualifiant de «valets et voyous politiques» et affirmant qu’ils «n’avaient pas le droit, en vertu du Presidential Records Act, de prendre d’assaut Mar-a-Lago et de voler tout ce qu’ils voyaient, y compris des passeports et des documents privilégiés».

Il a ensuite partagé les mots «WITCH HUNT» (chasse aux sorcières). De manière significative, il s’en est pris au juge Reinhart, qui a reçu de multiples menaces, dont beaucoup étaient antisémites, de la part de partisans fascistes de Trump. Trump a déclaré que Reinhart était motivé par «son animosité et sa haine de votre président préféré, moi».

Le tollé suscité par la déclaration sous serment s’inscrit dans le contexte d’une aggravation plus générale de la crise au sein du système politique américain. Vendredi matin, le New York Times a publié un long éditorial qui compare la crise actuelle, à l’approche des élections de mi-mandat de novembre à la guerre civile. Le Times affirmait que le ministère de la Justice devrait poursuivre Trump pour sa tentative de renverser par la violence l’élection présidentielle de 2020, ses violations des lois sur la sécurité nationale dans le traitement de documents sensibles, ou les deux.

De manière significative, l’éditorial se concentrait sur la tentative de coup d’État de Trump du 6 janvier 2021 et sur la conspiration en cours, soutenue par le gros du Parti républicain, pour établir une dictature avec Trump à sa tête. Le Times a averti que l’inculpation et la poursuite de Trump allaient probablement «enflammer le clivage partisan amer, jusqu’à provoquer des troubles civils». Il a fait référence à la réponse violente à la perquisition du FBI à Mar-a-Lago, y compris une attaque armée contre un bureau du FBI à Cincinnati par un vétéran de l’assaut du 6 janvier contre le Capitole américain.

Le Times a cité les victoires aux élections primaires républicaines des négationnistes soutenus par Trump et a suggéré d’invoquer contre Trump et ses principaux partisans républicains la disposition du 14e amendement de l’après-guerre civile qui interdit de manière permanente d’occuper un poste à tout fonctionnaire qui «s’est engagé dans une insurrection ou une rébellion» ou a donné «aide ou réconfort» à ceux qui l’ont fait.

Jeudi soir, dans son premier discours de campagne pour les démocrates en vue des prochaines élections de mi-mandat, Biden a repris le thème de la «démocratie» mise en péril par Trump, qu’il avait largement abandonné depuis des mois. S’exprimant d’abord lors d’une collecte de fonds privée d’un million de dollars dans une banlieue cossue du Maryland, Biden a déclaré à propos des «républicains MAGA»: «Ce n’est pas seulement Trump… C’est presque du semi-fascisme».

Plus tard dans la soirée, lors d’un événement public parrainé par le Comité national démocrate, Biden n’a pas mentionné le «fascisme», mais il a présenté le fait d’écarter les républicains de Trump en novembre comme un «vote pour sauver littéralement la démocratie».

Ce faisant, Biden a cherché à créer une démarcation nette entre le Parti républicain «traditionnel» et les «républicains MAGA» de Trump. Cela faisait partie d’un appel à l’unité avec un Parti républicain qui, en fait, n’existe plus.

«Les républicains MAGA ne menacent pas seulement nos droits personnels et notre sécurité économique», a-t-il déclaré. «Ils sont une menace pour notre démocratie même. Ils ont refusé d’accepter la volonté du peuple, ils adoptent la violence politique». Il a ensuite lancé un appel aux votes des «démocrates, des indépendants, des républicains traditionnels» qui «aiment ce pays».

 Il convient de noter que dans son discours vantant les prétendues réformes progressistes de son gouvernement, notamment la «loi sur la réduction de l’inflation» pro-patronale et la mesure totalement inadéquate concernant la dette des prêts étudiants, Biden n’a fait aucune mention de l’escalade de la guerre par procuration contre la Russie en Ukraine, pour laquelle il n’existe aucun soutien populaire significatif.

Le cynisme et l’hypocrisie de sa prétendue défense de la démocratie ont été mis en évidence par sa référence favorable au gouverneur républicain sortant du Maryland, Larry Hogan, un critique de Trump.

Affirmant que Hogan se situait «dans le courant dominant» du Parti républicain, Biden a déclaré: «Je respecte les républicains conservateurs. Je ne respecte pas ces républicains MAGA».

En fait, l’Association des gouverneurs démocrates a veillé à ce que le choix de Hogan pour lui succéder, la conseillère de longue date et ancienne secrétaire d’État au commerce, Kelly Schulz, soit défaite par le partisan enragé de Trump et complotiste des élections Dan Cox. Pour y parvenir, elle a fait diffuser une publicité de plusieurs millions de dollars lors de l’élection primaire républicaine le mois dernier attaquant Cox comme trop fidèle à Trump, tout en sachant que cela stimulerait la participation des électeurs de droite de Trump.

Ce n’était qu’un des multiples cas où le Parti démocrate est intervenu avec des campagnes publicitaires coûteuses dans les primaires républicaines pour assurer la victoire des acolytes fascistes de Trump, calculant que de tels candidats GOP seraient plus faciles à battre lors de l’élection générale de novembre.

En même temps, la liste des candidats démocrates est plus que jamais remplie de ce que le World Socialist Web Site a appelé les «démocrates de la CIA», c’est-à-dire des candidats recrutés dans les rangs des officiers militaires qui ont servi dans les guerres néocoloniales de Washington au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, des agents de la CIA et des fonctionnaires du département d’État.

(Article paru en anglais le 17 août 2022)

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