Alors qu'il tente de casser la grève des raffineries

Macron impose le budget 2023 sans vote parlementaire

Alors que les raffineurs sont en grève en France pour lutter contre l’inflation, et que la guerre entre l’OTAN et la Russie en Ukraine s’intensifie, Macron a décidé hier de faire passer son budget 2023 à l’Assemblée nationale sans vote. Depuis les élections de mai 2022, le parti Renaissance de Macron ne dispose que d’une minorité à l’Assemblée; son budget était voué à la défaite lors d’un vote.

Le gouvernement Macron a décidé hier d’utiliser l’article 49-3 antidémocratique de la Constitution française pour imposer le volet recette de son projet de loi budgétaire. Cet article permet au gouvernement de forcer l’Assemblée à adopter le budget sans vote, à moins qu’elle n’adopte une motion de censure pour faire chuter le gouvernement. Le gouvernement devrait invoquer à nouveau cet article avant la fin de la semaine sur le financement de la Sécurité Sociale et, potentiellement, sept fois avant l’adoption finale du budget.

En imposant son budget sans vote tout en réquisitionnant les raffineurs, le gouvernement Macron fonctionne sans aucun soutien populaire et avec un mépris affiché pour les principes démocratiques. C’est un avertissement pour les travailleurs de tous les secteurs, non seulement en France, mais dans toute l’Europe. Ils font face à des gouvernements qui sont des dictatures des banques, implacablement opposés aux revendications et aux protestations ouvrières.

Les événements d’hier ont également révélé les mécanismes qui maintiennent Macron au pouvoir, malgré son manque de base sociale: la complicité des bureaucraties syndicales et des forces alliées de l’establishment politique.

Alors même que Macron révélait sa faiblesse parlementaire, des fractions de la CGT capitulent devant lui. Ils s’efforcent de mettre fin progressivement à la grève des raffineries. Hier, des bureaucrates cégétistes ont annoncé la fin de la grève à la raffinerie de Donges. La police a tenté de mettre fin à la grève à la raffinerie de Feyzin, près de Lyon, enréquisitionnant20 travailleurs de l’installation afin d’y relancer la production.

«Aujourd’hui, l’important était de sortir proprement de ce mouvement degrève, en cohésion, avec un collectif soudé», ont déclaré les responsables de la CGT à Donges. Ils ont justifié leur action en invoquant la faible participation à leur journée d’action du 18 octobre, en déclarant: «L’élargissement que nous espérions n’était pas au rendez-vous.».

En réalité, les confédérations nationales de la CGT isolent et désarment les grévistes. Les syndicats français ont collectivement un budget de 4 milliards d’euros. Les travailleurs risquent une amende de 10.000€ s’ils désobéissent la réquisition, mais aucun syndicat ne les aide les à défier la réquisition. Surtout, malgré sa manifestation symbolique d’un jour le 18 octobre, l’appareil cégétiste ne mobilise aucune grève plus largement en soutien des raffineurs.

Profitant de la démobilisation de la classe ouvrière par les bureaucraties syndicales, Macron accélèreson programme budgétaire d’inflation, d’austérité et de militarisme.

Le budget de 480 milliards d’euros, basé sur des recettes de 320 milliards, augmente l’effort de défense de plus de 3 milliards pour le porter à 44 milliards. Aussi, il réduit les subventions aux prix de l’énergie, dont le prix devrait augmenter de 15 pour cent. Cela décimerait le pouvoir d’achat des travailleurs qui subissent déjà une inflation de 7 pour cent en France en 2022. Près de 6 milliards d’euros de recettes publiques proviennent des plans de sauvetage de l’UE. Ceux-là servent à rembourser les riches investisseurs en rachetant leur dette publique et leurs actions.

Le débat parlement n’a abordé la participation téméraire de la France à la guerre de l’OTAN contre la Russie en Ukraine, ni l’impact inflationniste de ses réductions de subventions énergétiques et de ses plans de relance européens pour les super-riches. Les députés ont plutôt attaqué Macron sur diverses mesures, surtout des allégements fiscaux plus petits accordés aux riches.

Macron avait autorisé le gouvernement à utiliser l’article 49-3 lors d’un conseil des ministres mardi dernier, mais la Première ministre Elisabeth Borne avoulu qu’il y ait un débat. À l’Assemblée, cependant, les débats ont échappé à son contrôle. Le gouvernement a perdu des votes sur de nombreux points du projet de loi budgétaire, y compris parfois même des amendements proposés par des membres de son propre parti, Renaissance.

Un amendement proposé par Jean-Paul Mattei, membre du MoDem allié à Macron, a été la goutte qui a fait déborder le vase. Mattei demandait une augmentation temporaire de l’impôt sur les «super dividendes» versés par des sociétés très rentables, une hausse d’impôt à laquelle le gouvernement Macron et le ministre de l’économie Bruno Le Maire s’étaient opposés. Cet amendement a reçu le soutien de la Nupes de Jean-Luc Mélenchon, du Rassemblement national (RN) néofasciste et de fractions du parti Renaissance de Macron.

Borne a rencontré les députés du parti Renaissance mardi matin, afin de préparer le recours au 49-3. Puis hier, sous les huées des partis d’opposition, Borne a déclaré: «Nous aurions pu renoncer à la recherche d’un compromis. Nous avons fait le choix du dialogue. Si nous ne convergeons pas sur tout, nous pouvons nous rejoindre quand l’intérêt général est en cause. Nous devons donner un budget à notre pays. J’engage la responsabilité de mon gouvernement.»

Pour l’instant, cette décision semble avoir peu de chance de faire chuter le gouvernement. La France insoumise (LFI) de Mélenchon et leRN ont tous deux déposé des motions de censure contre le gouvernement Macron. À l’heure actuelle, ces motions auraient peu de chances de passer, carLFI et la RN refusent tous deux de voter les motions de censure de l’autre. Les Républicains ont déjà fait savoir qu’ilsne voteraien taucune des deux motions de censure.

Surtout, aucune des questions décisives posées aux travailleurs par ce budget n’est discutée dans la vie publique officielle. En cela, les députés à l’Assemblée ne diffèrent pas des bureaucrates de la CGT. Ils passent sous silence l’énorme danger d’une guerre entre l’OTAN et la Russie en Ukraine, qui pourrait se transformer en une guerre nucléaire, le rôle du sauvetage des banques dans la vague d’inflation qui dévaste les travailleurs, et les dangers énergétiques.

Ce silence sinistre endort le public et facilite la démobilisation des travailleurs par les appareils syndicaux, en cachant les énormes dangers de guerre et d’effondrement économique.

Une lourde responsabilité incombe à Mélenchon, qui a reçu près de 8 millions de voix des travailleurs et des jeunes lors des présidentielles d’avril 2022. Mélenchon n’a pas cherché à s’opposer à Macron ou à la néo-fasciste Marine Le Pen, les deux candidats du second tour. En fait, il a promis qu’il pourrait travailler sous les ordres de l’un ou l’autre, en tant que Premier ministre. Il a ensuite formé l’alliance Nupes avec le Parti socialiste (PS) de l’ancien président François Hollande, une personnalité largement méprisée et anti-ouvrière.

Mélenchon n’a rien fait pour appeler ses électeurs à se mobiliser pour défendre les raffineurs et pour lutter contre l’inflation, l’austérité, le militarisme impérialiste et la guerre.

En réalité, il n’y a rien à négocier avec Macron, et les bureaucrates syndicaux qui tentent de négocier avec lui n’ont rien à offrir aux travailleurs. La voie à suivre est une insurrection politique des travailleurs contre les bureaucraties syndicales nationales et la construction de comités de base pour s’opposer à la répression, l’austérité et la guerre. Les meilleurs alliés des travailleurs en France sont leurs frères et sœurs de classe dans le monde entier, dans une lutte pour construire l’Alliance internationale des travailleurs des comités de base.

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