Alors que la guerre en Ukraine de l’OTAN contre la Russie s’intensifie, les approvisionnements en gaz de l’Europe depuis la Russie se tarissent depuis l’arrêt de Nord Stream en septembre. Gazprom a aussi interrompu ses livraisons de gaz à plusieurs clients européens qui refusaient de payer leurs achats en roubles.
La Russie représentait jusqu’à l’an dernier 40 pour cent des importations gazières de l’UE. Ceci entraîne une explosion phénoménale des prix de l’énergie que ce soit pour le gaz ou l’électricité. Il en va de même d’autres sources d’énergies alternatives comme le charbon ou le fioul.
La hausse des prix de l’énergie est devenue un des principaux contributeurs à l’inflation. L’Europe, fer de lance des sanctions économiques et financières contre la Russie, subit le plus durement les effets de la hausse des prix de l’énergie. On s’attend, à court et moyen terme, à un effet dévastateur sur les entreprises et la situation sociale de la classe ouvrière européenne.
Une propagande frénétique de la classe dirigeante, avec le soutien de la pseudo gauche et des appareils syndicaux est menée en en faveur de la guerre contre la Russie. Elle tente de détourner l’attention de la classe ouvrière des conséquences catastrophiques qu’a pour elle la tentative d’hégémonie mondiale tournée contre la Russie et la Chine que mènent les USA avec leurs alliés européens. La lutte contre la paupérisation que l’on veut imposer aux travailleurs n’est pas séparable d’une lutte contre la guerre.
La crise de l’approvisionnement en gaz incite déjà les consommateurs et les industriels à se tourner vers l’électricité comme énergie de substitution. Mais l’Europe fait également face à une crise sévère de l’approvisionnement en électricité, liée notamment à la sortie du nucléaire de l’Allemagne et à la crise de la maintenance des centrales nucléaires en France.
On s’attend donc à une crise majeure des approvisionnements, tant en gaz qu’en électricité cet hiver. La gravité de la crise dépendra des températures dans les prochains mois.
Bien que l’été ait été très chaud avec des vagues de canicules et l’automne doux, les météorologues prédisent un hiver froid. Alors que les 10 derniers hivers ont été très doux, des scénarios météorologiques comme le modèle de prévision saisonnière européen (ECMWF) estiment que l’hiver pourrait être sensiblement plus froid cette année. Les températures dépendront notamment des anticyclones, qui peuvent bloquer les vents d’Ouest et provoquer un climat plus continental et froid; et de la stabilité de la bulle d’air froid polaire qui peut faire des incursions vers l’Europe.
Quoi qu’il en soit, le volume d’électricité produit va rester insuffisant. Même des épisodes de froid de quelques jours ou même journaliers entraîneront des délestages importants en France et en Europe.
Philippe Page le Mérour, secrétaire du comité du Conseil Social et Économique d’EDF et membre de la CGT, a déclaré le 13 octobre, qu'il ne voyait pas comment approvisionner les Français en électricité cet hiver, sans éviter les coupures. Selon lui, même en cas d'hiver «normalement froid», les coupures seront inévitables et «nous ne pourrons pas nous passer de délestages».
Aucun plan sérieux d’origine gouvernemental n’a été présenté pour faire face à la crise et seules des préconisations d’économie de consommation et des propositions commerciales d’EDF pour diminuer la consommation aux heures de pointe sont proposées. Or, tout le monde sait que ces mesures sont tout à fait insuffisantes. Les dégâts sociaux et économiques provoqués par des délestages massifs de plusieurs heures mal préparés seraient énormes.
Les autres pays européens seront dans l’incapacité de suppléer aux insuffisances de la production d’électricité française et réciproquement. On s’attend notamment à des coupures sauvages en masse y compris chez les particuliers dans les tranches horaires de 18h à 20h en cas de journée froide. Des coupures bien plus importantes en cas de vague de froid plus forte sont à prévoir.
L’État mène depuis 20 ans une politique incohérente à EDF, transformée en société anonyme en 2004 dans le cadre de la mise en concurrence des opérateurs énergétiques européens. Ce processus était destiné à privatiser les fleurons industriels européens du secteur de l’énergie et remplir à bon compte les poches des capitalistes. La politique industrielle a été systématiquement négligée au profit d’une politique de rentabilité commerciale de vendeurs d’énergies multi-cartes.
Le lancement des centrales nucléaires EPR de nouvelle génération d’EDF a été mal préparé et mal suivi sur le plan industriel. Cela s’est transformé en désastre financier, amenant EDF, une société auparavant très rentable, au bord de la faillite.
Le vieillissement des réacteurs EDF dont la durée de vie a été prolongée maintes fois entraîne des travaux de maintenance qui ont atteint à présent un niveau critique. Selon reporterre.net, «Sur les 56 réacteurs nucléaires en service que compte la France, 31 étaient arrêtés lundi 5 septembre: 16 pour maintenance ou maintenance courante, 14 pour des contrôles relatifs au problème de corrosion sous contrainte et deux pour économie de combustible».
EDF a annoncé que 21 des 31 réacteurs arrêtés devraient avoir repris du service avant l’entrée dans l’hiver, et que le nombre de réacteurs actifs devrait atteindre 55 à la fin février.
Ce chiffre ne tient toutefois pas compte des arrêts d’entretien cet hiver déjà programmés sur d’autres réacteurs. Les spécialistes du secteur soulignent aussi que les chantiers d’entretien font de plus en plus souvent l’objet de prolongations. Chaque redémarrage est conditionné à des vérifications et à l’autorisation de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), qui peut exiger des travaux complémentaires.
EDF a externalisé les fonctions de maintenance, et les métiers-clé très spécialisés demandant une formation spécifique manquent maintenant cruellement en France. Les entreprises ont donc du mal à répondre aux appels d’offre de maintenance d’EDF, ce qui pèse sur les délais et les périodes où ont lieu les interventions.
Alors que le gouvernement parle sans cesse de sobriété énergétique face à la crise, la situation dans le logement, un des secteurs les plus énergivores et responsable d’une bonne partie des pics de consommation est catastrophique. L'Observatoire national de la rénovation énergétique évaluait le nombre de «passoires énergétiques» à 5,2 millions sur 30 millions de résidences principales. Il s’agit de logement classés F et G dans l’échelle de consommation énergétique croissante allant de A à G. Sur l’ensemble du parc des logements, le nombre de «passoires» est estimé à 7,2 millions.
Les mesures d’incitation à la rénovation ont été tardives, les aides sont limitées. Manifestement, l’élite dirigeante veut faire retomber la facture au final sur les propriétaires individuels et les locataires, à travers des hausses de loyers.
De son côté, le secteur des HLM, étranglé financièrement par Macron dès le début de son premier mandat doit faire face au 'mur de la rénovation énergétique'. D'ici à 2034, ce sont près de 1,2 million de logements que les bailleurs sociaux devront rénover, soit 38 pour cent du parc social. Ces travaux nécessitent une rénovation globale des bâtiments. Il faudra, selon les hypothèses, compter entre 35.000 euros et 70.000 euros en moyenne par logement. Au final, la facture globale serait comprise entre 40 et 81 milliards d'euros.
La capacité d’autofinancement du secteur ayant été sabrée par les coupes financières de Macron, ces coûts supplémentaires tariraient la production de nouveaux HLM pendant plusieurs années. Avec la hausse des taux d’intérêt sur les biens à l’achat, une crise du logement sans précédent se profile dans les prochaines années.
La décision de la classe dirigeante d’imposer à la population de «vivre avec le Covid» plutôt que de l’éliminer, puis maintenant la guerre par procuration contre la Russie, amène un empilement croissant de calamités sociales pour les travailleurs. Seule une lutte déterminée de la classe ouvrière pour renverser l’organisation capitaliste et établir une société socialiste organisée sur une base internationale pour satisfaire les besoins humains fondamentaux permettra d’y remédier.
