Le nouveau chef du Trades Union Congress propose un partenariat avec le gouvernement britannique pour mettre fin aux grèves

Paul Nowak, le tout nouveau secrétaire général du Trades Union Congress (Congrès des syndicats britanniques – TUC) a entamé son mandat en bombardant les médias d’interviews, offrant les services de la bureaucratie syndicale pour réprimer une vague de grèves qui ne cesse de s’intensifier.

S’adressant à des publications telles que le Financial Times, le Guardianet le Daily Mirrorau début de l’année, alors que les cercles dirigeants craignent qu’une grève générale ne se développe au Royaume-Uni, Paul Nowak a prévenu que seule une alliance entre les syndicats, les employeurs et le gouvernement pourrait empêcher cela.

Paul Nowak, chef du TUC, lors d’un rassemblement organisé par le Syndicat des travailleurs de la communication» en décembre 2022 [Photo: WSWS]

Confiant que cette politique corporatiste est déjà défendue par le Parti travailliste, il a appelé les conservateurs au pouvoir à abandonner une approche de confrontation qui rend de plus en plus difficile de maitriser la colère grandissante des 5,5 millions de membres des syndicats affiliés au TUC.

Selon le Times, «on estime qu’on a perdu plus de 1,4 million de journées de travail en décembre. C’est le total mensuel le plus élevé depuis juillet 1989, lorsque Margaret Thatcher était première ministre. À l’époque, on avait perdu plus de 2,4 millions de journées de travail». Mais Nowak a prévenu que le pire était à venir, déclarant au Mirrorqu’un groupe de syndicats envisageait de «boycotter le processus de rémunération de 5,8 millions d’employés du secteur public», les ambulanciers, les infirmières, les médecins en formation, les enseignants et les pompiers luttant «pour deux ans de conflits salariaux à la fois – si les offres en souffrance de 2022 ne sont toujours pas résolues».

Nowak a expliqué: «Ce n’est pas parce que les dirigeants syndicaux sont prêts à le faire. C’est parce que nos membres nous disent qu’ils n’ont pas d’autre choix. Ils ne peuvent pas se permettre une autre année de réductions salariales en termes réels».

«La solution est entre les mains du gouvernement», a-t-il ajouté.

Dans le Guardian, il a demandé au premier ministre Rishi Sunak de rompre avec sa «stratégie des années 1980» sur la confrontation avec les syndicats et de travailler avec eux sur une «stratégie de sortie». Il s’est plaint que le TUC «n’a eu “aucun contact” de la part de Sunak ou d’autres ministres de premier plan, bien qu’ils aient travaillé ensemble pendant la pandémie». Il semble bien loin, le temps où nous nous faisions inviter à manger des beignets au bacon avec [l’ancien premier ministre], Boris Johnson, et son petit chien. Il n’a pas appris, et le gouvernement n’a pas appris, de leçons sur l’intérêt de travailler ensemble pour faire face à une crise nationale».

Accompagnant ces appels, Nowak a rassuré ceux à qui était destiné le message sur le fait que le TUC cherchait à empêcher une grève générale. Le Mirrora rapporté: «Aux conservateurs qui affirment que les grèves ne sont qu’une grève générale, il a répondu: “Nos membres ne sont pas intéressés par la grève générale ou par le fait de s’en prendre au gouvernement…”. C’est une diversion et cela rend un mauvais service à nos syndicats et à leurs membres. Je pense qu’ils veulent mener des guerres culturelles qui n’intéressent pas nos membres».

Tout ce que la bureaucratie syndicale attend du gouvernement, c’est une concession minimale pour sauver la face qui leur donnera une excuse pour démobiliser leurs membres et imposer encore plus d’austérité sans provoquer une nouvelle éruption de la lutte des classes.

Le Telegraphs’est vanté: «Le patron des syndicats admet que les infirmières devront renoncer à leurs demandes d’augmentation de salaire». Faisant référence, avec un mépris à peine déguisé, à la demande officielle du Royal College of Nursing, qui n’est pas affilié au TUC, pour une augmentation de salaire de cinq pour cent supérieure à l’inflation mesurée par l’Indice des prix de détail – une augmentation de 19 pour cent – Nowak a déclaré à l’émission de Radio 4 Todayque cette demande n’était pas réaliste…

«Il doit y avoir une zone d’entente quelque part entre les quatre ou cinq pour cent que le gouvernement offre et les 19 pour cent que certains syndicats réclament, mais, ce qui est crucial, c’est que le gouvernement s’assoit réellement et négocie…»

Piquet de grève des infirmières du National Health Service à Bath pendant la grève nationale du 15 décembre 2022 [Photo: WSWS]

Ces propos ont été tenus le jour où le TUC a publié une analyse qui montre que les travailleurs britanniques ont perdu en moyenne 20.000 livres de salaire réel depuis 2008, soit la plus longue compression des salaires réels de l’histoire moderne. Cela représente une moyenne de 1,450 livres par an, où les infirmières ont perdu 3.000 livres par an et le personnel paramédical, 4.000 livres par an. Le salaire moyen devrait encore baisser de 79 livres par mois en termes réels d’ici 2023, et le salaire du secteur public, de 100 livres par mois.

Le problème pour Nowak est que le gouvernement est resté sourd à ses supplications. Sunak a annoncé que de «nouvelles lois sévères» contre les grèves seraient présentées dans les deux prochaines semaines. Il s’agira notamment d’imposer un service minimum pendant les grèves dans des secteurs clés, dont le rail et potentiellement le National Health Service et l’éducation, et d’allonger le préavis que les syndicats doivent donner aux employeurs en cas de grève – le tout assorti d’amendes de 1 million de livres.

Nowak a décrit ces mesures comme portant atteinte au «droit fondamental de faire grève». Il s’est néanmoins engagé à coopérer si la loi était adoptée, avec seulement une contestation juridique devant la Cour européenne des droits de l’homme, et seulement «si nécessaire». «Nos syndicats trouveront toujours des moyens... de mener des actions efficaces, mais nous les contesterons juridiquement et nous leur ferons payer un prix politique élevé pour cela», a-t-il déclaré au Financial Times.

Rien ne fera bouger les bureaucrates syndicaux, y compris la criminalisation des grèves. Notant que «le Royaume-Uni possède déjà certaines des lois les plus restrictives en matière de grève syndicale», Nowak a rejeté les appels à l’abrogation de l’interdiction des grèves de solidarité imposée par Margaret Thatcher, déclarant au Mirror: «Il ne s’agit pas de revenir aux années 80».

Dans le Guardianet le Mirror, qui soutiennent le Parti travailliste, Nowak s’est montré lyrique sur les avantages supposés que sir Keir Starmer pourrait apporter en tant que premier ministre. Ce faisant, il a clairement indiqué qu’un gouvernement travailliste poursuivrait le programme d’austérité du gouvernement conservateur tout en s’appuyant sur les syndicats pour gérer la résistance de la classe ouvrière. En retour, il ne demanderait rien.

Nowak a déclaré au Guardianqu’il comprenait que les travaillistes ne pourront pas «ouvrir le robinet» des dépenses publiques s’ils remportent les prochaines élections. «Il ne sera pas en mesure de réparer nos services publics… parce qu’il s’agit de renverser des années de négligence».

Nowak s’est montré «prudemment favorable à la position des travaillistes sur la grève, après que certains syndicats aient critiqué Starmer pour sa réticence à soutenir ouvertement les grévistes», déclarant: «Je reconnais que le travail de Keir est différent du mien».

C’est un mensonge. La bureaucratie travailliste et syndicale fonctionne comme une force unifiée dédiée à la répression de la lutte des classes au service de l’oligarchie financière, des grandes entreprises et des banques.

Dans la résolution de notre congrès de 2022, «L’escalade de la lutte des classes en Grande-Bretagne et les tâches du Parti de l’égalité socialiste», nous avons expliqué comment les groupes de la pseudo-gauche tels que le Socialist Workers Party et le Socialist Party cherchent à renforcer la domination de la bureaucratie sur la classe ouvrière en promouvant l’idée que les directions syndicales peuvent être amenées à agir dans l’intérêt des travailleurs par la pression de la base:

Dans chaque secteur, la pseudogauche exhorte les travailleurs à faire appel à la bureaucratie syndicale, soutenue par les prétendus «militants syndicaux», pour intensifier la grève qu’ils démobilisent inévitablement, et unifier les grèves qu’ils cherchent à diviser. Écrivant en 1929 sur les «erreurs du syndicalisme» et s’adressant aux membres du Parti communiste de Grande-Bretagne, Léon Trotsky expliquait:

En Grande-Bretagne, plus que partout ailleurs, l’État repose sur le dos de la classe ouvrière qui constitue la majorité écrasante de la population du pays. Le mécanisme est tel que la bureaucratie repose directement sur les travailleurs, et l’État indirectement, par l’intermédiaire de la bureaucratie syndicale…

Le Parti travailliste, en Grande-Bretagne, pays classique des syndicats, n’existe qu’en tant que transposition politique de la même bureaucratie syndicale. Les mêmes dirigeants guident les syndicats, trahissent la grève générale, mènent la campagne électorale et, plus tard, siègent dans les ministères. Le Parti travailliste et les syndicats: ce ne sont pas deux principes séparés, ce n’est qu’une division technique du travail. Ensemble, ils constituent le support fondamental de la domination de la bourgeoisie britannique. Cette dernière ne peut être renversée sans renverser la bureaucratie travailliste.

Nous avons préconisé:

«La tâche centrale à laquelle sont confrontés les travailleurs est de créer les moyens de mettre à profit leur énorme pouvoir social dans une lutte industrielle et politique pour leurs propres intérêts indépendants. Le Parti de l’égalité socialiste préconise la création de comités de la base sur chaque lieu de travail, démocratiquement responsables et dirigés par des militants de confiance. Ceux-ci permettront aux travailleurs de briser le rôle de gendarme de la bureaucratie syndicale et d’unifier leurs luttes dans une grève générale contre le gouvernement et les employeurs…»

«La perspective politique défendue par le SEP est celle de l’internationalisme socialiste. Les alliés des travailleurs britanniques sont les travailleurs d’Europe et du monde entier qui entrent déjà en lutte. Nous demandons instamment l’affiliation des comités de base du Royaume-Uni à l’Alliance ouvrière internationale des comités de base, afin que la classe ouvrière britannique puisse forger une alliance avec les travailleurs du monde entier confrontés aux mêmes dangers».

La résolution doit être lue par tous les travailleurs actuellement en lutte et les conclusions nécessaires doivent être tirées.

(Article paru en anglais le 4 janvier 2023)

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