Samedi, lors d’un face-à-face tendu avec le haut diplomate chinois Wang Yi, en marge de la Conférence sur la sécurité de Munich, le secrétaire d’État américain Antony Blinken a fait monter en flèche les menaces contre la Chine.
Blinken a carrément dit à Yi que le ballon chinois qui s’est égaré dans l’espace aérien américain à la fin du mois dernier constituait une «violation inacceptable de la souveraineté américaine et du droit international». Il a dit qu’il «ne doit plus jamais se reproduire», selon le porte-parole du département d’État, Ned Price.
Les États-Unis n’ont toujours pas fourni la moindre preuve de leurs accusations belliqueuses selon lesquelles le ballon chinois espionnait les installations militaires américaines. Pourtant, l’US Air Force a abattu le ballon avec un missile le 4 février, et des débris ont été récupérés et examinés par des experts techniques.
Blinken s’est également dit déçu que Pékin n’ait pas engagé un dialogue entre militaires au sujet du ballon chinois. En fait, à l’époque, la Chine avait déclaré que son ballon de recherche civile non manœuvrable avait été détourné de sa trajectoire par des vents inhabituels et s’était excusée de son entrée dans l’espace aérien américain.
Les médias et l’establishment politique américains n’ont montré aucun intérêt pour un dialogue avec Pékin. Ils se sont plutôt emparés du ballon «espion» pour créer un climat politique d’incertitude et de peur qui leur permettra d’intensifier leur confrontation économique et militaire avec la Chine. L’administration Biden a utilisé l’incident comme prétexte pour annuler la visite prévue de Blinken en Chine les 5 et 6 février.
Wang a confirmé que la rencontre avec Blinken avait eu lieu et a appelé les États-Unis à réparer les «dommages» causés aux relations entre les deux pays. Il a déclaré aux médias: «Avoir dépêché un avion de chasse avancé pour abattre un ballon avec un missile, un tel comportement est incroyable, voire presque hystérique».
Wang a demandé: «Tellement de ballons existent dans le monde, et différents pays en possèdent. Alors, les États-Unis vont-ils tous les abattre»? Il a qualifié la réponse américaine de «100 pour cent d’abus de l’usage de la force».
Après avoir abattu le ballon chinois, l’US Air Force a abattu trois objets volants non identifiés, dont le gouvernement Biden a dû reconnaître qu’ils n’étaient pas chinois et ne représentaient aucune menace.
Le Washington Post et CNN ont rapporté mercredi dernier que les agences de renseignement américaines réévaluaient les affirmations précédentes selon lesquelles le «ballon espion» chinois avaient été délibérément manœuvré au-dessus de sites militaires américains sensibles. Selon ces informations, le ballon a peut-être été détourné de sa trajectoire par les vents, comme l’a expliqué la Chine.
Lors de sa rencontre avec Wang, Blinken a encore enflammé la confrontation déjà chaude en accusant la Chine d’être sur le point de fournir du matériel militaire offensif à la Russie dans le cadre de la guerre de la Russie en Ukraine avec les États-Unis et l’OTAN. Selon le porte-parole du département d’État, Price et Blinken ont averti Wang des «implications et des conséquences si la Chine fournit un soutien matériel à la Russie ou une aide pour échapper aux sanctions systémiques».
Une fois encore, ni Blinken ni personne d’autre dans le gouvernement Biden n’a fourni l’ombre d’une preuve à l’appui de ces allégations. Au lieu de cela, des fonctionnaires américains anonymes ont fait de vagues insinuations aux médias, qui les ont recyclées sans critique.
Le rapport de CNN, par exemple, a déclaré qu’on lui avait dit que «les États-Unis ont récemment commencéà voir des tendances “inquiétantes” dans le soutien de la Chine à l’armée russe et qu’il y a des signes que Pékin veut “s’approcher de la limite” de l’aide militaire létale à la Russie sans se faire prendre».
Pékin n’a pas encore répondu à ces allégations américaines. Wang doit se rendre à Moscou après la conférence sur la sécurité de Munich, après avoir déjà visité l’Italie et la France. Si Pékin n’a pas condamné l’invasion russe en Ukraine, elle ne l’a pas non plus soutenue publiquement. Samedi, Wang a rencontré le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Dmytro Kuleba, et a déclaré que la Chine souhaitait voir une fin négociée au conflit.
Les menaces de Blinken interviennent alors que la Chine s’apprête à dévoiler une proposition de plan de paix dans un discours du président chinois Xi Jinping le 24 février. Le jour marquera le premier anniversaire du début de la guerre. Wang a annoncé l’intention de la Chine de lancer ce plan dans son discours à la conférence sur la sécurité de Munich. Il aurait discuté de cette proposition avec la France, l’Allemagne et l’Italie.
Dans son discours à la conférence, Wang s'est adressé tout particulièrement aux puissances européennes en déclarant: «Nous devons réfléchir calmement, en particulier nos amis européens, aux efforts à déployer pour mettre fin à la guerre; au cadre à mettre en place pour apporter une paix durable en Europe; au rôle que l'Europe doit jouer pour manifester son autonomie stratégique».
Les propositions de paix sont la dernière chose que les États-Unis et leurs proches alliés souhaitent, car toute négociation couperait court à leurs plans d’escalade de la guerre. Après avoir fourni des chars lourds à l’armée ukrainienne, des discussions sont maintenant en cours sur la fourniture d’avions de combat.
En ce qui concerne l’impérialisme américain, la guerre n’a rien à voir avec la défense de l’indépendance de l’Ukraine ou de sa démocratie inexistante. Washington est plutôt déterminéà exploiter le conflit pour affaiblir et déstabiliser la Russie et, en fin de compte, fracturer et subordonner le pays et ses vastes ressources naturelles.
Les États-Unis craignent que le plan chinois n’ébranle le soutien de l’assemblée générale des Nations unies en faveur d’une résolution soutenant l’Ukraine ― une initiative qui est déjà en cours de discussion pour coïncider avec l’anniversaire du 24 février. Ternir le nom de la Chine au niveau international et réduire le soutien à sa proposition de paix est l’un des objectifs immédiats des insultes infondées de Blinken contre Pékin.
Mais, plus fondamentalement, les dernières allégations anti-chinoises ne sont qu’une étape de plus dans l’escalade de la guerre de propagande américaine contre Pékin, alors que Washington intensifie ses interdictions et ses sanctions économiques et accroît son renforcement militaire dans toute la région indopacifique en vue d’un conflit militaire avec la Chine.
Les États-Unis considèrent la Chine comme la principale menace pour leur hégémonie économique mondiale et la guerre contre la Russie en Ukraine comme le prélude à une guerre avec Pékin. Blinken a hypocritement déclaré à Wang que Washington ne changeait pas sa politique à l’égard de Taïwan, alors même qu’il sape systématiquement la politique d’une seule Chine sur laquelle reposent les relations entre les États-Unis et la Chine depuis 1979.
Tout comme il a délibérément poussé la Russie à envahir l’Ukraine, le gouvernement Biden cherche à pousser la Chine à attaquer Taïwan et à la piéger ainsi dans un conflit qui déstabilisera le régime chinois.
La manière extraordinaire dont un ballon de recherche chinois vagabond a été absurdement gonflé pour devenir une menace majeure pour la sécurité des États-Unis montre à quel point les préparatifs de guerre américains sont imprudents et avancés.
(Article paru d’abord en anglais le 20 février 2023)
