Perspective

La Maison-Blanche viole le droit d’asile et interdit l’immigration à la frontière américano-mexicaine

Mardi, le gouvernement Biden a annoncé une nouvelle politique d’immigration radicale qui interdit l’entrée à presque tous les immigrants à la frontière sud et leur refuse le droit de demander l’asile.

La nouvelle politique doit entrer en vigueur le 11 mai, le jour de l’expiration du Titre 42. Cette disposition de la loi américaine relative à la santé publique jusqu’alors restée obscure a été utilisée pour la première fois par Trump pour interdire l’immigration à la frontière américano-mexicaine sous le prétexte que les immigrants propageaient le COVID-19. Cette politique cruelle et hypocrite d’exclusion généralisée a été reprise par Biden, même après avoir proclamé que la pandémie était terminée.

La nouvelle politique de Biden vise à combler le vide laissé par l’expiration du Titre 42. Elle signifie que tous les immigrants qui tentent de franchir la frontière sud à pied seront expulsés sans audience judiciaire ni droit de demander l’asile.

La justification pseudo-juridique du gouvernement est que tous les immigrants qui passent par le Mexique perdent leur droit d’asile aux États-Unis s’ils ne demandent pas l’asile au Mexique. Mais la réalité est que le Mexique est en proie à la même violence et à la même pauvreté que celles qui dominent tous les pays que fuient les réfugiés.

Le gouvernement du président mexicain Andres Manuel Lopez Obrador harcèle, bat et persécute les immigrants d’Amérique centrale et des Caraïbes au nom de l’impérialisme américain depuis son arrivée au pouvoir en 2012, tandis que plusieurs milliers de personnes cherchant refuge aux États-Unis ont été condamnées à croupir dans des camps de tentes à la frontière, soumises au froid, à la faim et aux prédations des infâmes cartels mexicains.

Biden est entré en fonction en promettant de renverser les politiques anti-immigrants du gouvernement Trump et de faire respecter le droit d’asile. La politique maintenant introduite par son administration se moque de cette promesse, violant grossièrement le droit international et le droit américain, qui garantissent tous deux le droit d’asile. Les protocoles des Nations unies de 1951 et 1967 relatifs aux droits des réfugiés, qui ont été ratifiés à la suite de l’Holocauste et de la Seconde Guerre mondiale, garantissent expressément le droit d’asile et rendent illégale l’expulsion des «réfugiés», terme juridique qui désigne les personnes qui remplissent les conditions d’asile. L’article 33 du protocole de 1951 stipule: «Aucun État contractant n’expulsera voire ne refoulera, de quelque manière que ce soit, un réfugié sur les frontières des territoires où sa vie ou sa liberté serait menacées».

Cette décision aura un impact désastreux sur la vie de masses de travailleurs à travers l’Amérique latine. D’innombrables personnes seront renvoyées dans les griffes de leurs persécuteurs dans des sociétés dévastées par plus d’un siècle d’exploitation impérialiste américaine. Nombre d’entre elles mourront ou seront torturées en violation de la Convention des Nations unies contre la torture qui interdit aux pays de renvoyer de force des personnes dans des pays où elles risquent d’être extrêmement persécutées.

Des milliers d’autres personnes seront définitivement séparées de leurs parents, enfants et proches qui se trouvent déjà aux États-Unis. Des milliards de dollars de transferts de fonds seront perdus, alimentant la famine et la pauvreté déjà aggravées par la pandémie de COVID-19, le changement climatique et la guerre des États-Unis et de l’OTAN contre la Russie. En fin de compte, cette politique ne fera que forcer les immigrants à traverser dans des conditions plus dangereuses pour éviter de se faire détecter: plus profondément dans les déserts, plus loin dans la mer, où beaucoup d’autres mourront.

Il n’y a que trois précédents aussi radicaux et antidémocratiques dans l’histoire des États-Unis:

Le premier est la loi sur l’exclusion des Chinois, qui a interdit toute immigration de travailleurs chinois pendant 10 ans à partir de 1882.

Le second est la loi Johnson-Reed de 1924, qui a exclu l’immigration en provenance des pays appauvris d’Europe du Sud et de l’Est à la suite de la révolution russe. Hitler avait écrit positivement sur cette loi et, comme le professeur de droit de Yale James Whitman l’a expliqué dans son livre de 2017 «Hitler’s American Model», les juristes nazis se sont inspirés de l’exclusion chinoise et des lois Johnson-Reed pour façonner les lois raciales du Troisième Reich.

Le troisième précédent est le décret de Donald Trump interdisant les voyages en provenance de sept pays majoritairement musulmans au début de 2017 qui a été accueilli par de grandes manifestations spontanées dans des aéroports à travers le pays.

Malgré le caractère historiquement réactionnaire de l’interdiction d’asile, la mesure a été accueillie par un silence presque total dans les médias bourgeois, qui sont trop concentrés sur les dénonciations sans fin des crimes de la Russie, réels et imaginaires, pour reconnaître l’interdiction. Un jour après son annonce, aucun article sur l’interdiction d’asile ne pouvait être trouvé sur les premières pages en ligne du New York Times, du Washington Post ou de CNN.

Le silence des médias prouve qu’ils reconnaissent que l’interdiction d’asile démasque le mensonge selon lequel l’impérialisme américain est un champion de la «démocratie» et la défend dans sa guerre contre la Russie.

En juin 2022, Biden a publié une déclaration à l’occasion de la «Journée mondiale des réfugiés», dans laquelle il a présenté les États-Unis comme une lueur d’espoir pour les demandeurs d’asile et a imputé à «la guerre de la Russie contre l’Ukraine» le fait que plus de 100 millions de personnes avaient été contraintes de fuir leur pays.

La déclaration de Biden a dissimulé le fait que la plupart de ces 100 millions de personnes fuient des pays dévastés par les guerres de l’impérialisme américain au cours des trois dernières décennies: l’Irak, l’Afghanistan, la Libye et la Syrie. Contrairement à la Russie, a-t-il dit, les États-Unis «protègent et accueillent les réfugiés» et «sont les chefs de file mondiaux pour répondre aux besoins des réfugiés».

L’hypocrisie et les mensonges de l’impérialisme américain ne connaissent aucune limite. S’exprimant la semaine dernière, la vice-présidente Kamala Harris a cité les déportations présumées d’Ukrainiens par la Russie comme preuve que le gouvernement commet des «crimes contre l’humanité».

«Les autorités russes ont déporté de force des centaines de milliers de personnes d’Ukraine vers la Russie, y compris des enfants», a déclaré Harris. «Elles ont cruellement séparé des enfants de leurs familles».

Si le gouvernement russe a nié ces affirmations, personne ne peut sérieusement contester que les États-Unis sont les premiers au monde à séparer les enfants immigrés de leurs parents.

En 2021, le gouvernement Biden a détenu 122.000 enfants immigrés dans des installations à travers les États-Unis, selon un reportage de CBS News. Sous Donald Trump, des dizaines de milliers d’enfants ont été délibérément séparés de leurs familles dans le cadre d’une politique fasciste concoctée dans l’esprit malade du conseiller nazi de Trump, Stephen Miller. Sous le Titre 42, les administrations Trump et Biden ont ensemble expulsé des centaines de milliers d’immigrants sous le prétexte raciste qu’ils étaient susceptibles de propager le COVID-19.

La décision du gouvernement Biden est une concession majeure aux éléments d’extrême droite qui dominent l’appareil d’expulsion étatique fortement militarisé et qui ont participé il y a deux ans au complot du 6 janvier 2021 visant à abolir la Constitution. Le Parti démocrate cherche désespérément à maintenir le «bipartisme» avec le Parti républicain de plus en plus fasciste afin de poursuivre la guerre contre la Russie, poussant le système politique toujours plus à droite.

L’attaque contre les immigrants est un phénomène international. Alors que les puissances impérialistes européennes intensifient le conflit avec la Russie, les éléments nationalistes de droite sont encouragés à attaquer les immigrants et les réfugiés, tandis que, les nations ferment leurs portes aux immigrants les unes après les autres.

Après que la ministre britannique de l’Intérieur, Suella Braverman, a qualifié d’«invasion» les tentatives des réfugiés d’obtenir l’asile au Royaume-Uni, une foule d’extrême droite a agressé des immigrants dans un hôtel qui accueille des réfugiés la semaine dernière à Knowlsey, près de Liverpool. Les organisations de réfugiés ont publié une lettre au début du mois qui met en garde contre une augmentation des «attaques extrémistes préméditées» contre les immigrants au Royaume-Uni.

Selon le ministère fédéral allemand de l’Intérieur, les attaques violentes contre les immigrants ont augmenté de façon spectaculaire en 2022. Il y a eu 65 incidents distincts au cours des neuf premiers mois de l’année. En juin 2022, le gouvernement espagnol de Pedro Sanchez a massacré des dizaines d’immigrants au poste-frontière de Melilla, en Afrique du Nord.

La défense des droits des immigrés, le démantèlement des appareils répressifs d’expulsion et la lutte contre l’extrême droite doivent être associés à la lutte contre la guerre impérialiste des États-Unis et de l’OTAN contre la Russie. C’est le sujet de la réunion en ligne du WSWS, «La guerre en Ukraine et comment l’arrêter», le samedi 25 février, à 13h, heure de l’Est des États-Unis.

(Article paru en anglais le 23 février 2023)

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