Procès du complot du 6 janvier: Un procureur allègue que les Proud Boys se voyaient comme «l’armée de Donald Trump»

Après près de quatre mois de témoignages, les plaidoiries finales ont commencé lundi dans le procès pour conspiration séditieuse des dirigeants de la milice fasciste Proud Boys, pour leur rôle dans la prise d’assaut du Capitole le 6 janvier 2021 sur l’ordre du président Donald Trump.

Les Proud Boys, les Oath Keepers et d’autres groupes d’extrême droite ont attaqué le Capitole et bloqué la certification de la défaite de Trump à l’élection présidentielle de 2020 pendant plusieurs heures, jusqu’à ce qu’ils soient dispersés par la police.

Ils ont agi dans le cadre d’une conspiration à multiples facettes visant à maintenir l’ancien président au pouvoir. Alors que Trump et ses complices de haut niveau à la Maison-Blanche, au Congrès, au Pentagone et à la Cour suprême restent libres, plus de 1000 fantassins subalternes, dont des dizaines de membres des Proud Boys et des Oath Keepers, ont été condamnés pour des crimes graves liés au coup d’État manqué de Trump.

Pour leur rôle dans l’attaque, les accusés Henry «Enrique» Tarrio, Ethan Nordean, Joseph Biggs, Zachary Rehl et Dominic Pezzola, tous membres des Proud Boys le 6 janvier, ont tous été inculpés de conspiration séditieuse en plus de plusieurs autres crimes. Bien que Tarrio, l’ancien chef du groupe et informateur «prolifique» du FBI, n’ait pas été présent au Capitole lors de l’attaque, lui et les autres accusés risquent des dizaines d’années de prison s’ils sont reconnus coupables.

Zachary Rehl, à gauche, et Ethan Nordean, membres des Proud Boys, se dirigent vers le Capitole à Washington, en soutien au coup d’État manqué du président Donald Trump, le 6 janvier 2021. [AP Photo/Carolyn Kaster]

Dans sa plaidoirie finale lundi, le procureur adjoint Conor Mulroe a clairement indiqué que les actions des Proud Boys le 6 janvier n’étaient pas le résultat d’une manifestation spontanée qui a dégénéré, mais le point culminant d’un complot de plusieurs semaines qui visait à utiliser la violence pour empêcher la certification de l’élection présidentielle de 2020.

«Une conspiration, a déclaré Mulroe, n’est rien d’autre qu’un accord qui vise un objectif illégal. L’accord fondamental de ces accusés était d’empêcher la certification de l’élection. Voilà l’objectif. Et de le faire par tous les moyens nécessaire, y compris par la force. Voilà le comment».

Mulroe a expliqué que les accusés pouvaient être reconnus coupables de conspiration même s’ils n’avaient pas détaillé explicitement leurs plans pour empêcher la certification: «Une conspiration peut être tacite. Il n’est pas nécessaire qu’elle soit écrite, élaborée autour d’une table, ni même formulée. Elle peut être implicite. Il peut s’agir d’une compréhension mutuelle obtenue par un clin d’œil ou un hochement de tête».

Mulroe a déclaré que les accusés «se voyaient comme l’armée de Trump qui se battait pour maintenir au pouvoir le dirigeant qu’ils voulaient, quoi qu’en dise la loi ou les tribunaux.»

Dans sa plaidoirie finale devant le jury, Mulroe a fait référence à plusieurs reprises aux paroles et aux actions de Trump avant le coup d’État, qui ont eu un impact direct sur les plans des Proud Boys.

Tout d’abord, Mulroe a attiré l’attention sur le fait que Trump avait ordonné aux Proud Boys de «se tenir prêts» lors de son premier débat avec Joe Biden dans le cadre de la campagne présidentielle de 2020. Mulroe a déclaré que les dirigeants des Proud Boys, en particulier l’ancien soldat de l’armée américaine et informateur du gouvernement Joseph Biggs, étaient «en liesse» après le débat. Biggs a pris la directive de Trump «comme un ordre», selon Mulroe, et a dit aux autres Proud Boys: «Eh bien, monsieur, nous sommes prêts. Trump a dit en gros d’aller leur régler leur cas. Cela me rend si heureux».

Mulroe a expliqué que lorsque certains Proud Boys se sont opposés à la soif de sang de Biggs, ils ont demandé à Tarrio d’intervenir et de le désavouer, ce que Tarrio a refusé de faire.

«Ce dont il est question ici, a déclaré Mulroe, c’est que Tarrio a dit et Biggs a accepté que les Proud Boys étaient une force de combat alignée derrière Donald Trump, prête à commettre des actes de violence en son nom».

Ce point de vue était partagé par l’ensemble de la milice fasciste. Mulroe a souligné que deux témoins coopérants, les anciens Proud Boys Matthew Greene et Jeremy Bertino, ont tous deux utilisé l’expression «soldats de la droite» pour se décrire.

Greene, 35 ans, ancien collecteur de renseignements de la Garde nationale américaine et membre des Proud Boys jusqu’au coup d’État manqué, a été le premier Proud Boy à plaider coupable de conspiration. Greene a déclaré au cours de ce procès qu’il avait «plaidé coupable d’un accord implicite avec Dominic Pezzola pour mettre fin à la certification» et que, de son point de vue, «il semblait que tout le monde avait la même idée».

Selon Greene, les dirigeants des Proud Boys encourageaient la «violence» et «que même, la violence était célébrée».

Dans son témoignage, Bertino a confirmé que «je ne connaissais pas le plan exact de ce qui allait être fait, mais je savais quel était l’objectif». À 14h39 le 6 janvier, alors que les fascistes et les suprémacistes blancs prenaient d’assaut le Capitole, Bertino a envoyé un SMS à Tarrio: «Frère, tu sais que c’est grâce à nous tout ça», ce à quoi Tarrio a répondu: «Je sais».

Le Proud Boy, Jeremy Bertinoqui, porte un écusson du Right Wing Death Squad (RWDS) lors d’un rassemblement de Trump à Raleigh, en Caroline du Nord, en novembre 2020. [Photo by Anthony Crider / CC BY 2.0]

Outre l’appel de Trump aux Proud Boys à «se tenir prêts», Mulroe a souligné que le tweet de Trump du 19 décembre 2020 était un catalyseur majeur des activités des Proud Boys. Mulroe a établi un lien entre les appels de l’ancien président à une «protestation musclée» et les actions des Proud Boys.

Il explique que dans les 24 heures qui ont suivi l’appel de Trump à une «grosse manifestation» à Washington le 6 janvier, «Soyez là, ce sera quelque chose»! Tarrio a créé le groupe de discussion «Ministère de l’autodéfense» (Ministry of Self-Defense – MOSD), qui a été utilisé pour coordonner les actions des Proud Boys jusqu’au 6 janvier.

«Vous voulez appeler ça un club de beuverie? Vous voulez appeler ça une organisation fraternelle d’hommes? Appelons les choses par leur nom. Le ministère de l’autodéfense était un gang violent qui se réunissait pour utiliser la force contre ses ennemis», a déclaré Mulroe. «Il s’agissait avant tout d’utiliser la force. Il ne s’agissait pas de prévenir la violence, mais de la canaliser. Il s’agissait de la canaliser. Ou, pour reprendre les termes d’Enrique Tarrio, de “mobiliser ces manifestants en nombre imposant”».

Biggs était d’accord avec la formation du MOSD et son objectif: «soyons radicaux et mobilisons de vrais hommes».

Dans le groupe de discussion, Mulroe a déclaré que les «accusés» partageaient leur intention violente de maintenir Trump au pouvoir. «Pas de Trump, pas de paix, pas de quartier», a écrit Tarrio dans un message.

«Pourquoi ne pas cogner foutrement fort pour ne plus avoir à s’inquiéter de ces problèmes, vivre libre ou mourir en se battant. La politique ne marche pour personne. C’est le moment de se mettre en colère», a écrit Nordean. En réponse à un autre membre du chat qui évoquait la possibilité d’exécuter des politiciens sous la menace d’une arme, Nordean a répondu d’un ton approbateur: «d’accord».

Biggs a écrit: «Chaque législateur qui enfreint ses propres lois stupides devrait être traîné hors de son bureau et pendu».

L’accusé Zachary Rehl a lui aussi appelé à l’exécution des ennemis politiques de Donald Trump: «Espérons que les pelotons d’exécution seront destinés aux traîtres qui tentent de voler l’élection du peuple américain».

Malgré l’arrestation de Tarrio le 4 janvier, Mulroe a expliqué que la conspiration qui visait à empêcher la certification ne s’est pas arrêtée: «Lorsque Tarrio a été arrêté, l’objectif stratégique d’empêcher la certification de l’élection est resté inchangé, même s’ils étaient encore en train de régler les détails tactiques sur la façon exacte de faire en sorte que cela se produise».

Dans le dernier message qu’il a envoyé au groupe avant d’être arrêté le 4 janvier et que les Proud Boys effacent de nombreux textes du chat, Tarrio a écrit à Biggs: «Quoi qu’il arrive, faites-en un spectacle», ce à quoi Biggs a répondu «oui».

Les plaidoiries de la défense devraient se terminer mercredi et les délibérations du jury suivront.

(Article paru en anglais le 25 avril 2023)

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