Le 19 avril, marquait le 80e anniversaire du début du soulèvement du ghetto de Varsovie en 1943. Le soulèvement était le premier acte de résistance armée urbaine à grande échelle au régime nazi sur le continent.
Quelques centaines de combattants mal armés, dont beaucoup étaient adolescents ou au début de la vingtaine, ont pu résister aux brutales forces SS des nazis pendant plusieurs semaines. Le soulèvement fut mené par une coalition de jeunes communistes et de partis socialistes juifs, dont le sioniste socialiste Hashomer Hatzair, la Gauche Poalei Tsiyon et le Bund travailliste juif, tous fervents pro-soviétiques et convaincus que la lutte contre l'antisémitisme et le fascisme était indissolublement liée à la lutte contre le capitalisme. Les nazis n'ont réussi à réprimer le soulèvement qu'en mettant le feu au ghetto et en tuant quelques 13.000 personnes, dont environ la moitié furent brûlées vives ou étouffées.
Bien qu'il n'ait pas pu arrêter ou changer le cours de l'Holocauste, le soulèvement a profondément secoué les occupants nazis. Cela s'est produit un peu plus de deux mois après la défaite de l'Allemagne nazie par l'Armée rouge à Stalingrad, où une armée allemande entière avait été anéantie. Le soulèvement a valu au ghetto de Varsovie le surnom de «petit Stalingrad» parmi les contemporains. Parallèlement à l'avancée de l'Armée rouge, qui commençait alors, il annonçait l'éruption de luttes sociales et révolutionnaires contre le régime nazi et ses alliés à travers l'Europe. Il est depuis devenu l'un des épisodes les plus connus de l'histoire du génocide dirigé par les nazis de 6 millions de Juifs européens et un symbole de défi courageux face à la puissance armée apparemment inébranlable du fascisme.
Malgré son énorme importance historique et politique, ou plutôt à cause d'elle, les commémorations du 80e anniversaire ont été extrêmement discrètes. Le président allemand Frank-Walter Steinmeier a prononcé un certain nombre de platitudes et demandé «pardon» à Varsovie. Il le fait dans des conditions où le gouvernement allemand envoie à nouveau des chars pour mener une guerre contre la Russie en Ukraine et où le gouvernement polonais joue un rôle central dans la falsification de l'histoire, promouvant l'antisémitisme et fomentant la guerre de l'OTAN contre la Russie.
En Allemagne même, il y a eu très peu de commémorations, presque toutes organisées par les communautés juives. Une exception notable a été une conférence universitaire de trois jours organisée par l'Institut Simon Dubnow à Leipzig, qui a réuni de nombreux historiens éminents dans le domaine de l'histoire juive polonaise et a passé en revue les découvertes historiques récentes sur le soulèvement, y compris les différentes tendances politiques impliquées.
Dans le cadre de la conférence, les étudiants de l'Université de Leipzig ont également organisé un concert émouvant avec des œuvres de compositeurs persécutés, tués ou contraints à l'exil par le nazisme. Les pièces avaient été choisies par les étudiants eux-mêmes dans le but non seulement de transmettre la grande variété et la richesse (article en anglais) de la culture musicale qui avait été détruite par les nazis, mais aussi de donner une idée de la vie vécue par ces compositeurs avant qu'ils ne soient persécutés. Les trois premiers mouvements du Quatuor à cordes en ré majeur ont été particulièrement frappant, l'une des premières œuvres d'Ignatz Waghalter, compositeur juif polonais né à Varsovie et qui a joué un rôle majeur dans la vie musicale de Berlin dans les années 1920, mais a ensuite été contraint d'émigrer aux États-Unis. Ont également été interprétées trois pièces courtes mais novatrices pour piano à quatre mains tirées des «Ironies» d'Erwin Schulhoff, un compositeur juif tchèque assassiné par les nazis.
Les élèves ont joué les pièces avec beaucoup d'enthousiasme, et un étudiant a prononcé une introduction réfléchie à chaque compositeur et à chaque pièce jouée. Le concert, qui s'est tenu au Musée des instruments de musique de Leipzig, a suscité un tel intérêt qu'il a fallu apporter des chaises supplémentaires pour accueillir le public.
Il existe un contraste marqué entre le besoin évident des jeunes et des travailleurs de vouloir s'approprier l'impact intellectuel et culturel continu de l'Holocauste et les efforts des gouvernements pour étouffer et déformer la vérité historique et minimiser ou éviter toute commémoration de ce qui s'est passé. C'est précisément en raison de la pertinence politique contemporaine des leçons historiques du soulèvement du ghetto de Varsovie que les gouvernements capitalistes n'ont aucun intérêt à le commémorer.
Mais les travailleurs, qui sont aujourd'hui confrontés au maelström en cours d'un nouveau partage impérialiste du monde, au renforcement de forces fascistes, à la contre-révolution sociale et à une pandémie et une catastrophe climatique en cours, ont énormément à apprendre de l'expérience héroïque mais aussi tragique du soulèvement du ghetto de Varsovie et de l'Holocauste.
Les origines du soulèvement du ghetto de Varsovie
Les origines immédiates des plans de résistance armée dans le ghetto résident dans l'expérience dévastatrice de la «Grande Action» du 22 juillet au 8 septembre 1942, lorsque, en l'espace de six semaines seulement, quelque 265.000 Juifs ont été déportés du ghetto au camp de la mort de Treblinka et gazés dès leur arrivée. Les mercenaires ukrainiens, les soi-disant «Trawniki», qui avaient été entraînés par les nazis pour aider à garder les ghettos et les camps de concentration dans toute l'Europe de l'Est, ont joué un rôle important dans la rafle systématique des Juifs et leur transport vers Treblinka.
La «Grande Déportation» faisait partie de la dénommée «Opération Reinhard» (Aktion Reinhard), le nom de code du meurtre industriel systématique de l'ensemble de la population juive de 2 millions d'habitants qui vivaient dans des ghettos du gouvernement général de Pologne occupé par les nazis. L'Aktion Reinhard a été lancée en mars 1942, quelques semaines après la tristement célèbre conférence de Wannsee de janvier 1942 (article en anglais), au cours de laquelle les principaux responsables de l'État nazi et allemand se sont mis d'accord sur l'anéantissement industriel de tous les Juifs d'Europe. Au cours de l'année qui va de mars 1942 à mars 1943, plus de la moitié des 6 millions de victimes de l'Holocauste ont été assassinées. Le meurtre industrialisé a atteint son apogée au cours des trois mois entre août et novembre 1942 (article en anglais), lorsque 1,47 million de Juifs ont été gazés - un quart du nombre total de victimes de l'Holocauste et le taux d’extermination par tête le plus élevé jamais enregistré dans l'histoire.
Parmi les victimes figuraient la majorité de la communauté juive de Varsovie. Avant la guerre, Varsovie abritait la plus grande communauté juive du monde, comprenant 400.000 personnes, soit un tiers de la population totale de la ville. Le ghetto, créé en novembre 1940, était le plus grand du genre en Europe occupée et fonctionnait effectivement comme un camp de concentration géant. Alors qu'un mur séparait le ghetto du dénommé «côté aryen» de Varsovie, le commerce et la contrebande se sont poursuivis entre les deux côtés tout au long de l'existence du ghetto. Ses habitants ont été contraints de subsister avec des rations de famine d'environ 184 calories par jour. En proie à la faim, au typhus et à d'autres maladies, environ un quart des habitants du ghetto sont morts avant la Grande Déportation.
Malgré les conditions de vie épouvantables et la terreur perpétuelle des nazis, le ghetto devint le site d'un travail culturel et politique remarquable, reflétant les riches traditions intellectuelles et culturelles de la communauté juive polonaise.
En témoigne l’importance capitale du travail politique et culturel d'Emanuel Ringelblum, un historien sioniste socialiste, qui fonda et dirigea l'Archive Oyneg Shabbos (article en anglais). De 1940 à la liquidation du ghetto, l’Oyneg Shabbos a rassemblé un vaste ensemble d'informations sur la destruction en cours de la communauté juive polonaise par le nazisme, mais aussi sur la vie quotidienne et les activités culturelles et politiques dans le ghetto.
Les archives démontrent, en particulier, l'immense impact du marxisme et du socialisme sur la communauté juive polonaise et la vie des ghettos, sans lesquels les origines politiques du soulèvement ne peuvent être comprises. Parmi les tendances politiques les plus actives du ghetto figuraient le mouvement scout sioniste socialiste Hashomer Hatzair et les Poalei Tsyion de gauche, auquel Ringelblum était associé, ainsi que des communistes. Le Bund travailliste social-démocrate juif, qui avait une influence significative parmi la population juive largement artisanale de la Pologne de l'entre-deux-guerres et, pendant plusieurs décennies, avait été le fer de lance de la formation d'unités d'autodéfense dans les communautés juives contre les pogroms, a également joué un rôle de premier plan. Ces tendances allaient codiriger le soulèvement.
Les archives de Ringelblum montrent également que le mouvement trotskyste est resté politiquement actif dans le ghetto de Varsovie presque jusqu'à la Grande Déportation, et certaines sources indiquent que les trotskystes ont été impliqués dans le soulèvement. [1]
Entre 1940 et 1941, les trotskystes ont publié deux journaux en langue polonaise dans le ghetto de Varsovie, Czerwony Sztandar (Red Banner) et la revue théorique Pregłąd Marksistowski (Marxist Review), distribués de part et d'autre du mur du ghetto. Leurs publications comprenaient des essais de Léon Trotsky, une brochure consacrée au premier anniversaire de son assassinat publiée en août 1941, ainsi que des analyses théoriques et politiques d'événements contemporains et historiques, y compris les leçons de la Révolution d'Octobre et de la Commune de Paris et de la différence entre le marxisme révolutionnaire et le stalinisme. Le dirigeant et «père du trotskysme polonais», Solomon Ehrlich (1907-1942), fut déporté et gazé à Treblinka à l'été 1942. [2]
La dernière publication conservée des trotskystes polonais est un tract du 1er mai 1942. Rédigé comme un appel aux travailleurs polonais de toutes nationalités, c'était un appel puissant à une résistance armée organisée contre les occupants, à l'unité internationale de la classe ouvrière d'Europe dans la lutte contre le capitalisme et à la construction de la Quatrième Internationale à travers l'Europe. Les trotskystes soulignaient en particulier la nécessité de l'unité des ouvriers polonais, juifs et allemands :
Au fond de son cœur, la classe ouvrière allemande est restée fidèle aux idéaux du socialisme et s'efforce, à nos côtés, d'en finir avec l'hitlérisme et le capitalisme. Le 1er mai, nous tendons la main fraternelle à nos camarades de classe allemands, nous tendons la main aux travailleurs du monde entier, avec qui nous prendrons une revanche complète et impitoyable contre notre ennemi commun. [3]
Même parmi les tendances socialistes où le nationalisme culturel juif jouait un rôle important, il était entendu que le sort des Juifs dépendait avant tout de l'aide des peuples d'Europe et du développement de la révolution sociale. Les espoirs étaient grands, surtout au printemps 1942, qu'une révolution en Europe pourrait être imminente. Abraham Lewin, comme Ringelblum membre du Poalei Tsiyon de gauche et de l'Archive Oyneg Shabbos, nota dans son journal le 16 mai 1942:
L'abîme se rapproche de chacun de nous, le visage bestial de l'apocalypse nazie, avec les mots mort, destruction, destin tragique, agonie écrits sur son front. Une insécurité incessante, une peur sans fin, est l'aspect le plus terrible de toutes nos expériences tragiques et amères [...] la vérité est qu'aujourd'hui nos cœurs battent au rythme des événements qui se déroulent sur le territoire russe, où une lutte à la vie à la mort se déroule entre l'homme et la bête, entre l'espoir d'un avenir meilleur pour une humanité tourmentée et ensanglantée et la peur de la victoire du Néron le plus sanguinaire que le monde n’ait jamais connu. [4]
Lewin et d'autres suivaient fiévreusement les nouvelles sur les troubles dans l'Italie sous domination fasciste et les informations des déportés nouvellement arrivés, en particulier d'Allemagne, sur les signes de crise économique et de troubles politiques dans le Reich. Le 3 juin 1942, six semaines avant le début de la Grande Déportation, Lewin nota:
Les lettres qui arrivent d'Allemagne, d'Autriche et de Tchécoslovaquie témoignent d'une certaine effervescence révolutionnaire dans tout le Reich. Par exemple, de Berlin, nous entendons dire que des proclamations sont collées dans la rue avec le contenu suivant: «Nous exigeons la paix, nous exigeons le retour de nos maris et de nos fils». Les lettres de Tchécoslovaquie ont aussi ce caractère fortement révolutionnaire. … Toutes ces lettres vibrent de l’espoir en la fin rapide de ce massacre mondial. Est-il possible que toute l'Europe opprimée se trompe? Le cœur aspire si profondément au salut. On s'endort avec ce rêve; nous nous réveillons avec ce rêve. Est-il possible que l'aspiration la plus passionnée de 95 pour cent de tous les habitants de la planète ne soit pas satisfaite et que le pouvoir maléfique d'une bande de dégénérés et de meurtriers sauvages triomphe? La raison et le cœur nous disent que l'humanité, incarnée dans les peuples de la Russie soviétique, de l'Angleterre et de l'Amérique, sera victorieuse et non les animaux sauvages d'Hitler et de Mussolini. [5]
Lors de la Grande Déportation, Lewin perdit sa femme et sa fille. Lui-même a été assassiné au début de 1943. Pratiquement tous ceux qui ont survécu à la Grande Déportation dans le ghetto avaient perdu la majeure partie de leur famille. Ceux qui ont survécu étaient en général jeunes et considérés comme «utiles» en tant que travailleurs et étaient donc temporairement exemptés des déportations.
Le soulèvement
La Grande Déportation n'a laissé aucun doute sur le fait que les nazis cherchaient à détruire toute la communauté juive. Cela a également renforcé un sentiment de terrible isolement et d'abandon par le monde extérieur parmi les quelques Juifs restants dans le ghetto. Les plans de soulèvement sont nés d'une combinaison d'héroïsme politique et de désespoir face à l'inévitabilité de la mort. D’après les récits des quelques survivants du soulèvement, Marek Edelman, Yitzhak Zuckerman et Tzivia Lubetkins, ils étaient motivés par une détermination à mourir au combat – «vivre avec honneur et mourir avec honneur» – et à envoyer un signal au monde extérieur sur ce qui était fait au peuple juif. Personne ne s'attendait à survivre au soulèvement, et encore moins à pouvoir vaincre les Allemands, mais l'espoir était que leur acte symbolique de résistance contribuerait à déclencher un mouvement plus large.
Marek Edelman, un bundiste et l'un des rares dirigeants survivants du soulèvement, a déclaré plus tard : «… on ne devrait mourir qu'après avoir appelé d'autres personnes à la lutte. Nous étions convaincus qu'il fallait mourir publiquement, sous les yeux du monde». [6]
Le 23 juillet 1942, deuxième jour de la «Grande Déportation», des représentants de tous les partis politiques se réunirent pour la première fois pour discuter de la résistance armée. Plus tôt cette année-là, sous l'influence du Parti ouvrier polonais nouvellement formé, fondé avec l'approbation de la bureaucratie du Kremlin, le sioniste socialiste Hashomer Hatzair et le mouvement de jeunesse sioniste de gauche Dor, ainsi qu'un certain nombre d'autres organisations, avaient déjà formé un bloc antifasciste dans le ghetto de Varsovie et avaient commencé les préparatifs de la résistance armée.
Quelques jours plus tard, le 28 juillet, le Żydowska Organizacja Bojowa (ŻOB, Organisation juive de combat) a été formé. Quelles que soient leurs divergences politiques, l'écrasante majorité des partis politiques de gauche du ŻOB étaient à la fois socialistes et pro-soviétiques.
Une autre organisation combattante a été formée par des partisans du sioniste d'extrême droite Vladimir Jabotinsky, un admirateur de Benito Mussolini. Alors qu'elle était impliquée dans le soulèvement et les violents combats avec les troupes nazies, l'Union militaire juive (Żydowski Związek Wojskowy , ŻZW) agit indépendamment du ŻOB en raison de ses désaccords politiques accablants. En raison de son orientation anticommuniste, la ŻZW reçut beaucoup plus de soutien du Armija Krajowa nationaliste polonais, qui hésitait à signaler tout soulèvement qui pourrait profiter à l'Armée rouge.
Pour le ŻOB, obtenir des armes et s'entraîner était extrêmement difficile. Parmi les premiers à offrir une assistance, quoiqu’à une échelle limitée, se trouve l'Armia Ludowa, un mouvement de guérilla affilié au Parti populaire polonais, successeur du Parti communiste polonais qui avait été détruit par Staline en 1938. Pendant des mois, les membres des 22 unités du ŻOB (qui ne comptait qu'environ 600 personnes) se sont entraînés avec le peu d'armes disponibles.
En janvier 1943, un premier soulèvement se produisit lors d'une rafle de milliers d'habitants du ghetto.
Une unité du ŻOB, qui comprenait le légendaire Mordechai Anielewicz (un membre du Hashomer Hatzair), a commencé à tirer sur les Allemands et les Ukrainiens qui tentaient de les amener à la tristement célèbre Umschlagplatz , d'où partaient les trains pour Treblinka. Presque tous les membres de l'unité ŻOB ont été tués. Anielewicz ne s’échappa que de justesse.
Bien qu'il ait eu un prix terrible, le soulèvement a fait une grande impression à la fois sur les nazis et sur les habitants du ghetto et de Varsovie plus largement. Après ce premier soulèvement, la clandestinité nationaliste polonaise dirigée par l'Armija Krajowa accepta de fournir un approvisionnement limité en armes et en explosifs. Cela a remonté le moral des combattants du ghetto. S'ils ne l'avaient pas déjà fait, ceux qui sympathisaient ou étaient impliqués dans le ŻOB sont rentrés dans la clandestinité; beaucoup ont creusé des sous-sols et préparé des bunkers pour le soulèvement à venir.
Le poète Władysław Szlengel a décrit les conséquences du soulèvement de janvier et les préparatifs du grand soulèvement comme suit:
Le ciment et les briques sont apportés, les nuits résonnent du martèlement des marteaux et des pioches. L'eau est pompée, des puits sont creusés dans les sous-sols. Les abris. Une manie, une ruée, une névrose cardiaque du ghetto de Varsovie. Eclairage, câbles souterrains, forage des couloirs, briques à nouveau, cordes, sable… beaucoup de sable. Sable. Couchettes, lits bébé. Fournitures suffisantes pour des mois. Electricité, aqueduc. … Vingt siècles sont anéantis par le fouet du SS. L'époque des cavernes revient, lampes à huile, puits type village. La longue nuit a commencé. Les gens retournent sous terre. Pour échapper aux animaux. [7]
Le 18 avril, l'état-major du ŻOB se réunit. Il comprenait Marek Edelman, alors âgé de 22 ans et Mordechai Anielewicz, alors âgé de 21 ans, dont on se souviendra plus tard comme le principal chef du soulèvement.
Le lendemain, le soulèvement a commencé. Lorsque les unités SS et de police sont entrées dans le ghetto pour une nouvelle expulsion massive, le ŻOB les a accueillis avec des cocktails Molotov et des grenades à main lancées sur les unités SS déconcertées depuis les égouts, les fenêtres et les ruelles. Les unités SS n'ont pas pu faire face à l'attaque inattendue, ont subi de lourdes pertes et ont dû battre en retraite. Le 22 avril, l'officier SS Jürgen Stroop, qui avait été chargé de la répression du soulèvement, lança un ultimatum aux combattants pour qu'ils se rendent. Lorsqu'elle fut rejetée, il ordonna à ses troupes d'incendier toutes les maisons, bloc par bloc, avec des lance-flammes et des bouteilles incendiaires et de faire sauter les sous-sols et les égouts. Des milliers d'habitants du ghetto ont été brûlés vifs ou étouffés par les flammes.
Edelman a déclaré plus tard dans une interview : « La mer de flammes a inondé les maisons et les cours. ... Il n'y avait pas d'air, seulement une fumée noire et suffocante et une forte chaleur brûlante émanant des murs incandescents, des escaliers de pierre rougeoyants. »
Le 8 mai, les SS découvrent la tranchée du commandement ŻOB. Anielewicz et la plupart des survivants du ŻOB présents se sont suicidés - peut-être jusqu'à 80 personnes. Edelman et quelques autres ont pu trouver leur chemin vers les égouts et ont réussi à s'échapper du ghetto en flammes. La date officielle de l’anéantissement définitive du soulèvement est fixée au 16 mai, lorsque le commandant SS Jürgen Stroop a personnellement fait exploser la Grande Synagogue historique.
Bien que certains combats aient eu lieu pendant le soulèvement à l'extérieur des murs du ghetto, principalement par l'Armia Ludowa communiste et l’Armija Krajowa nationaliste - le soulèvement du ghetto est finalement resté isolé. Dans une manifestation caractéristique de l'indifférence des puissances impérialistes à l'égard du sort des Juifs d'Europe, le 19 avril 1942, le même jour où le soulèvement a commencé, des représentants du Royaume-Uni et des États-Unis se sont rencontrés dans un hôtel de luxe sur l'île des Bermudes pour discuter de leur réponse à la crise des réfugiés en Europe. Les deux pays ont refusé de lever leurs quotas de réfugiés. À ce moment-là, de multiples rapports sur la destruction en cours de la communauté juive polonaise avaient déjà atteint la Maison Blanche. Quant au gouvernement bourgeois polonais en exil, Emanuel Ringelblum notait sobrement «... à une époque où l'extermination menace le peuple juif, le Gouvernement n'a rien fait pour sauver au moins un reste de la communauté juive polonaise». [8]
Dans la population polonaise qui a été témoin de la destruction du ghetto, les attitudes allaient de l'indifférence et du silence à l'approbation ouverte parmi les antisémites à l'horreur et à l'empathie envers les victimes. Le poète polonais Czesław Miłosz , qui était impliqué dans le mouvement de résistance anti-nazi, a vu le ghetto en flammes du côté aryen à Varsovie. Dans son célèbre poème « Campo Dei Fiori », il a comparé l'incendie du ghetto et des combattants au supplice du bûcher du grand philosophe et scientifique Giordano Bruno par l'Inquisition catholique sur le Campo Dei Fiore à Rome en 1600:
J'ai pensé au Campo dei Fiori
à Varsovie par le ciel-carrousel
un clair soir de printemps
aux refrains d’un air de carnaval
La mélodie lumineuse a noyé
les salves du mur du ghetto,
et les couples volaient
haut dans le ciel sans nuages.
Parfois le vent de la combustion
faisait dériver des cerfs-volants sombres
et les cavaliers sur le carrousel
attrapaient les pétales en l'air.
Ce même vent chaud
faisait s’ouvrir les jupes des filles
et les foules riaient
en ce beau dimanche de Varsovie.
Mais ce jour-là, je pensais seulement
à la solitude des mourants,
de comment, quand Giordano
grimpait à son bûcher
il ne pouvait trouver
dans aucune langue humaine
les mots pour l'humanité,
l'humanité qui demeure
Ceux qui meurent ici, les solitaires
oubliés du monde,
notre langue devient pour eux
la langue d'une ancienne planète.
Jusqu'au jour, tout étant devenu légende
et de nombreuses années ayant passé,
où sur un nouveau Campo dei Fiori
la rage s'enflammera à la parole d'un poète. [9]
À ce jour, la question de savoir pourquoi l'Holocauste n'a pas été empêché et pourquoi il n'y a pas eu de mouvement de masse pour renverser le nazisme à temps pour sauver des millions de Juifs et d'autres victimes du fascisme reste l'une des questions centrales du XXe siècle.
Le sort de la Révolution d'Octobre, de l'opposition de gauche et de l'Holocauste
Les origines politiques de l'Holocauste ne peuvent être comprises en dehors d'un examen du sort de la Révolution d'Octobre. Alors que l'émancipation des Juifs d'Europe occidentale était liée à la Révolution française, qui a servi de base à leur assimilation à grande échelle au XIXe siècle, la population juive beaucoup plus importante de l'Empire russe restait une minorité opprimée et persécutée qui préservait sa propre langue (yiddish). Ce ne sont que les révolutions de 1917 qui ont apporté l'émancipation à la grande majorité de la communauté juive européenne.
Pour des raisons historiques, le sort des Juifs et l'avancée de la révolution sociale étaient ainsi devenus intrinsèquement liés. Pour les forces de la réaction politique, l'hostilité au mouvement révolutionnaire se confondait à son tour avec l'antisémitisme. Dans l'Empire russe, l'antisémitisme médiéval fusionna avec la haine du mouvement ouvrier en développement et, à partir de 1881, l'État tsariste encouragea régulièrement les pogroms contre la population juive dans le cadre de ses efforts pour réprimer le mouvement révolutionnaire et diviser la classe ouvrière multi-ethnique et de confessions religieuses multiples de la région.
Pour le mouvement socialiste allemand et russe, en particulier, la lutte contre l'antisémitisme devint une question de principe et une pierre de touche centrale de la lutte pour l'internationalisme. [10] En 1918-1921, les forces contre-révolutionnaires nationalistes russes, ukrainiennes et polonaises qui combattirent l'Armée rouge et l'État soviétique naissant recoururent systématiquement aux pogroms dans le cadre de leur lutte contre la révolution socialiste (article en anglais). On estime qu'environ 200.000 Juifs, la plupart d'entre eux dans ce qui est aujourd'hui l'Ukraine, ont été massacrés.
L'Armée rouge et les bolcheviks se sont battus systématiquement et avec succès pour mettre fin à ces pogroms - les plus grands massacres anti-juifs d'Europe avant l'Holocauste - et contre l'antisémitisme plus largement. Dans les années 1920, l'État soviétique était le seul pays au monde à fournir un financement public pour les publications en yiddish et l’enseignement en yiddish dans les écoles. Ces expériences historiques ont profondément marqué la conscience et la politique de la classe ouvrière juive et de l'intelligentsia socialiste d'Europe de l'Est et, en particulier, de Pologne. Le mouvement sioniste et le Bund travailliste social-démocrate, qui s'étaient opposés au bolchevisme depuis 1903, ont fait scission au cours de la révolution d'octobre, avec de larges sections des deux tendances entrant alors directement dans le Parti bolchevique dans la nouvelle Union soviétique ou adoptant une position pro-soviétique avec ferveur dans la Pologne de l'entre-deux-guerres.
La conviction des socialistes du ghetto de Varsovie que leur salut dépendrait du développement d'un mouvement révolutionnaire contre le régime fasciste n'était donc ni «utopique» ni erronée. Elle était enracinée dans l'expérience historique de la Révolution d'Octobre, qui avait mis fin à la Première Guerre mondiale, et dans la lutte victorieuse de l'Armée rouge contre l'antisémitisme dans la guerre civile qui s'ensuivit. Les deux avaient eu lieu un peu plus de 20 ans auparavant.
La même dynamique s'est en fait développée pendant la Seconde Guerre mondiale. Un mouvement révolutionnaire a commencé à se développer d'abord en Italie et en Yougoslavie en 1943. En 1944, une grande partie du continent, y compris la Pologne, a été engloutie dans des conditions de guerre civile, alimentées par les avancées à grand pas de l'Armée rouge. Tragiquement, cependant, ce mouvement est arrivé trop tard pour sauver les 6 millions de Juifs européens et bien d'autres victimes du fascisme. Et contrairement au mouvement révolutionnaire des travailleurs en Russie en 1917 et à l'Armée rouge pendant la guerre civile, il lui manquait la direction marxiste et internationaliste nécessaire et il a finalement été étranglé par le stalinisme.
Une explication historique à cela ne peut être trouvée que dans l'émergence du stalinisme en Union soviétique et l'isolement croissant puis la destruction systématique de l'opposition trotskyste dans les années 1920 et 1930. En 1917-1920, une grande partie de l'Europe centrale et orientale a été balayée par les luttes révolutionnaires, et les bolcheviks ont pu étendre les conquêtes de la Révolution d'Octobre à de grandes parties de l'ancien Empire russe. En dehors de la Russie, cependant, les luttes révolutionnaires de la classe ouvrière se sont soldées par des défaites et des trahisons par leurs propres directions à prédominance social-démocrate. En 1923, le retard de la révolution internationale avait provoqué un changement radical dans la situation mondiale.
Au sein de la direction du Parti bolchevique, la tendance internationaliste représentée par Trotsky et Lénine, maintenant mortellement malade, était devenue une minorité. La base sociale du renforcement de l'aile opportuniste nationaliste au sein du parti résidait dans la bureaucratisation croissante de l'État et du parti, processus lui-même favorisé avant tout par l'isolement international de l'État ouvrier encore très appauvri et économiquement arriéré. Au milieu de la défaite de la révolution allemande avortée à l'automne 1923, l'Opposition de gauche a été formée sous la direction de Trotsky pour combattre les tendances opportunistes nationales croissantes au sein de la direction du parti.
À l'automne 1924, la faction stalinienne qui défendait les intérêts de cette couche bureaucratique présenta la base politique d'une réaction nationaliste contre la Révolution d'Octobre dans le programme de construction du « socialisme dans un seul pays ». Dans les années qui ont suivi, l'Opposition de gauche a mené une lutte systématique contre la trahison de la révolution socialiste mondiale par la bureaucratie soviétique, notamment lors de la grève générale britannique de 1926 et de la révolution chinoise de 1926-27. Cependant, les défaites de la révolution internationale ont renforcé la position de la bureaucratie soviétique et de la faction stalinienne. En décembre 1927, l'Opposition de gauche fut expulsée du parti et la plupart de ses dirigeants et membres étaient soit arrêtés, soit exilés. En 1929, Trotsky fut expulsé de l'URSS.
La montée du stalinisme et la domination de l'opportunisme national dans la ligne de l'Internationale communiste ont eu des conséquences particulièrement désastreuses pour le mouvement ouvrier polonais, dans lequel les traditions internationalistes et révolutionnaires de Rosa Luxemburg ont joué pendant des décennies un rôle central. La direction du Parti communiste polonais a d'abord sympathisé avec Trotsky dans la lutte interne au parti. Il a ensuite été l'objet d'interventions particulièrement agressives de la faction stalinienne, entraînant une série de zigzags désorientés dans sa ligne politique, culminant avec le soutien du PC polonais au coup d'État de 1926 par le général d'extrême droite Józef Piłsudski, dont la dictature par la suite emprisonna et persécuta en masse les communistes polonais. [11]
Au début des années 1930, le PC polonais était politiquement paralysé et en proie à des crises successives. En Allemagne, la théorie désastreusement erronée du «Social-fascisme» promue par l'Internationale communiste stalinisée a empêché une lutte commune des 6 millions de travailleurs sociaux-démocrates et communistes du pays contre la montée du mouvement nazi d'Hitler. En janvier 1933, les nazis arrivèrent au pouvoir sans qu'un seul coup de feu ne soit tiré. Cette défaite historique de la classe ouvrière allemande a constitué la base de l'appel de Trotsky à fonder une Quatrième Internationale. Ce fut aussi l'expérience formatrice et le principal accélérateur de l'émergence d'une opposition de gauche trotskyste organisée en Pologne.
En 1937-1938, la politique contre-révolutionnaire du stalinisme a culminé avec la Grande Terreur (articles en anglais), au cours de laquelle des générations de révolutionnaires, dont des milliers de trotskystes soviétiques et une grande partie de la direction de la Révolution d'Octobre, ont été assassinés. La Terreur a également anéanti une grande partie des cadres de l'Internationale communiste.
Le Parti communiste polonais, auquel Staline vouait une haine particulière depuis sa déclaration de soutien à Trotsky en 1924, fut dissous par le Kremlin en 1938. La quasi-totalité de ses cadres dirigeants et des milliers de communistes polonais qui vivaient en URSS ont été assassinés. La confusion politique et le désespoir causés par ces développements sont inimaginables, en particulier leur impact sur une nouvelle génération de jeunes socialistes radicalisés et militants qui ont été attirés par le mouvement communiste mais laissés sans aucune direction politique ou même physique.
En août 1939, Staline conclut un pacte avec Hitler. Craignant le développement d'une révolution sociale en Europe qui menacerait la position de la bureaucratie soviétique, Staline recourut à cette manœuvre ratée dans une tentative désespérée d'anticiper ou au moins de retarder une invasion de l'Union soviétique par l'impérialisme allemand. Le pacte a facilité l'assaut d'Hitler contre la Pologne, qui fut temporairement divisée entre l'Allemagne nazie, qui a mis en place le gouvernement Général (comprenant Varsovie), et les parties orientales du pays, qui étaient désormais gouvernées par l'Union soviétique. Politiquement, le pacte paralysa à la fois l'Armée rouge en Union soviétique, entraînant des pertes dévastatrices après l'invasion nazie en juin 1941, et pour le mouvement communiste européen sous l'occupation nazie en 1939-1941.
Le mouvement trotskyste en Pologne a été détruit par une combinaison de la terreur stalinienne dans l'est de la Pologne en 1939-1941 et la terreur des nazis, en particulier l'Holocauste. Le Parti ouvrier polonais, qui allait jouer un rôle important dans le soulèvement du ghetto de Varsovie, a été créé sous le contrôle de la bureaucratie du Kremlin au début de 1942 et s'est entièrement développé dans l'ombre de la destruction des cadres communistes polonais et du mouvement trotskyste par le stalinisme.
En fin de compte, l'Holocauste ne peut être expliqué que comme le résultat tragique des trahisons systématiques et de la paralysie résultante du mouvement socialiste européen par le stalinisme, qui a à la fois retardé et décapité le mouvement révolutionnaire de la classe ouvrière contre le fascisme et le capitalisme.
Dans ses écrits sur la Révolution d'Octobre et la révolution allemande avortée, Léon Trotsky a souligné l'immense importance du temps en politique, surtout dans les périodes de bouleversements révolutionnaires. Le XXe siècle a montré qu'il est impossible de construire un parti révolutionnaire en pleine révolution. Les préparatifs nécessaires et la formation politique des cadres doivent être entrepris au préalable. Par extension, les expériences tragiques du XXe siècle montrent que la contre-révolution, dont faisaient partie tant la Grande Terreur stalinienne que l'assassinat des Juifs d'Europe, peut se dérouler à une vitesse vertigineuse, sapant le travail des générations et rendant la lutte pour une direction révolutionnaire exceptionnellement difficile.
Dans les conditions d'un nouvel embrasement mondial en développement et de la construction de forces fascistes par les classes dirigeantes sur tous les continents, les travailleurs et la jeunesse socialiste doivent tirer des leçons de grande portée du soulèvement du ghetto de Varsovie. L'histoire montre que la crise actuelle du capitalisme mondial conduira inévitablement à l'émergence d'un mouvement révolutionnaire de la classe ouvrière internationale. Mais cela montre aussi qu'il ne faut pas perdre de temps dans la lutte pour construire une direction révolutionnaire, trotskyste, qui puisse mener ces luttes à la victoire.
(Article paru en anglais le 26 avril 2023)
[1] Ludwik Haas, Trotskyism in Poland up to 1945. URL: https://www.marxists.org/archive/hass/1992/xx/tinpoland.html
[2] Les publications des trotskistes du Ghetto de Varsovie furent publiées in Archiwum Ringelbluma, Tom 21, Prasa Getta Warszawskiego: Radykalna lewica niesyjonistyczna, opracowali: Piotr Laskowski, Sebastian Matuszewski, Warszawa 2016. Le volume est disponible en ligne: https://cbj.jhi.pl/documents/940239/19/
[3] Ulotka “1 Maja 1942” in: Ibid., p. 279. Traduction par cet auteur.
[4] Abraham Lewin, A Cup of Tears: A Diary of the Warsaw Ghetto, édité et traduit par Antony Polonsky, Blackwell Publishers, 1988, pp. 73, 74.
[5] Ibid., p. 115.
[6] Hanna Krall, Shielding the Flame. An Intimate Conversation With Dr. Marek Edelman, the Last Surviving Leader of the Warsaw Ghetto Uprising, Henry Holt & Company 1986, p. 10.
[7] Cité dans: Samuel Kassow, Who Will Write Our History? Emanuel Ringelblum, the Warsaw Ghetto, and the Oyneg Shabes Archive, Indiana University Press 2018, p. 323.
[8] Emanuel Ringelblum, Polish-Jewish Relations during the Second World War, Northwestern University Press 1992, p. 223.
[9] Cziesław Miłosz, Il Campo dei Fiori, Warsaw, 1943. Traduit par David Boroks and Luois Iribarne. URL: https://www.poetryfoundation.org/poems/49751/campo-dei-fiori
[10] Sur cette question, voir en particulier: David North, “The Myth of ‘Ordinary Germans’: A Review of Daniel Goldhagen’s Hitler’s Willing Executioners”, in: The Russian Revolution and the Unfinished Twentieth Century, Mehring Books 2014. URL: https://www.wsws.org/en/special/library/russian-revolution-unfinished-twentieth-century/15.html.
[11] La lutte politique autour de l'évaluation de Piłsudski et de son coup d'État a été un épisode important dans la lutte de l'Opposition de gauche.Le Piłsudskisme, le fascisme et le caractère de notre époque de Trotsky revêt une importance particulière. C’est un discours qu'il a prononcé à la suite du coup d'État lors d'une session du Comité exécutif de l'Internationale communiste (CEIC) en juillet 1926. URL: https://wikirouge.net/texts/en/Piłsudskism,_Fascism,_and_the_Character_of_Our_Epoch
