Espagne: le groupe pseudo-de gauche Gauche révolutionnaire promeut le gouvernement Podemos et Mélenchon en France

En Espagne et dans toute l'Europe, la classe dirigeante réagit à la montée des contestations sociales et des grèves en intensifiant la guerre de l'OTAN avec la Russie et en imposant l'austérité chez elle. En France, des millions de travailleurs ont manifesté dans un contexte d'opposition populaire écrasante au projet du président Emmanuel Macron de sabrer des dizaines de milliards d'euros des retraites. Les grèves contre l'austérité et l'inflation se multiplient en Italie, en Allemagne, en Grande-Bretagne et en Espagne.

[Photo: Sindicato de Estudiantes]

Face à cette situation, le groupe pseudo-de gauche de la Gauche révolutionnaire (initiales espagnoles IR), ancien affilié espagnol du Comité pour une Internationale ouvrière, réagit en promouvant la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon en France (LFI) et Podemos en Espagne. Il vise à renforcer l'autorité de ces partis de gouvernement capitaliste et à bloquer un mouvement sur leur gauche, dans la classe ouvrière. Cela survient au moment même où ces derniers sont démasqués comme instruments scélérats des banques et de la haute hiérarchie militaire.

Les 22 et 23 avril, le front étudiant de l'IR, l’Union étudiante, a participé au congrès fondateur de l'Union Étudiante, une nouvelle faction syndicale étudiante française appuyée par le LFI de Mélenchon. « Après le Congrès, la délégation de l'Union étudiante et de la Gauche révolutionnaire a brièvement rencontré Jean-Luc Mélenchon, député et dirigeant de LFI, qui a joué un rôle très important dans cette grande bataille contre Macron », rapporte IR. Et d’ ajouter :

« Dans la conversation que nous avons eue avec Mélenchon, nous avons échangé des impressions sur l'importance de l'expérience de la rébellion française pour l'Europe, sur les perspectives du conflit et les tâches de la gauche qui se veut révolutionnaire et transformatrice. Ce fut une conversation très cordiale et positive. Nous nous sommes également entretenus avec les dirigeants de LFI Jeunesse, Aurélien Le Coq et le député Louis Boyard, avec qui nous avons convenu de continuer à renforcer les relations et à approfondir la solidarité et la collaboration. »

Leurs articles suivants saluent LFI et Mélenchon comme exprimant « l'énergie du soulèvement ouvrier » et « devenant une référence pour le mouvement, encourageant l'intensification de la mobilisation et critiquant la farce de la démocratie parlementaire ».

Toutes ces déclarations sont des mensonges visant à couvrir le rôle que jouent LFI et Mélenchon dans la montée révolutionnaire en France contre la baisse des retraites de Macron. Mélenchon a reçu près de 8 millions de voix à l'élection présidentielle de l'année dernière, en grande partie dans les quartiers ouvriers des grandes villes françaises. Depuis le début des grèves et des manifestations en janvier, il a refusé d'appeler ses électeurs à déclencher une grève de masse pour faire tomber Macron, bien cela pourrait rapidement bloquer l'économie française, deux tiers des Français voulant bloquer l'économie par une grève générale.

Mélenchon s'est toutefois abstenu d'un tel appel, lançant à la place une proposition absurde de grève générale adressée aux dirigeants syndicaux, qui n'avaient aucune intention d'y donner suite. Les bureaucraties syndicales françaises attendent le 6 juin pour organiser les prochaines manifestations contre les coupes dans les retraites, tout en rouvrant les pourparlers avec Macron. L'objectif est d'étouffer et de démobiliser la lutte naissante entre les travailleurs et les coupes illégitimes des retraites par l'État capitaliste.

Le Parti de l'égalité socialiste (PSE), la section française du Comité international de la Quatrième Internationale, a insisté sur le fait que les travailleurs ne peuvent pas compter sur les bureaucraties syndicales françaises. Malgré leurs prétentions à être plus « radicales » que leurs homologues européens, elles jouent un rôle contre-révolutionnaire. Pour cette raison, les travailleurs doivent constituer des comités de la base pour unir les travailleurs de toute l'Europe afin de faire tomber le gouvernement Macron par une grève générale et de lutter contre la guerre et l'inflation.

Juste après sa promotion de Mélenchon, IR a été contraint de faire machine arrière. Dans un article du 19 mai, le groupe a affirmé que « la modération des syndicats français a valu une ‘normalisation des relations’ de la part de LFI, ce qui a signifié son abandon d'une stratégie d’affrontement ». Il a ajouté :

« [À] un moment critique de la lutte, la direction de LFI ne semble pas disposée à mettre en œuvre une stratégie qui affronte la bureaucratie syndicale […]. Dans ses dernières déclarations, elle a lancé le mot d'ordre d'une Assemblée constituante pour la VIe République. Mais elle ne parle pas d'une République socialiste, mais d'un simple Parlement bourgeois, oui, 'plus démocratique' et avec plus de 'contrôle du peuple'. … Vraiment, camarades, est-ce le programme de combat dont nous avons besoin aujourd'hui pour vaincre Macron et l'oligarchie ? ».

L'article est une auto-accusation de sa propre faillite politique. C'est aussi un avertissement car IR jouera en Espagne le même rôle que Mélenchon en France: aider la bureaucratie syndicale à étrangler l'opposition au gouvernement capitaliste – dans le cas de l'Espagne, le gouvernement PSOE-Podemos.

Parlant au nom des couches privilégiées de la classe moyenne dans et autour de la bureaucratie syndicale et de Podemos et financé à hauteur de centaines de milliers d'euros par le gouvernement PSOE-Podemos à travers son Union étudiante, son Front féministe libre et combatif et sa Fondation Friedrich Engels, il est terrifié à l’idée d’une rupture des travailleurs d’avec LFI et Podemos.

Le chef d'IR, Juan Ignacio Ramos, est récemment intervenu dans la lutte de factions entre Podemos et son rival électoral nouvellement fondé, Sumar, dirigé par la vice-première ministre Yolanda Díaz, pour renforcer Podemos. Sous le titre « Sumar ? Yolanda Díaz, la meilleure option pour le PSOE pour détruire Podemos », Ramos promeut l'illusion que Podemos peut soudainement tourner à 180 degrés et diriger un mouvement contre sa propre politique de guerre et d'austérité. Podemos, écrit Ramos,

« peut continuer à insister sur une stratégie qui le mène à une défaite retentissante, ou bien il peut la rectifier, faire appel à sa base militante, à la classe ouvrière et mener la bataille politique pour faire émerger une alternative combative qui ne soit pas subordonnée au PSOE, refusant la résignation de ce dernier et son scénario, [et] sa politique pro-patronat et pro-impérialiste. Cela semble difficile, car cela implique, évidemment, d'abandonner ce gouvernement et de diriger une opposition de gauche conséquente, favorisant la mobilisation de masse et brisant la paix sociale ».

L’affirmation selon laquelle Podemos peut diriger une «opposition de gauche cohérente» est aussi ridicule que Mélenchon menant une lutte contre la bureaucratie syndicale. Le gouvernement du Parti socialiste espagnol (PSOE)-Podemos a augmenté le nombre de chars Leopard II et la formation de combattants qu'il envoie à l'Ukraine, porté les dépenses militaires à des niveaux records, tout en imposant des coupes dans les retraites et une réforme du travail réactionnaire qui a étendu les bas salaires et la précarité. Podemos est un outil pro-guerre des banques et des grandes entreprises, avec une longue expérience dans la mise en œuvre des plans de sauvetage des banques et des entreprises de l'UE.

Les origines anti-trotskystes de la Gauche révolutionnaire et son orientation vers Podemos

L'encouragement d'IR à Podemos et à LFI est le résultat de la tradition petite-bourgeoise et anti-ouvrière qu'il défend. Cette organisation a ses origines dans un groupe britannique dirigé par Ted Grant qui s'est séparé de la Quatrième Internationale à la fin des années 1940.

Le groupe Grant devint par la suite l’un des plus bruyant défenseurs du pablisme contre lequel le Comité international de la Quatrième Internationale (CIQI) avait été formé en 1953 pour le combattre. En s’adaptant à la nouvelle stabilisation du capitalisme après la Seconde Guerre mondiale, les pablistes ont exclu la classe ouvrière en tant que force révolutionnaire indépendante. Ils soutenaient que la bureaucratie stalinienne, les mouvements nationalistes bourgeois dans les pays coloniaux et les bureaucraties syndicales et sociales-démocrates seraient transformés sous la pression des masses en organisations révolutionnaires.

Le leader trotskyste américain James P. Cannon fonda le CIQI, publiant une lettre ouverte aux trotskystes du monde entier en 1953. Le CIQI entreprit la lutte pour défendre le trotskysme contre le révisionnisme pabliste.

Grant et ses partisans ont développé « l'entrisme » comme orientation stratégique permanente. Ils ne visaient pas à éduquer politiquement les travailleurs par une lutte contre les bureaucraties pro-capitalistes, mais à maintenir les travailleurs radicalisés sous la houlette des bureaucraties travaillistes et syndicales.

À ce jour, IR insiste pour dire que les travailleurs et les jeunes doivent rester orientés vers et piégés dans les bureaucraties syndicales et staliniennes. En effet, les origines historiques d'IR remontent à la transition vers la démocratie parlementaire après la mort du dictateur fasciste Franco en 1975. Le prédécesseur d’IR, Nuevo Claridad (Nouvelle Clarté) a travaillé au sein du PSOE, un parti refondé en 1974 pour mieux répondre aux besoins des banques et de l'OTAN.

Expulsés du PSOE dans les années 1980, l'IR et l'Union étudiante se sont intégrés en 2014 à la Gauche unie (initiales espagnoles IU) dirigée par les staliniens, déclarant que « le programme que l'Union étudiante a toujours défendu coïncide sur de nombreux points avec la proposition politique avancée par la Gauche unie ». À cette époque, IU était une organisation totalement discréditée après des décennies de soutien à l'austérité et à la guerre du PSOE. Le chef de l'IU, Cayo Lara, remit personnellement des cartes de membre aux membres de l'IR.

Des mois plus tard, IR et l'Union étudiante ont abandonné IU pour entrer à Podemos après que ce dernier remporta plus d'un million de voix lors des élections européennes de mai 2014. IR a ensuite affirmé qu'un éventuel gouvernement PSOE-Podemos – finalement réalisé en 2019 – « représente un événement d'importance historique et a suscité d'énormes attentes ». Un tel gouvernement, affirmait-il, serait le résultat « d'une grande mobilisation des masses à travers l'Espagne ».

Depuis lors, ils ont cherché à semer des illusions sur Podemos. Lors des élections régionales de 2021 à Madrid, IR s’est ridiculisé au point que ses propres affiches appelant à voter Podemos étaient plus grandes que celles de Podemos. Lors de ces élections, ils se sont vantés d'avoir distribué plus de 121 000 pamphlets et plus de 11 000 affiches appelant à voter pour Podemos. Cela n'a pas empêché la débâcle de Podemos à ces élections.

L'alternative à ce milieu de droite pro-guerre est le CIQI, le mouvement trotskyste mondial. Il se bat pour construire l'Alliance ouvrière internationale des comités de base (IWA-RFC), indépendante des bureaucraties syndicales, dans une lutte politique contre des tendances comme Podemos, LFI et IR, et pour organiser les luttes de la classe ouvrière contre la guerre et l'inflation en Espagne et dans toute l'Europe. Il faut construire des sections du CIQI en Espagne et au-delà comme l'avant-garde révolutionnaire en opposition à ces défenseurs de Podemos et publicistes petits-bourgeois à son service.

(Article paru en anglais le 24 mai 2023)

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