Lors d’une série d’apparitions de campagne pour les primaires républicaines la semaine dernière, l’ex-président Donald Trump a pris encore plus fortement la direction d’un discours ouvertement fasciste. Le gros de ses attaques fut dirigé contre les «communistes», les «socialistes» et les «marxistes» dont il affirme qu’ils sont une force puissante s’opposant à lui.
Il ne s’agit pas là d’une simple rhétorique d’hystérie, mais de la force motrice de sa campagne présidentielle, lancée à l’automne dernier. Depuis, il n’a fait que des apparitions sporadiques, souvent perturbées par les batailles juridiques auxquelles il est confronté dans une suite de procès civils et de poursuites pénales.
Le samedi 24 juin, il a prononcé un discours de 90 minutes lors d’une “Conférence Foi et Liberté” à Washington DC où il a donné la plus grande véhémence à l’anti-communisme qu’il a appris sur les genoux de son père (le millionnaire Fred Trump était membre du Ku Klux Klan et ensuite admirateur d’Hitler).
Cette orientation politique a été renforcée par le plus proche conseiller politique de Trump dans les années 1970 et 1980, l’avocat Roy Cohn, l’odieux ancien haut conseiller du sénateur Joseph McCarthy, qui a été le fer de lance des campagnes de répression “anti-rouges” du début des années 1950.
Trump a déclaré à son auditoire d’intégristes chrétiens que ses adversaires du Parti démocrate «essayaient d’imposer leur communisme ‘woke’ à tous les hommes, femmes et enfants».
Il a justifié ses propres problèmes juridiques en déclarant: «Chaque fois que les démocrates de la gauche radicale, les marxistes, les communistes et les fascistes m’inculpent, je considère cela comme un grand insigne du courage. Je suis inculpé pour vous, et je crois que ce “vous”, c’est plus de 200 millions de gens qui aiment leur pays».
Il a affirmé que les chrétiens étaient persécutés sous Biden et qu’«ils veulent me priver de ma liberté parce que je ne les laisserai pas vous priver de la vôtre». Il s’est vanté d’avoir réussi à nommer trois nouveaux juges à la Cour suprême qui, l’année dernière, ont abrogé l’arrêt Roe contre Wade établissant le droit constitutionnel des femmes à l’avortement
«Aucun président ne s’est jamais autant battu pour les chrétiens que moi», a déclaré Trump, ajoutant: «Je l’ai fait, et personne ne pensait que c’était même une possibilité».
Il a ensuite lancé cet appel au public: «Ensemble, nous sommes des guerriers dans une juste croisade pour arrêter les pyromanes, les athées, les mondialistes [mot de code de l’ultra-droite pour désigner les juifs] et les marxistes».
Trump a mêlé cette tirade anti-communiste à la bigoterie anti-immigrée qui est son cheval de bataille depuis qu’il s’est lancé dans la course à la présidence à l’été 2015. Il a qualifié les migrants mexicains de «violeurs» et de «meurtriers».
Il a promis de rétablir toutes les politiques frontalières mises en place pendant son premier mandat, notamment la séparation des enfants de leurs parents, l’obligation pour les demandeurs d’asile de «rester au Mexique» pendant que leurs demandes sont traitées aux États-Unis, ainsi que l’extension et l’achèvement du mur frontalier.
Il a présenté les migrants qui franchissent la frontière entre les États-Unis et le Mexique comme la lie de la société, comme des gens délibérément sélectionnés par les gouvernements de leurs pays d’origine et envoyés aux États-Unis parce que criminels, déficients mentaux ou porteurs de terribles maladies. Son langage était si grossier que Josef Goebbels l’eût adopté.
Mais Trump y a ajouté une nouvelle et sinistre tournure politique: «Aujourd’hui, j’annonce un nouveau plan pour protéger l’intégrité de notre système d’immigration. La loi fédérale interdit l’entrée des communistes et des totalitaires aux États-Unis. Mais ma question est celle-ci: qu’allons-nous faire de ceux qui sont déjà ici, qui ont grandi ici»?
Ses propos furent accueillis par les cris de «déportez-les» de la part de l’assistance.
«Je pense que nous devons adopter une nouvelle loi pour eux. En utilisant la loi fédérale, l’article 212 (f) de la loi sur l’immigration et la nationalité, j’ordonnerai à mon gouvernement de refuser l’entrée à tous les communistes et à tous les marxistes », a enchaîné Trump. « Ceux qui viennent rejoindre notre pays doivent aimer notre pays. Nous ne voulons pas d’eux s’ils veulent détruire notre pays… Nous allons donc empêcher les communistes, les socialistes et les marxistes étrangers qui haïssent le christianisme d’entrer en Amérique. Nous les empêcherons d’entrer en Amérique».
Trump n’a pas précisé ce qu’il proposait de faire, lors d’un deuxième gouvernement Trump, aux opposants de gauche se trouvant déjà en Amérique. Mais la violence de son langage a des implications claires: arrestations massives, déportations, camps de concentration.
Il a encore déclaré que, dès son retour à la Maison-Blanche, il lancerait un décret abrogeant la citoyenneté de naissance. Actuellement, c’est la disposition constitutionnelle, énoncée au quatorzième amendement et précisée par la Cour suprême. Selon cette disposition tout enfant né sur le sol américain à quelques exceptions près – comme les enfants de diplomates étrangers – acquiert automatiquement la citoyenneté américaine et bénéficie de tous les droits des citoyens américains.
La mise en œuvre d’une mesure aussi manifestement illégale et inconstitutionnelle reviendrait à suspendre la Constitution américaine et à instaurer une dictature présidentielle.
À la lumière de ces menaces, il est important de noter que le jeudi 22 juin au soir, lors d’une collecte de fonds tenue dans son club de golf de Bedminster (New Jersey) au profit des nervis fascistes arrêtés et poursuivis pour leurs actes dans l’attaque du Capitole le 6 janvier 2021, Trump s’est engagé à donner lui-même de l’argent à la cause.
Il a fait l’éloge des participants à l’attaque, déclarant selon NBC News: «Vous avez des policiers, des pompiers, des enseignants, des électriciens, des gens formidables et on leur a fait payer un prix qui est très injuste […]». Il a également répété les mensonges selon lesquels Black Lives Matter et Antifa[sciste] étaient responsables des violences du coup d’état manqué du 6 janvier 2021.
Trump avait déjà fait l’éloge des agresseurs – ses propres partisans cherchant à bloquer la certification de sa défaite électorale par le Congrès – les qualifiant de «grands patriotes», et promis de gracier nombre d’entre eux s’il revenait au pouvoir.
Lors de ses deux apparitions du week-end, devant les intégristes chrétiens samedi soir et devant une réunion du Parti républicain dans le comté d'Oakland (Michigan) dimanche soir, Trump a passé la majeure partie de son temps à défendre le fait d’avoir gardé chez lui des documents classifiés de sécurité nationale après avoir quitté ses fonctions. Faits pour lesquels on l’a inculpé au pénal le mois dernier. Il a affirmé disposer d'une autorité illimitée, en vertu de la Loi sur les archives présidentielles, pour conserver tout ce qu'il voulait de son passage à la Maison-Blanche.
Le gouvernement Biden et le Parti démocrate ont concentré toute leur attention sur cette question, parce qu’elle concernait les secrets de l’appareil militaire et de renseignement, plutôt que d’alerter la population américaine sur le danger permanent de dictature provenant de l’orientation de plus en plus fasciste du Parti républicain – dont Trump est le fer de lance, mais en aucun cas le seul représentant.
C’est là une continuation de la politique des démocrates depuis la campagne électorale de 2016, qui a consisté à cibler Trump comme peu fiable, voire suspect, en matière de politique étrangère, en particulier en ce qui concernait la Russie et son président, Vladimir Poutine. Ce fut la posture prise par la campagne d’Hillary Clinton en 2016, celle du soutien du Parti démocrate à l’enquête Mueller de 2017-2018, et celle de la première procédure de destitution de Trump en 2019-2020.
La campagne anti-Russie était un prélude à la provocation délibérée de la guerre avec la Russie en Ukraine, qui constitue aujourd'hui pratiquement le seul axe du gouvernement Biden. Trump affirme en revanche qu'il réglera en 24 heures la guerre entre l'Ukraine et la Russie. Ce miracle serait accompli non pas dans le but de promouvoir la paix, mais pour recentrer la campagne guerrière de l'impérialisme américain sur une autre cible, la Chine.
Trump a déclaré à la Conférence Foi et Liberté qu’il donnerait 24 heures à la Chine pour retirer toutes les installations militaires de Cuba et a dénoncé le gouvernement Biden pour avoir permis l’établissement de postes d’écoute et d’autres installations chinoises à seulement 90 miles de la Floride.
(Article paru d’abord en anglais 27 June 2023)
