L’actuelle vague de chaleur dans le monde aggrave la crise sociale aux États-Unis, en Europe, en Asie et au Moyen-Orient

La ville de Phoenix, en Arizona, a enregistré mardi son 19e jour consécutif de hautes températures, supérieures à 110 degrés Fahrenheit (43,3 degrés Celsius), températures qui devraient persister jusqu’à dimanche. La ville de Sanbao, en Chine, a enregistré une température record nationale de 126 degrés Fahrenheit (52,2 °C), dépassant le record de 122 degrés Fahrenheit (50,3 °C) établi en 2015.

Deux sans-abri prennent de la glace dans le centre-ville de Phoenix le 14 juillet 2023, où il a fait 112 degrés [43,3°C], marquant le 15e jour consécutif de températures supérieures à 110 degrés dans la ville. [AP Photo/Matt York]

En Italie, les températures ont dépassé les 107 degrés Fahrenheit (41,8°C) à Rome et 113 degrés Fahrenheit (45°C) en Sardaigne. À l'aéroport international du golfe Persique, en Iran, l'indice de chaleur a grimpé jusqu'à 152 degrés Fahrenheit (66,7°C), du jamais vu.

Les records de température enregistrés mardi et depuis le début du mois de juillet témoignent de ce qui apparaît de plus en plus comme une «nouvelle normalité» pour le climat mondial. L’augmentation continue des émissions de gaz à effet de serre dans l’atmosphère terrestre (dioxyde de carbone, méthane, etc.) emprisonne davantage de chaleur solaire, donnant lieu à des phénomènes météorologiques extrêmes – dômes de chaleur, vortex polaires, incendies de forêt prolongés, inondations torrentielles, ouragans violents – qui sont aujourd’hui directement attribués au réchauffement de la planète.

La cause immédiate des températures actuelles est la présence de quatre «dômes de chaleur» qui se concentrent actuellement sur le sud des États-Unis, l’Atlantique Nord, l’Afrique du Nord, le Moyen-Orient et l’Asie du Sud. Les dômes de chaleur sont d’immenses systèmes de haute pression remplis d’air chaud qui empêchent l’air plus froid d’entrer et de réduire les températures. Outre les vagues de chaleur, les dômes de chaleur exacerbent les incendies de forêt, les sécheresses et d’autres catastrophes météorologiques liées à la chaleur.

Les conséquences sur la vie humaine sont immenses. Selon une étude publiée vendredi dernier dans Nature Medicine, l’Europe a connu l’été dernier plus de 61.000 décès dus à des insolations ou liés à la chaleur. Les données du service météorologique national des États-Unis montrent que les décès dus à la chaleur extrême ont été huit fois plus nombreux au cours de la dernière décennie que ceux causés par les ouragans.

Les décès dus à la chaleur touchent particulièrement les travailleurs contraints de travailler dans des conditions dangereuses et mortelles. Des milliers de travailleurs migrants au Qatar, dont beaucoup étaient des ouvriers du bâtiment qui construisaient des stades et d’autres installations pour la coupe du monde de l’an dernier, sont morts d’insolation et d’autres maladies connexes telles que l’insuffisance rénale due à la déshydratation, selon des recherches distinctes menées par la revue Cardiology et le Guardian. Une étude réalisée en 2021 par le Los Angeles Times a révélé que près de 400 personnes meurent chaque année de la chaleur en Californie, la majorité des personnes âgées, des sans-abri et des travailleurs du bâtiment, de l’agriculture et de l’entreposage.

Le mois dernier, Eugene Gates, facteur à la poste américaine, est mort au travail le jour où les températures ont atteint 113 degrés Fahrenheit (45° C) à Dallas-Fort Worth. Son histoire fait partie des milliers de travailleurs du bâtiment, de l’automobile, de la logistique et de nombreux autres secteurs qui sont contraints de travailler dans des conditions dangereuses et mortelles, sans équipement de sécurité, pour les profits de leurs employeurs. Toutes ces morts sont loin d’être rapportées par les grands médias.

Et l’ampleur des décès ne fera qu’augmenter à mesure que les températures continueront à s’élever dans le monde. La température relevée en Iran ci-dessus, en particulier, est un avertissement que certaines parties de la Terre pourraient devenir inhabitables à la vie humaine dans un avenir proche. La température, l’humidité et d’autres facteurs ont atteint 92,7 degrés Fahrenheit (33,7 C) sur ce que l’on appelle l’échelle de température « du thermomètre mouillé».

Bien qu’elle ne soit pas conçue comme une mesure de la chaleur ressentie un jour donné, cette échelle permet d’estimer à quel point la capacité du corps humain à se refroidir, par exemple en émettant de la chaleur et en transpirant, cesse de fonctionner. Cette limite est de 95 degrés Fahrenheit (35°C), presque atteinte en Iran. Si les émissions de carbone se poursuivent sans relâche, de grandes parties de l’Asie du Sud et du Moyen-Orient pourraient atteindre régulièrement ces conditions inhospitalières dans la seconde moitié du 21e siècle.

Les abris, le repos et l’eau sont en grande partie la solution pour atténuer et prévenir les blessures et les décès liés à la chaleur, mais l’infrastructure pour les fournir s’effondre, même, en fait surtout, dans les pays les plus riches. À Phoenix, suite aux coupes budgétaires dans les centres de rafraîchissement et les stations d’hydratation, seul un centre géré par la ville pour les sans-abri de la zone métropolitaine reste ouvert la nuit quand les températures ne descendent pas sous les 90 degrés Fahrenheit (32°C). L’an dernier, le comté dans lequel se trouve la ville a enregistré 425 décès liés à la chaleur. À cela s’ajoutent des milliers de blessures liées à la chaleur, y compris de se tenir pieds-nus sur l’asphalte surchauffée qui peut provoquer en quelques secondes des brûlures au 2e degré.

Le manque d’infrastructures permettant aux travailleurs et aux pauvres de Phoenix de se protéger contre les conditions météorologiques extrêmes n’est qu’un exemple du fossé de classe qui existe autour du changement climatique. Les capitalistes sont à l’origine de la crise et leurs fidèles acolytes des médias d’entreprise se sont efforcés d’étouffer pendant des décennies les avertissements quant aux dangers. Ils ont pu le faire jusqu’à ce que les conséquences soient trop évidentes pour être ignorées. En outre, les riches ont les moyens de survivre aux chaleurs extrêmes ou aux grands froids, voire simplement de s’installer temporairement ailleurs pour éviter les conséquences de la crise écologique qu’a provoquée le système social qu’ils défendent.

Les décès dus au changement climatique sont l’une des nombreuses façons dont l’élite dirigeante exprime son indifférence pour la vie des travailleurs. Comme pour la pandémie de coronavirus et la guerre menée par les États-Unis et l’OTAN contre la Russie en Ukraine, il n’y a pas de souffrances, si massives soient-elles, qui puissent entraver la hausse des profits de Wall Street. D’énormes sommes d’argent sont dépensées à des fins colossalement destructrices, alors qu’on alloue à l’entretien de base de la vie sociale des sommes de plus en plus dérisoires.

C’est le capitalisme, et non l’homme dans un sens abstrait, qui est à l’origine de la crise climatique actuelle qui va s’accélérant, et c’est ce système social qui doit être renversé et remplacé.

(Article paru d’abord en anglais le 19 juillet 2023)

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