The Stalinist parties are among the most enthusiastic members of the opposition alliance and fully support its aim—providing the Indian bourgeoisie with an alternate, right-wing government-in-waiting.
Les dirigeants de l’alliance électorale d’opposition récemment créée en Inde ont tenu deux jours de réunions à Mumbai, qui se sont terminés par une rencontre officielle vendredi.
L’alliance – qui prétend offrir une alternative «progressiste», «démocratique» et «laïque» au gouvernement d’extrême droite du Premier ministre Narendra Modi et de son parti suprématiste hindou, le BJP – se compose de plus d’une vingtaine de partis. Parmi eux, les plus importants sont le Parti du Congrès, jusqu’à récemment le parti préféré de gouvernement national pour la bourgeoisie indienne ; le Trinamool Congress et le DMK, les partis ethno-régionaux qui gouvernent respectivement le Bengale occidental et le Tamil Nadu ; le Samajwadi Party et le Rashtriya Janata Dal (RJD), partis régionaux fondés sur les castes, qui jouent un rôle majeur dans la politique de l’establishment des États de la ceinture hindoue de la plaine du Gange ; et le Parti Aam Aadmi (de l’homme ordinaire), un parti prétendument anti-corruption qui dirige le gouvernement du Punjab et du Territoire de la capitale nationale, Delhi.
Tous ces partis, à commencer par le Parti du Congrès, soutiennent et, lorsqu’ils sont au pouvoir, mettent en œuvre le programme impitoyable de la bourgeoisie indienne en faveur des investisseurs, à savoir la déréglementation, la privatisation, la promotion de l’emploi contractuel précaire et les réductions d’impôts massives pour les grandes entreprises et les riches. Ils soutiennent également tous le développement militaire rapide de l’Inde et le «Partenariat stratégique global indo-américain», à travers lequel New Delhi a été intégré de manière toujours plus complète dans l’offensive militaro-stratégique de l’impérialisme américain dirigé contre la Chine.
Les partis parlementaires staliniens – le Parti communiste indien (marxiste) ou CPM, le Parti communiste indien (CPI) et le Parti communiste indien maoïste (marxiste-léniniste) de la libération – n’ont pas hésité un seul instant à s’engager dans cette voie. Ils comptent parmi les membres les plus enthousiastes de l’alliance d’opposition et soutiennent pleinement son objectif: fournir à la bourgeoisie indienne un gouvernement alternatif de droite en attente.
Le caractère réactionnaire de l’alliance d’opposition, qui s’est baptisée Alliance nationale indienne pour le développement et l’inclusion (initiales anglaises INDIA), est souligné par le rôle prépondérant que jouent en son sein Nitish Kumar, le ministre en chef du Bihar, le troisième plus grand État de l’Inde, et son Janata Dal (United). De 1997 à 2014, puis de 2017 à août dernier, Kumar et son Janata Dal (United) ou son prédécesseur, le Samata Party, ont fait partie de l’Alliance démocratique nationale dirigée par le BJP et de ses gouvernements, d’abord sous Atal Vajpayee, puis sous Modi. Dans le même temps, au Bihar, le BJP a été à plusieurs reprises le partenaire junior des gouvernements de coalition dirigés par le JD (U).
C’est Nitish Kumar qui a convoqué et présidé la première réunion de la nouvelle alliance, qui s’est tenue à Patna le 23 juin et à laquelle ont participé 16 partis d’opposition. Ces dernières semaines, Kumar a fait l’éloge de Vajpayee, premier Premier ministre du BJP et, comme Modi, membre toute sa vie du RSS, parti suprématiste hindou. Il a notamment rendu publiquement hommage à Vajpayee lors de sa commémoration à Delhi le mois dernier, à l’occasion de l’anniversaire de sa mort. En agissant ainsi, Kumar signale que le JD (U) conserve d’autres options s’il n’obtient pas l’importance qu’il estime lui être due dans l’alliance INDIA.
Les réunions de Mumbai sont officiellement organisées par Uddhav Balasaheb Thackeray, le chef de l’une des deux factions rivales du Shiv Sena, le parti fasciste fondé par son père, le célèbre chauvin Mahratte et communautariste Bal Thackeray. Alors que Nitish Kumar prétend, de manière absurde, être un opposant du communautarisme, le Shiva Sena (Uddhav Balasaheb Thackeray) se fait le champion de l’Hindutva, l’idéologie suprématiste hindoue nocive à laquelle adhèrent le BJP et Modi.
Lors de la réunion de cette semaine, les dirigeants de l’alliance INDIA ont déclaré qu’ils présenteraient un «programme minimum commun» censé exposer les principales politiques qu’ils mettraient en œuvre s’ils parvenaient à détrôner le BJP et son NDA lors des élections générales prévues pour le printemps 2024.
Jusqu’à présent, ils n’ont parlé que dans les termes les plus vagues et les plus prévisibles de la crise sociale qui ravage l’Inde, déplorant le chômage de masse, la pauvreté endémique et le lien entre le gouvernement et la corruption des grandes entreprises.
Certains des participants les plus importants, comme le DMK, font pression, avec le soutien des staliniens, pour que l’Inde appelle à l’extension au secteur privé des quotas de réservation – de type discrimination positive – pour les Dalits et d’autres groupes de castes historiquement opprimés. Bien que présentés comme un coup porté en faveur de la «justice sociale» et un contrepoint aux appels communautaristes hindous du BJP, les appels à une nouvelle extension du système de réservation sont profondément réactionnaires. Ils servent à diviser la classe ouvrière et à l’entraîner dans une lutte fratricide pour une répartition plus «équitable» de la misère créée par le capitalisme.
On s’attend à ce que tout programme minimum commun proposé par les partis d’opposition n’aborde guère la politique étrangère. Il convient toutefois de noter que le Parti du Congrès a attaqué à plusieurs reprises le gouvernement BJP sur sa droite pour ne pas avoir adopté une position plus agressive dans le conflit frontalier avec la Chine, qui dure depuis trois ans. Le président national du parti Aam Aadmi et ministre en chef de Delhi Arvind Kejriwal a pour sa part appelé à un «boycott national» de tous les produits chinois.
Le conclave de l’opposition a également abordé la question très controversée du partage des sièges et pourrait nommer un coordinateur officiel bien que les médias rapportent que certains partis s’y opposent en raison de son impact potentiel sur la future sélection d’un candidat au poste de Premier ministre.
Une alliance réactionnaire de partis discrédités
Le soutien électoral aux staliniens et à leur Front de gauche s’est réduit comme peau de chagrin au cours des quinze dernières années, en raison du rôle qu’ils ont joué en soutenant le gouvernement UPA, dirigé par le Congrès, et en imposant des politiques favorables aux investisseurs dans les États où ils étaient au pouvoir. Aujourd’hui, les staliniens ne dirigent de gouvernement que dans un seul des 28 États de l’Inde, le Kerala, et à eux deux, le CPM et le CPI ne disposent que de cinq députés à la Chambre basse du parlement, la Lok Sabha, qui compte 543 membres.
Cependant, les staliniens ont joué un rôle important dans la constitution du bloc électoral bancal de l’INDIA et sont considérés, en particulier par le parti du Congrès – qui, ayant dirigé le gouvernement national de l’Inde pendant la plus grande partie des 75 dernières années, a les liens les plus étroits avec la bourgeoisie – comme un élément crucial de l’alliance anti-BJP.
Les staliniens sont censés donner à l’alliance d’opposition les couleurs «progressistes» dont elle a désespérément besoin. Plus important encore, par le biais de leurs fédérations syndicales, ils continuent d’exercer une influence politique sur des sections clés de la classe ouvrière. C’est une influence qu’ils utiliseront pour étouffer la lutte des classes et ramener la colère croissante des travailleurs et des ouvriers ruraux derrière le Congrès et l’alliance INDIA.
Lors d’un rassemblement à Kolkata le mois dernier – dirigé politiquement par la fédération syndicale CITU (Centre of India Trade Unions) alliée au CPM, et auquel ont participé de nombreux syndicats et fédérations syndicales, y compris ceux affiliés au Congrès et à d’autres partis de la grande entreprise – les syndicats ont annoncé que leur objectif principal était le remplacement du gouvernement BJP par l’alliance INDIA aux prochaines élections. Cet objectif a été résumé dans le slogan «Faites partir Modi, sauvez le pays».
Pendant plus de trois décennies, les staliniens ont soutenu un gouvernement de droite après l’autre au Centre et dans les États, au nom de la lutte contre le «BJP fasciste». La classe ouvrière étant politiquement réprimée et empêchée de proposer sa propre solution socialiste à la crise capitaliste, la menace de la droite hindoue n’a fait que croître.
Aujourd’hui, alors que les institutions de la démocratie capitaliste indienne, comme celles du monde entier, pourrissent sur pied aux yeux de tous, les staliniens intensifient leurs efforts pour enchaîner la classe ouvrière à l’État indien, au Congrès et à toute une série d’autres partis de droite basés sur les castes et ethno-chauvins.
Les travailleurs et les jeunes d’opinion socialiste doivent suivre une voie totalement différente et opposée. La lutte pour défendre les droits démocratiques et vaincre la réaction communautaire doit se fonder sur la lutte des classes. Elle doit être inextricablement liée à la lutte pour l’égalité sociale et contre la guerre impérialiste et l’alliance prédatrice de la bourgeoisie indienne avec l’impérialisme américain.
Cela exige que la classe ouvrière unisse ses luttes multiples et se forge un pouvoir politique indépendant, ralliant derrière elle les masses rurales dans la lutte contre le capitalisme indien et tous ses représentants politiques, et pour un gouvernement ouvrier et paysan attaché à la transformation socialiste de l’Asie du Sud et du monde.
(Article paru d’abord en anglais le 1er septembre 2023)
