Le Niger, le Mali et le Burkina Faso s’allient contre la menace d’invasion française

Les pays du Sahel, à savoir le Mali, le Burkina Faso et le Niger, ont signé un pacte de défense le 16 septembre, établissant une alliance militaire appelée l’Alliance des États du Sahel (AES). Les trois chefs d’État — Assimi Goita du Mali, Ibrahim Traoré du Burkina Faso et Abdourahamane Tiani du Niger — se sont réunis à Bamako, la capitale du Mali, pour signer la charte de l’AES.

Soldats du Burkina Faso avant leur déploiement pour un exercice au Mali [Photo: DoD photo by Master Sgt. Jeremiah Erickson, U.S. Air Force/Released]

Nommée d’après une région partagée par les trois pays, la «Charte du Liptako-Gourma» s’engage à «établir une architecture de défense collective et d'assistance mutuelle au profit de nos populations. Toute atteinte à la souveraineté et à l’intégrité territoriale d’une ou plusieurs parties contractantes sera considérée comme une agression contre les autres parties et donnera lieu à un devoir d’assistance et de secours de toutes les parties, individuellement ou collectivement, y compris le recours à la force armée pour rétablir et assurer la sécurité dans la zone couverte par l’Alliance ».

L’alliance vise à contrer la menace que les pays voisins de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CÉDÉAO) n’envahissent les pays de l’AES avec le soutien de la France. Après une guerre française de dix ans au Mali qui a provoqué un bain de sang dans tout le Sahel, des manifestations de masse et des coups d’État militaires ont chassé les gouvernements soutenus par la France dans les trois pays, qui sont tous d’anciennes colonies françaises. Les autorités françaises ont riposté en menaçant de soutenir une intervention militaire des États de la CÉDÉAO tels que le Nigeria, la Côte d'Ivoire, le Ghana et le Togo.

Le traité de l’AES souligne le danger croissant que la guerre entre l’OTAN et la Russie en Ukraine ne s’étende à une guerre à grande échelle dans toute l’Afrique. En effet, les États membres de l’AES ont tous cherché à resserrer leurs liens militaires et à obtenir des conseils de la Russie ou des forces russes, comme la milice Wagner, après avoir coupé les liens militaires avec la France. La menace d’une guerre AES-CÉDÉAO augmente donc parallèlement aux tensions internationales plus larges entre la France et l’OTAN, d’une part, et la Russie, d’autre part.

La junte qui a pris le pouvoir au Niger le 26 juillet a fixé une date limite à la fin du mois d’août pour que les troupes françaises, ainsi que l’ambassadeur de France, quittent le pays. Le président français, Emmanuel Macron, agit avec une arrogance néocoloniale non dissimulée et a obstinément refusé de le faire. Il refuse également de reconnaître la junte militaire nigérienne qui a renversé le président Mohamed Bazoum.

Afrique de l'Ouest [Photo by PirateShip6 / CC BY-SA 4.0]

Macron a toujours insisté sur le fait que le président fantoche et discrédité des Français, Bazoum, et la présence de l’armée française au Niger sont légitimes, malgré les manifestations de masse des travailleurs et des jeunes contre les troupes françaises et de l’OTAN au Niger et dans toute la région.

La junte militaire nigérienne a également accusé la France d’avoir envoyé des troupes et du matériel militaire dans les pays d’Afrique de l’Ouest (Bénin, Côte d’Ivoire et Sénégal) en vue d’envahir le Niger et de renverser les régimes militaires du Niger, du Burkina Faso et du Mali.

« Dans le cadre des préparatifs de guerre en vue d’une agression contre le Niger, la France continue de déployer ses forces dans plusieurs pays de la CÉDÉAO. Elle l’envisage en collaboration avec cette organisation » selon le porte-parole du régime militaire nigérien, le colonel-major Amadou Abdramane.

Rejetant ces accusations, le président français Emmanuel Macron a publié une déclaration belliqueuse : « Nous ne reconnaissons aucune légitimité aux déclarations de la junte nigérienne ».

Les juntes militaires qui dirigent l’AES ne s’opposent pas à l’impérialisme ni à l’alliance de l’OTAN, malgré la colère explosive des travailleurs et des jeunes contre l’impérialisme. Lors des manifestations de masse, les juntes ont critiqué de manière sélective la France, l’ancienne puissance coloniale impliquée dans une grande partie de l’effusion de sang dans la région. Mais Washington a négocié un accord avec la junte militaire nigérienne et a repris les opérations aériennes de chasseurs et de drones au Niger à partir de la base aérienne 201, située dans la ville d’Agadez, au nord du pays. Les forces américaines se trouvent ainsi à proximité des mines d’uranium stratégiques du Niger.

La politique des juntes des pays de l’AES, qui consiste à critiquer la France tout en concluant des accords avec l’OTAN, vise à empêcher l’émergence d’un mouvement indépendant au sein de la classe ouvrière et de la jeunesse, qui s’opposerait à la fois à l’impérialisme et à ses alliés au sein de la bourgeoisie africaine. Cette politique réactionnaire et sans fondement ne fait en réalité qu’entraîner le Sahel et toute l'Afrique plus profondément dans le maelström de la guerre mondiale qui ne cesse de s’étendre.

Paris, Washington et l’ensemble de l’alliance de l’OTAN sont de plus en plus furieux des ouvertures diplomatiques limitées faites à Moscou par les juntes des trois États de l’AES. En menant la guerre contre la Russie en Ukraine, les puissances impérialistes de l’OTAN s’orientent vers des méthodes de plus en plus drastiques et sanglantes pour écraser l’influence russe dans le monde.

Actuellement les trois pays du Sahel sont suspendus de la CÉDÉAO et font face à des sanctions draconiennes imposées par les États plus riches de la CÉDÉAO, dirigés par le Nigéria. La fermeture des frontières et les sanctions économiques contre ces pays enclavés plongent des millions de personnes dans la pauvreté.

Les trois États membres de l’AES ont décidé de ne pas recourir à des menaces ou à des agressions les uns contre les autres, et notamment de ne pas bloquer leurs ports, leurs routes, leurs côtes ou leurs infrastructures stratégiques. « Notre priorité est la lutte contre le terrorisme dans les trois pays », a déclaré Abdoulaye Diop, ministre malien de la Défense, à propos de l’accord.

La région du Liptako-Gourma, où les frontières du Mali, du Burkina Faso et du Niger se rejoignent, a été frappée par des attaques terroristes islamistes ces dernières années. Il est bien connu dans cette région que l’OTAN a armé des milices islamistes comme forces supplétives dans sa guerre de 2011 en Libye. Des responsables des pays de l’AES ont accusé la France d’aider secrètement des groupes islamistes au Sahel, créant ainsi un prétexte pour maintenir les troupes françaises dans la région au nom de la lutte contre le terrorisme islamiste.

La junte militaire malienne continue de critiquer le gouvernement Macron dans ce sens. L’année dernière, dans une lettre adressée au président du Conseil de sécurité des Nations unies, le ministre malien des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, a déclaré que l’espace aérien du Mali « a été violé plus de cinquante fois cette année, principalement par les forces françaises à l’aide de drones, d’hélicoptères militaires et d’avions de chasse. Ces violations flagrantes de l’espace aérien malien ont été utilisées par la France pour collecter des informations pour les groupes terroristes opérant au Sahel et pour leur livrer des armes et des munitions ».

Abdoulaye Diop a enfin averti que le Mali se réserve le droit de se défendre si cette stratégie se poursuit et porte atteinte à la stabilité et à la sécurité du pays.

Toute l’histoire des anciens pays coloniaux montre cependant que la lutte contre les provocations impérialistes ne peut être menée sans mobiliser les travailleurs et les jeunes contre la classe capitaliste, qui est organiquement liée à l’impérialisme. La lutte contre l’impérialisme n’est pas seulement une lutte militaire, mais avant tout une lutte de classe. La question décisive est de construire un mouvement antiguerre de masse dans la classe ouvrière, à travers l’Afrique, en Europe et au niveau international, pour arrêter la guerre et mettre fin au système capitaliste d’où émerge l’impérialisme.

(Article paru d’abord en anglais le 20 septembre 2023)

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