Au milieu de manifestations massives contre l’impérialisme français au Niger, le président français Macron a annoncé dimanche le retrait de l’ambassadeur de France à Niamey. Le départ des troupes françaises du Niger doit intervenir d’ici la fin de l’année. Après avoir quitté le Mali, puis le Burkina Faso, les militaires français doivent à présent quitter un troisième pays du Sahel.
Après une décennie d’opérations militaires antiterroristes dévastatrices au Sahel depuis qu’elle a lancé sa guerre au Mali, la France ne compte plus que 1.000 soldats stationnés dans la région. Ils sont concentrés au Tchad, à la frontière orientale du Niger.
Arrivée au pouvoir par un coup d’État le 26 juillet, la junte nigérienne dirigée par le général Abdurahmane Tiani avait annulé les accords de coopération en matière de sécurité entre Paris et Niamey. Elle avait également ordonné le départ des troupes françaises du Niger d’ici la fin du mois d’août.
Dans un premier temps, Macron a refusé d’évacuer les troupes françaises ou de reconnaître la junte nigérienne. Il l’a accusée de diriger le Niger «illégalement». Dans le même temps, la France a encouragé les pays de la CÉDÉAO (Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest) à préparer une action militaire contre le Niger. Le régime militaire nigérien a accusé la France de déployer des troupes et du matériel militaire en vue d’une guerre d’agression contre lui, en alliance avec les pays de la CÉDÉAO (Nigeria, Bénin, Côte d’Ivoire et Sénégal).
Les plans de guerre de l’impérialisme français en Afrique sont désormais indissociables de l’escalade de la guerre que l’OTAN mène contre la Russie en Ukraine. Le Niger a signé une alliance militaire d’autodéfense avec le Mali et le Burkina Faso, qui a cherché à établir des liens avec l’armée russe. Les conditions sont donc réunies pour que la guerre en Ukraine se transforme rapidement en guerre englobant de larges pans de l’Afrique occidentale.
Dimanche, alors qu’il annonçait le retrait des troupes françaises, Macron a quand même salué la guerre de la France au Mali ; il a loué le «succès de l’opération militaire Barkhane… Sans elle, la plupart de ces pays auraient déjà été pris par des califats territoriaux et des djihadistes».
La tentative de Macron de justifier les guerres de la France au Sahel comme une lutte «anti-terroriste» est une fraude cynique. La France et les pays de l’OTAN ont mené une guerre d’agression contre Kadhafi en Libye en 2011, en armant des djihadistes liés au réseau terroriste Al-Qaïda comme leurs principales forces mandataires dans le pays. Les combats se sont ensuite étendus au Mali, de l’autre côté du Sahara, servant de prétexte à l’intervention militaire de la France dans ce pays.
L’année dernière, le ministre malien des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, a envoyé au Conseil de sécurité des Nations unies une lettre qui accuse la France d’aider les djihadistes. Diop a affirmé que «l’espace aérien du Mali a été violé plus de 50 fois cette année, principalement par les forces françaises qui utilisent des drones, des hélicoptères militaires et des avions de chasse. La France a utilisé ces violations flagrantes de l’espace aérien malien pour collecter des informations pour les groupes terroristes qui opèrent au Sahel et pour leur larguer armes et munitions».
Macron a tenté de réécrire l’histoire, alléguant que les juntes militaires africaines, et non l’impérialisme français, étaient à blâmer pour les combats à travers le Sahel. Il a déclaré: «Nous ne sommes pas là pour être les otages des putschistes… Les putschistes sont les amis du désordre».
En raison de la colère sociale croissante et des manifestations de masse contre les déploiements de troupes françaises au Sahel et en Afrique de l’Ouest, Macron a toutefois été contraint d’accepter les demandes des putschistes qui voulaient qu’il retire ses troupes. Cette décision marque un revers pour la stratégie de l’impérialisme français, qui vise à piller les ressources de son ancien empire colonial en Afrique.
La junte nigérienne a interdit à tous les avions français de survoler son espace aérien à partir de samedi soir. Elle a annoncé que l’espace aérien serait ouvert à tous les vols commerciaux nationaux et internationaux, à l’exception de ceux affrétés par la France, notamment les compagnies aériennes françaises dont Air France.
Macron a toutefois précisé que l’impérialisme français ne quittait le Niger que dans le cadre d’un plan visant à gagner du temps et à rétablir sa domination politique sur la région. Il a souligné que la France continuerait à travailler avec les gouvernements d’Afrique de l’Ouest. Cela montre que même avec le retrait des troupes françaises du Mali, du Burkina Faso et du Niger, la France n’est pas prête à abandonner ses positions économiques et stratégiques au cœur géographique de l’Afrique occidentale.
Le retrait français du Niger a également mis en lumière les tensions croissantes dans la région entre Paris et Washington. Alors que la France faisait pression sur la CÉDÉAO pour qu’elle intervienne militairement afin de rétablir le président nigérien Mohamed Bassum, chassé par la junte militaire au pouvoir, Washington s’efforçait d’apaiser les pays de la CÉDÉAO.
RFI rapporte ainsi: «A l’ONU, les Américains tentent en vain d’infléchir la position des pays de la CÉDÉAO sur le Niger. A New York, en marge de l’Assemblée générale de l’ONU, les Etats-Unis ont tenté de convaincre les pays de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) d’assouplir leur position au sujet des putschistes au Niger. C’était ce vendredi matin lors d’une réunion organisée par le secrétaire d’Etat américain Antony Blinken. Mais visiblement, la manœuvre n’a pas été couronnée de succès».
RFI ajoute que Blinken a accueilli plusieurs dirigeants ouest-africains, comme le Nigérian Bola Tinubu et le Sénégalais Macky Sall.
Alors que les troupes françaises se retirent du Niger, les États-Unis allaient «revoir toutes les actions» concernant leur présence militaire, a annoncé lundi le secrétaire américain à la Défense Lloyd Austen dans la capitale kenyane Nairobi. «Tout en donnant une chance à la diplomatie, nous continuerons également à envisager des mesures futures qui donneront la priorité à nos objectifs diplomatiques et sécuritaires», a-t-il déclaré aux journalistes lors d’une conférence de presse.
Alors que les luttes des travailleurs et des jeunes contre l’impérialisme se multiplient en Afrique de l’Ouest, la junte nigérienne elle, ne s’oppose ni à l’impérialisme ni à l’OTAN. Elle est prête à travailler avec l’impérialisme américain, qui mène actuellement une guerre dévastatrice contre la Russie en Ukraine, tout en prenant des mesures pour expulser les troupes françaises — pour l’instant du moins. Les manœuvres douteuses de la junte nigérienne avec Washington dévoilent sa fraude anti-impérialiste.
Il y a deux semaines, la junte a autorisé les forces américaines à opérer depuis la base aérienne 201 à Agadez, au centre du Niger. Actuellement, 1.100 soldats américains sont stationnés au Niger et les États-Unis ont repris leurs opérations de drones et d’avions de guerre contre les djihadistes depuis cette base. Les États-Unis ont également stationné des troupes à proximité des mines d’uranium stratégiques du pays.
Les relations entre la France et les États-Unis ont sans aucun doute été éprouvées par le coup d’État au Niger. Les milieux dirigeants et les militaires nigériens cherchent donc à maximiser les avantages politiques qu’ils peuvent tirer en dressant les grandes puissances les unes contre les autres.
En fin de compte cependant, même le retrait des troupes françaises du Niger ne pourra pas libérer les travailleurs et les jeunes du Niger et du Sahel de l’emprise de l’impérialisme. Exploitant leur contrôle des flux financiers mondiaux et leur puissance militaire, les pays impérialistes utiliseront les politiques les plus impitoyables pour faire revenir les troupes françaises et celles de l’OTAN dans la région. D’ores et déjà, la France travaille en étroite collaboration avec les gouvernements de la CÉDÉAO pour étrangler le Niger, le Mali et le Burkina Faso par des sanctions économiques.
La question cruciale est d’unifier les travailleurs et les jeunes africains au-delà des frontières nationales artificielles établies par l’impérialisme européen, dans une lutte commune contre l’impérialisme et la guerre avec leurs frères et sœurs de classe en Europe et dans le monde.
(Article paru d’abord en anglais le 27 septembre 2023)
