Yaroslav Hunka, Politico et la réhabilitation des crimes de guerre nazis

Deux semaines après que le Premier ministre canadien Justin Trudeau, le président ukrainien Volodymyr Zelensky, l'ambassadrice allemande Sabine Sparwasser et l'ensemble du Parlement canadien eurent honoré le vétéran ukrainien des Waffen-SS Yaroslav Hunka d'une ovation debout, il est de plus en plus évident qu'il ne s'agissait pas d'un malentendu. Il s’agissait bien plutôt d’une provocation délibérée.

La logique de la guerre en Ukraine exige la réhabilitation des pires crimes du régime nazi. Après la débâcle de l’offensive d’été ukrainienne, les États-Unis, l’Allemagne et l’OTAN n’intensifient pas seulement la guerre par des livraisons d’armes valant des dizaines de milliards de dollars. Ils se préparent encore à envoyer leurs troupes pour battre et «fragmenter» la Russie, une puissance nucléaire, comme l’a récemment déclaré le secrétaire du Conseil de sécurité ukrainien, Oleksiy Danilov.

Le Parlement canadien applaudit Yaroslav Hunka, ancien membre de la Waffen-SS. Le chef d'état-major de la Défense du Canada, le général Wayne Eyre, est à l'extrême gauche.

Cela n'est possible qu'avec des méthodes comme celles utilisées par les nazis dans leur guerre d'anéantissement contre l'Union soviétique (1941-1945), où ils tuèrent plus de 25 millions de citoyens soviétiques et 6 millions de Juifs, après avoir établi une dictature impitoyable en Allemagne pour étouffer toute opposition à la guerre.

Si initialement Trudeau et Cie ont présenté leur hommage à Hunka comme un malentendu et ont fait les ignorants, à présent les médias entreprennent de défendre ouvertement l’appartenance de ce dernier aux Waffen-SS.

Lundi, le site européen du quotidien américain Politico, détenu à cent pourcent par la maison d'édition allemande Axel Springer, a publié un commentaire justifiant l'appartenance de Hunka aux Waffen-SS enchaînant des mensonges et des falsifications de l'histoire qui étaient jusqu'alors l’apanage de négationnistes de l’Holocauste comme David Irving.

L'auteur de l'article, Keir Giles, proche de l'armée britannique, qualifie les déclarations que «la tâche principale des SS était le génocide» et que l'appartenance de Hunka à la Waffen-SS faisait de lui un nazi de «récits de propagande diffusés avec succès par la Russie et ses agents ».

«Celui qui combattait l'URSS à l'époque n’était pas nécessairement un nazi, mais simplement quelqu'un qui était placé devant le choix atroce de savoir auquel des deux régimes terroristes il voulait résister», affirme-t-il.

Giles accuse «les ennemis du Canada» de s'être «emparé de ces narratifs simples pour attaquer l'Ukraine, le Canada et les liens mutuels des deux pays». L'affirmation que l'unité Waffen-SS de Hunka «aurait commis de multiples crimes de guerre, y compris des meurtres de masse» était «inventée de toute pièces», écrit-il.

« Des enquêtes approfondies et répétées (...) ont conduit à la conclusion qu'aucun crime de guerre ou atrocité n'avait été commis par cette unité particulière », conclut-il.

En réalité, le Tribunal militaire international de Nuremberg a statué en 1946 que les SS étaient une organisation criminelle et que ses membres (volontaires) avaient commis des crimes de guerre. Depuis, de nombreux travaux universitaires bien documentés – à commencer par L'État SS d'Eugen Kogon et La Destruction des Juifs européens de Raul Hilberg – ont démontré de manière irréfutable que «la tâche principale des SS» était effectivement le génocide contre les Juifs. L’organisation dirigée par Heinrich Himmler était la principale responsable de la planification et de la mise en œuvre de l’Holocauste.

Mais Giles dénonce les procès pour crimes de guerre de Nuremberg comme un événement de propagande russe. Il écrit: «La Russie s’accroche aux procès de Nuremberg comme référence de légitimité parce qu’en tant que puissance victorieuse, elle n’a jamais été soumise au même jugement.»

En attaquant «les représentants des intérêts juifs au Canada» et «les Amis du Centre Simon Wiesenthal», dont les accusations étaient plus «influencées par des idées fausses et des suppositions que par l’histoire et par les preuves», il affiche son propre antisémitisme.

Yaroslav Hunka (devant au centre) avec des troupes nazies de la division Waffen-SS Galicia. [Photo: Ivan Katchanovski/Twitter or X]

En fait, c'est Giles qui falsifie l'histoire et les faits. Il a été prouvé que la division Waffen-SS Galicia, que Hunka a volontairement rejoint en 1943 à l'âge de 18 ans, a été directement impliquée dans au moins trois massacres – Pidkamin, Huta-Pieniacka et Palikrowy. Le 28 février 1944, le 4e bataillon de la division SS Galicia assassina tous les habitants polonais du village de Huta-Pieniacka – le nombre de victimes est estimé entre 500 et 1 200 – et l’incendia complètement.

La division SS Galicia a également été déployée en Yougoslavie et sur le front contre l'Armée rouge, où la Wehrmacht a commis d'innombrables crimes de guerre.

La biographie personnelle de Hunka ne laisse aucun doute sur le fait qu'il avait délibérément rejoint un gang de meurtriers. La Galice orientale où Hunka a grandi a été un des centres du génocide nazi. Seuls survécurent deux à trois pour cent des 540 000 Juifs qui y vivaient au moment de l’invasion nazie. Une victime de l'Holocauste sur onze venait de cette région pas plus grande que la moitié de l’actuelle Hongrie.

La Galicie orientale qui avant la Première Guerre mondiale appartenait à l'Autriche-Hongrie alla ensuite à la Pologne. Après l’invasion de la Pologne par l’Allemagne, la Pologne fut occupée par l’Union soviétique. Aujourd'hui, elle fait partie de l'Ukraine

En 1941, les nazis envahirent et incorporèrent la Galice orientale au «Gouvernement général», où ils perpétrèrent leurs pires crimes. C’est là qu’ils ont installé les camps d’extermination de masse. Environ 3 millions de Juifs et 3 millions de Polonais ont été victimes de la terreur nazie rien qu'au sein du Gouvernement général.

En Galicie orientale, les fusillades sommaires de masse d’hommes, femmes et enfants juifs ont commencé immédiatement après l’invasion allemande. L'extermination des Juifs a duré plus de deux ans. Quelque 200 000 personnes furent déportées à Belzec et y furent assassinées. En 1943, les ghettos furent dissous et les Juifs restants fusillés.

Les nazis pouvaient compter sur le soutien de l'Organisation des nationalistes ukrainiens (OUN). Tant l'aile dirigée par Stepan Bandera que celle dirigée par Andriy Melnyk ont collaboré avec eux. La plupart des volontaires de la division Waffen-SS Galicia ont été recrutés dans l'aile Melnyk, créée en 1943 et que Hunka a rejoint.

Il est impossible que Hunka, qui a fréquenté l'école de la petite ville de Berezhany de 1939 à 1943, n'ait pas été au courant de la terreur nazie. À Berezhany, où vivaient encore environ 4 000 Juifs lors de l'invasion nazie, des centaines de Juifs furent rassemblés sur les places publiques à l'automne 1941 et en septembre 1942 et entassés dans des wagons pour être déportés sous les yeux la population locale. En 1943, les gardes SS tuèrent 1 180 Juifs au cours d’une opération de trois jours au cimetière local, à peu près au même moment où Hunka entrait dans la Waffen-SS.

Hunka décrivit plus tard les années 1941 à 1943 durant lesquelles les occupants allemands se déchaînèrent en Galicie comme les années les plus heureuses de sa vie. Années où il avait joui de «la compagnie de charmantes filles, d'amis joyeux et insouciants, de soirées parfumées dans le luxueux parc du château et de promenades dans la ville». Rien que cela le définit comme un antisémite impitoyable et un criminel de guerre.

Sa réhabilitation par Politico, un journal bourgeois bien établi appartenant à l'une des maisons d'édition les plus influentes d'Allemagne, doit être vue comme un signal d'alarme. Elle souligne le fait que le danger de guerre et de dictature ne vient pas seulement de l’extrême droite, mais de l’ensemble de la classe dirigeante. La guerre menée contre la Russie en Ukraine, que tous les représentants de la classe dirigeante s’activent à intensifier, va de pair avec le renforcement des forces politiques les plus réactionnaires. Il faut l’arrêter.

(Article paru en anglais le 5 octobre 2023)

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