Inde : le gouvernement d'extrême droite se joint aux puissances impérialistes pour soutenir l'assaut génocidaire d'Israël contre Gaza

Le gouvernement indien d’extrême droite dirigé par Narendra Modi s’est publiquement aligné sur les puissances impérialistes en apportant un soutien sans faille à l’assaut génocidaire d’Israël contre Gaza.

Vendredi dernier, l’Inde a rejoint les États-Unis, la Grande-Bretagne, l’Allemagne, l’Italie, le Japon, le Canada et pratiquement tous les autres puissances de l’OTAN et alliés des États-Unis en s’opposant à l’adoption d’une résolution de l’Assemblée générale des Nations unies qui appelait à «un cessez-le-feu humanitaire immédiat, durable et à long terme» entre Israël et le Hamas.

Ceci dans des conditions où 8.000 Palestiniens, dont près de la moitié sont des enfants, ont déjà été massacrés par les bombardements et les tirs d’artillerie israéliens, et où de nombreuses agences de l’ONU et organisations humanitaires mettent en garde contre une «catastrophe» humaine imminente dû au blocus israélien de la nourriture, de l’eau, des fournitures médicales, de l’électricité et du carburant.

Le Premier ministre indien Narendra Modi (à droite) et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou posent pour les médias avant une réunion à New Delhi, en Inde, le lundi 15 janvier 2018. [AP Photo/ingen opphavsmann]

Proposée par la Jordanie, la résolution non contraignante sur le cessez-le-feu a obtenu le soutien de 120 États membres de l'ONU.

Les États-Unis, Israël et 12 autres États, dont quatre petits membres de l’Union européenne et plusieurs États insulaires du Pacifique Sud, ont voté contre la résolution sur le cessez-le-feu, tandis que l’Inde et 44 autres États, tous des puissances occidentales ou leurs clients, comme l’Ukraine, ont signalé en s’abstenant leur soutien à Israël qui continue de faire la guerre à la population de Gaza.

Le fait que le vote de l’Inde ait réitéré et amplifié le soutien apporté à Israël dès le début de cette guerre a été souligné par son vote, plus tôt vendredi, en faveur d’un amendement à la résolution sur le cessez-le-feu rédigé par le Canada, l’un des plus proches alliés impérialistes de Washington. L’amendement, qui n’a pas obtenu suffisamment de «oui» pour être adopté, visait à légitimer la guerre d’Israël contre les Palestiniens de Gaza. Il condamnait «sans équivoque» les «attaques terroristes» du Hamas et ses «prises d’otages» et exigeait leur «libération immédiate et inconditionnelle», tout en passant sous silence tous les crimes de guerre de l’État israélien, notamment la brutale punition collective infligée aux 2,3 millions d’habitants de Gaza par le refus systématique de leur fournir des produits de première nécessité et le bombardement massif de quartiers d’habitation, d’hôpitaux, de camps de réfugiés, de mosquées et d’églises.

New Delhi a ensuite justifié son refus de soutenir la résolution sur le cessez-le-feu en notant qu’elle ne contenait pas les mots «Hamas» et «otages». Le représentant permanent adjoint de l’Inde auprès des Nations unies, Yojna Patel, s’est plaint: «Les attaques terroristes perpétrées en Israël le 7 octobre sont choquantes et méritent d’être condamnées».

Mais comme l’a fait remarquer l’ambassadeur pakistanais à l’ONU Munir Akram en répondant au Canada lors du débat de l’Assemblée générale, la résolution sur le cessez-le-feu avait délibérément omis de mentionner Israël, le Hamas ou toute autre partie.

Mais pour Patel et le gouvernement Modi, ce qui était inacceptable, c’est que la résolution ne reprenne pas la propagande de guerre de l’État israélien, de Washington et de ses autres sponsors impérialistes en condamnant l’attaque du Hamas du 7 octobre — un soulèvement populaire d’un peuple opprimé — comme étant du «terrorisme». Quant à l’incapacité de la résolution à mettre en accusation Israël pour son assaut génocidaire sur Gaza, sans parler de la dépossession et de la répression du peuple palestinien par l’État sioniste depuis trois quarts de siècle, cela ne les a pas inquiétés le moins du monde.

Au tout début de l’assaut israélien sur Gaza, Modi s’est empressé d'aligner l’Inde sur le gouvernement israélien d'extrême droite de Netanyahou, en tweetant un message qui déclarait «nous sommes solidaires d’Israël en ces heures difficiles».

Le soutien inconditionnel de l’Inde à la guerre génocidaire d’Israël contre une population de Gaza largement sans défense, est une manifestation odieuse du changement radical de l’alignement stratégique de New Delhi depuis le début du siècle et de son émergence comme partenaire junior de l’impérialisme américain. Il est loin le temps où l’Inde se posait en soutien des luttes «anti-impérialistes» et du peuple palestinien et en leader du «monde non aligné».

Comme l’a noté la World Political Review le 19 octobre, la «déclaration de Modi était presque surprenante par son timing et sa franchise. Même le président américain Joe Biden n’avait pas encore exprimé son soutien à Israël. Il n’y avait pas d’ambivalence dans les mots de Modi, pas d’hésitation, pas de période d’attente pour qu’un comité rédige un communiqué diplomatique».

S’appuyant sur le «partenariat stratégique mondial» indo-américain que le gouvernement de l’Alliance progressiste unie, dirigé par le Parti du Congrès, avait forgé avec le gouvernement de George W. Bush, le gouvernement Modi a transformé l’Inde en État de première ligne dans l’offensive stratégique et militaire des États-Unis contre la Chine. En août, le gouvernement Modi a fait savoir qu’il travaillait avec le haut commandement des forces armées indiennes pour déterminer le soutien qu’il apporterait aux États-Unis si et quand Washington entrerait en guerre avec Pékin.

Tout en poursuivant ses propres ambitions de grande puissance, l’Inde travaille en étroite collaboration avec les États-Unis pour contrer l’influence chinoise en Asie et en Afrique. Ces dernières années, le Moyen-Orient est devenu l’un des principaux domaines de cette collaboration, Washington s’efforçant d’intégrer New Delhi dans ses plans visant à contrer l’influence de la Russie et de la Chine dans la région. En octobre 2021, l’Inde a rejoint les États-Unis, Israël et les Émirats arabes unis pour former le groupe I2U2. En septembre, lors du sommet du G-20 à New Delhi, le président américain Joe Biden a souligné l’ambition de Washington d’être le fer de lance du développement d’un corridor économique Inde-Moyen-Orient-Europe afin de promouvoir l’Inde en tant que plaque tournante d’alternative au lieu de la Chine dans la chaîne de production mondiale.

Les relations militaro-stratégiques étroites que New Delhi a nouées avec Jérusalem constituent un deuxième facteur, quoique moins important, du soutien de l’Inde à la guerre menée par Israël contre les Palestiniens. Israël figure parmi les principaux fournisseurs étrangers d’armes et de systèmes d’armes de l’Inde. Les services de renseignement indiens et israéliens travaillent également en étroite collaboration. Il a été reconnu que le Mossad s’est arrangé pour que le groupe NSO, basé en Israël, vende son logiciel espion Pegasus au gouvernement Modi, qui l’a largement utilisé pour surveiller illégalement ses opposants politiques.

Le parti suprématiste hindou de Modi, le Bharatiya Janata Party (BJP), et le réseau d’organisations droitières hindoues avec lequel il est aligné ont également une forte sympathie politique et idéologique pour Israël, en particulier pour les factions sionistes les plus belliqueuses et les plus exclusives. Tous deux considèrent les musulmans comme leur ennemi commun et utilisent des méthodes de gangsters pour parvenir à leurs fins.

Comme les élites capitalistes du monde entier, l’Inde a adopté la rhétorique de la «guerre contre le terrorisme» de Washington après le 11 septembre. New Delhi s’en est servi pour justifier une attitude de plus en plus agressive à l’égard de son rival stratégique de longue date, le Pakistan, et l’adoption de lois «antiterroristes» draconiennes qui ont été utilisées pour emprisonner et piéger des dissidents. Alors que Washington a changé de braquet ces dernières années en raison de l’évolution de la confrontation mondiale avec la Russie et la Chine, New Delhi et Jérusalem continuent de trouver utile de se présenter comme des leaders mondiaux dans la lutte contre la «terreur».

Conformément à la position pro-israélienne de l’Inde, les autorités du pays ont ordonné à la police d’attaquer les manifestations pro-palestiniennes. Pendant ce temps, des groupes suprématistes hindous organisaient des manifestations pro-Israël. Le 25 octobre, l’[organisation politico-religieuse hindoue] Bajrang Dal a défilé de manière provocante à Aligarh, une ville de l’Uttar Pradesh qui compte une minorité musulmane de plus de 40 pour cent, en criant des slogans tels que «À bas la Palestine» et «À bas le Hamas». La semaine dernière, des dizaines de vétérans de l’armée indienne organisés par l’[organisation droitière hindoue] Hindu Sena (‘Armée hindoue’) se sont rendus à l’ambassade d’Israël à New Delhi pour se porter volontaires pour «combattre le Hamas».

L’adhésion du gouvernement Modi à la guerre israélienne contre Gaza, tout comme son intégration de plus en plus étroite dans les préparatifs de guerre de Washington visant la Chine, sont largement soutenues par l’élite dirigeante indienne.

Dans un éditorial du 30 octobre, le Times of India déclare: «La décision de l’Inde de s’abstenir de voter en faveur de la résolution de l'Assemblée générale de l’ONU vendredi était correcte dans le contexte de ce qui se passe non seulement en Israël, mais aussi ailleurs». Ce dernier point fait référence à la nécessité pour l’Inde d’apaiser Washington pour avoir défié ses souhaits concernant la guerre de l'OTAN contre la Russie et pour avoir maintenu des liens stratégiques étroits avec Moscou, en s’alignant plus complètement sur l’impérialisme américain «ailleurs».

L’Indian Express a lui aussi salué le vote de l’Inde à l’ONU, affirmant qu’il «marque un nouveau réalisme dans la politique au Moyen-Orient» et que ce «nouveau réalisme est le bienvenu».

Le principal parti d’opposition, le Parti du Congrès, a en revanche vivement critiqué le gouvernement pour ne pas avoir voté en faveur d’un cessez-le-feu. Priyanka Gandhi, haut responsable du Congrès et membre éminent de la dynastie familiale Nehru-Gandhi qui dirige le parti depuis l’indépendance de l’Inde, s’est déclarée «choquée et honteuse que notre pays se soit abstenu de voter en faveur d’un cessez-le-feu à Gaza. Notre pays a été fondé sur les principes de la non-violence et de la vérité, des principes pour lesquels nos combattants de la liberté ont donné leur vie, ces principes constituent la base de la constitution qui définit notre nation ».

Tout cela n’est que bla-bla politique. C’est un gouvernement du Congrès qui a établi des relations diplomatiques complètes avec Israël en janvier 1992, dans le cadre de la réorientation stratégique de l’Inde, économiquement et politiquement, après l’effondrement de l’Union soviétique en 1991. De manière plus générale, les gouvernements dirigés par le Congrès ont largement contribué à établir le partenariat stratégique de la bourgeoisie indienne avec l’impérialisme américain. Comme le reste de l’establishment politique, le Parti du Congrès considère cette alliance réactionnaire comme la pierre angulaire de la politique étrangère de l’Inde.

Loin de mettre en garde contre le fait d’ateler l’Inde à la campagne de guerre de l’impérialisme américain visant la Chine, les dirigeants du Parti du Congrès attaquent fréquemment le gouvernement Modi par la droite, l’accusant d’être «mou» envers la Chine, y compris dans le conflit frontalier qui a vu les deux pays déployer des dizaines de milliers de soldats, de chars et d’avions de guerre le long de leur frontière contestée.

Les critiques modérées du Congrès à l’égard de la position du gouvernement Modi sur la guerre de Gaza n’ont rien à voir avec une quelconque sympathie pour le peuple palestinien ou une opposition à l’impérialisme. Elles sont dues à des calculs électoraux — le Congrès veut exploiter l’immense sympathie des masses indiennes pour le peuple palestinien dans les cinq élections d’État qui se tiendront plus tard dans l’année et dans les élections législatives du printemps prochain — et à la crainte que l’opposition populaire à l’assaut génocidaire d’Israël ne devienne incontrôlable pour l’establishment politique.

Dans une déclaration commune publiée samedi, le Parti communiste indien (marxiste) stalinien et le Parti communiste indien ont déclaré que l’abstention «choquante» de l’Inde sur la résolution de cessez-le-feu de l’ONU montre «à quel point la politique étrangère indienne est façonnée par le fait d’être un allié subordonné de l’impérialisme américain et par les actions du gouvernement Modi pour consolider le lien entre les États-Unis, Israël et l’Inde».

Mais les staliniens eux-mêmes ont joué un rôle clé dans le fait d’aider la classe dirigeante à forger l’alliance indo-américaine en apportant leur soutien aux gouvernements dirigés par le Congrès qui l’ont développée. Aujourd’hui, ils s’efforcent de rassembler l’opposition de masse au gouvernement Modi derrière l’alliance INDIA — un bloc de partis de droite, dont le Parti du Congrès et divers partis bourgeois ethno-chauvinistes à base régionale et de caste, pleinement attachés tant à l’alliance militaro-stratégique indo-américaine contre la Chine qu’à la poursuite de la «réforme» pro-investisseurs.

(Article paru d’abord en anglais le 31 octobre 2023)

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