Israël reprend son assaut génocidaire contre Gaza, ciblant sa partie méridionale

Israël a repris son assaut génocidaire sur Gaza vendredi matin, quelques minutes après l’expiration de la «pause opérationnelle» de sept jours. À la fin de la journée, on dénombrait au moins 178 morts et 589 blessés parmi les Palestiniens. Une femme et son fils ont été tués au Liban par des tirs d’artillerie israéliens, après la reprise des tirs de part et d’autre de la frontière.

Le gouvernement Netanyahou a accusé le Hamas d’avoir mis fin à la trêve, le dernier d’une longue liste de mensonges. Les tirs de roquettes sur Israël, toujours non attribués, n’ont eu lieu qu’après qu’Israël eut affirmé que le Hamas n’avait pas respecté ses engagements de libérer toutes les femmes et tous les enfants qu’il détenait lorsqu’il a libéré huit otages hier.

Des Palestiniens regardent les destructions après le bombardement israélien du camp de réfugiés de Khan Younis, dans la bande de Gaza, le 1er décembre 2023. [Photo: Mohammed Dahman/WSWS]

Le Hamas a répondu qu’il n’y avait plus de tels otages à rendre. Il a proposé de remettre les corps d’une mère, Shiri Bibas, de son fils de 10 mois, Kfir, et de son frère de 4 ans, Ariel, qui ont été tués par une bombe israélienne. «Le Hamas a également proposé de transférer les corps de la famille Bibas et de libérer leur père [Yarden] pour leur enterrement, ainsi que deux détenus sionistes», a déclaré le Hamas dans un communiqué, mais les autorités israéliennes étaient «restées sourdes».

Les Forces de défense israéliennes (FDI) avaient déjà décidé de reprendre l’action militaire, quoi qu’il arrive, après s’être plaintes à plusieurs reprises qu’elles « freinées dans leur élan ». L’invocation de l’incapacité supposée du Hamas à respecter sa part du marché était pour le faire un prétexte manifeste.

La veille encore, le ministre des Finances, Bezalel Smotrich, avait déclaré qu’Israël «poursuivrait et détruirait» ses ennemis «partout avec l’aide de Dieu». Le prétexte de ce déchaînement était un attentat à Jérusalem au cours duquel deux membres présumés du Hamas avaient tué quatre personnes à un arrêt de bus, avant d’être pris pour cible par un civil armé et d’être tués par l’armée israélienne.

Le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir, s’est vanté d’avoir ainsi prouvé qu'il avait raison d’armer les civils avec des fusils d’assaut. Le «tireur héroïque» est mort vendredi des suites de multiples blessures par balles infligées par les FDI, qui l’ont pris pour un combattant ennemi.

La réponse de Netanyahou montrait clairement que ce qu’on prépare au nom de l’élimination du Hamas c’est le nettoyage ethnique non seulement de Gaza, mais aussi de la Cisjordanie et d’Israël-même. «Tous les terroristes du Hamas mourront à Jérusalem, à Gaza, en Cisjordanie et partout», a-t-il tonné.

Le gouvernement israélien ne cache pas le caractère brutal et criminel de la deuxième phase de l’assaut des FDI, actuellement en cours. Le porte-parole du gouvernement, Eylon Levy, a déclaré aux journalistes d’un ton brutal: «Ayant choisi de retenir nos femmes, le Hamas va maintenant recevoir la plus grande des raclées».

Faisant le bilan du massacre de la journée, le ministre de la Défense Yoav Gallant a déclaré: «Les résultats sont impressionnants. Le Hamas ne comprend que la force et c’est pourquoi nous continuerons à agir jusqu’à ce que nous atteignions les objectifs de la guerre».

La destruction infligée au nord de la bande de Gaza est maintenant planifiée pour le sud, en se concentrant sur la ville de Khan Yunis, où Israël prétend que le Hamas a son quartier général. Des tracts ont été largués sur la ville, qui a déjà fait l’objet d’attaques répétées et meurtrières, demandant aux habitants d’évacuer les lieux et décrivant la région comme une «zone de combat dangereuse».

Étant donné que la majeure partie de la population du nord de Gaza est déjà entassée dans le sud (1,8 million de personnes déplacées sur une population totale de 2,3 millions), il n’y a nulle part où aller. Les FDI ont demandé aux civils de se diriger vers la frontière égyptienne de Rafah, confirmant ainsi les craintes qu’Israël cherche à chasser entièrement les Palestiniens de la bande de Gaza pour les pousser dans le désert du Sinaï.

«Le sud est désormais tellement surpeuplé que le risque existe qu’un assaut terrestre généralisé d’Israël ne laisse aux habitants de Gaza d’autre choix que d’essayer de franchir de force la barrière frontalière avec l’Égypte» a déclaré Zoran Kusovac, journaliste d’Al Jazeera.

«Depuis le début du conflit, l’Égypte a prévenu qu’elle n’accepterait aucun réfugié, par crainte d’une déstabilisation politique et de risques pour la sécurité. Si elle est confrontée à cette réalité, elle pourrait se retrouver dans le pire des scénarios et devoir recourir à la force».

La situation humanitaire à Gaza a été décrite par l’Organisation mondiale de la santé comme un «film d’horreur». Pendant la trêve, environ 150 camions d’aide sont entrés dans la bande chaque jour, soit moins d’un tiers des 500 camions quotidiens en moyenne avant le 7 octobre, et moins encore que les 200 camions quotidiens jugés nécessaires pour répondre aux besoins les plus élémentaires de la population. L’approvisionnement s’est de nouveau arrêté avec la reprise des bombardements.

Les agences internationales ont lancé des avertissements dramatiques. S’exprimant depuis le plus grand hôpital encore fonctionnel de la bande de Gaza, peu après qu’une frappe aérienne ait atterri à 50 mètres à peine, James Elder, chef de la communication de l’UNICEF, a demandé: «L’humanité a-t-elle abandonné les enfants de Gaza?

«Je ne saurais trop insister sur combien la capacité des hôpitaux a été réduite au cours des sept dernières semaines. Nous ne pouvons pas voir encore plus d’enfants souffrant de blessures de guerre, de brûlures, d’éclats d’obus jonchant leur corps, d’os brisés. L’inaction de ceux qui ont de l’influence permet de tuer les enfants. C’est une guerre menée contre les enfants.

À l’hôpital al-Nasr, Paul Ley, chirurgien de la Croix-Rouge internationale, a déclaré: «Nous sommes déjà débordés. Il y a environ 2.000 patients dans un hôpital construit pour 300, et plus de la moitié d’entre eux ont besoin d’une intervention chirurgicale. Mais nous n’avons pas assez de médicaments et pas assez d’anesthésiques. La douleur est très peu contrôlée et on doit utiliser des techniques abandonnées depuis de nombreuses années parce que regardées comme dangereuses».

Philippe Lazzarini, directeur de l’UNRWA, l’agence des Nations unies pour l’aide aux réfugiés palestiniens, a parlé d’une «tragédie humaine stupéfiante» et d’une «course contre la montre… la maladie devient déjà une menace au même titre que les bombardements».

Il a décrit le sud de Gaza comme étant «complètement surchargé… Il ne peut tout simplement pas accueillir autant de personnes. N’oubliez pas qu’on a demandé aux habitants de la ville de Gaza et du nord d’aller dans le sud en leur disant que le sud serait plus sûr. Une grande partie d’entre eux ont pourtant été tués dans le sud».

Condamnant le «siège d’une population entière» comme une «punition collective», il a fait référence au «million de personnes dans les installations de l’ONU, dont 100.000 dans le nord… Leurs emplacements sont connus, et malgré cela, près de 100 de ces installations ont été touchées directement ou indirectement».

Une enquête commune des médias israéliens 972+ Mag et Local Call, publiée jeudi, a confirmé le processus délibéré utilisé pour mener des frappes sur des civils en nombre sans précédent.

Une source a déclaré aux journalistes: «Les chiffres sont passés de dizaines de morts civiles [autorisées] comme dommages collatéraux dans une attaque contre un haut fonctionnaire lors d’opérations précédentes, à des centaines de morts civiles comme dommages collatéraux».

On s’était servi d’un programme d’intelligence artificielle appelé «The Gospel» [L’évangile] pour sélectionner les cibles, alimentant ce qu’une source a appelé une «usine d’assassinat de masse», avec «l’accent mis… sur la quantité et pas sur la qualité». Le Guardian, qui rapporte l’enquête, explique que le programme «a été créé pour résoudre un problème chronique pour les forces de défense israéliennes: lors des opérations précédentes à Gaza, l’armée de l’air s’était trouvée plusieurs fois à court de cibles à frapper».

Au début de la guerre, le chef de l'armée de l'air israélienne a tenu à souligner qu'en menant « des frappes aériennes 24 heures sur 24... nous n’agissons pas de façon chirurgicale ».

Le massacre de Gaza reprend avec le soutien continu de l'impérialisme américain et mondial. Prenant la parole à Dubaï, le ministre américain des Affaires étrangères Anthony Blinken a soutenu le mensonge israélien que la pause avait «pris fin à cause du Hamas, le Hamas ayant renié les engagements qu’il avait pris». Il a réitéré la «forte solidarité de Washington avec Israël qui se défend» tout en insistant cyniquement pour dire qu’il faisait «tout son possible pour protéger les civils».

(Article paru d’abord en anglais le 2 décembre 2023)

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