L’armée israélienne a annoncé mardi avoir atteint le centre de Khan Younis, dans le sud de la bande de Gaza, au cours de ce qu’un général de haut rang a qualifié de «journée de combat la plus intense» depuis le début de l’assaut génocidaire du régime de Netanyahou contre les Palestiniens. L’offensive terrestre sur la ville, dont la population s’est accrue ces dernières semaines de centaines de milliers de Palestiniens fuyant le nord de Gaza, s’est accompagnée de frappes aériennes aveugles.
Au cinquième jour de l’assaut sauvage du régime sioniste après qu’il a unilatéralement déclaré la fin de la pause d’une semaine dans les combats, les Nations unies ont déclaré qu’il était impossible de garantir des «zones dites sûres» pour les civils, où que ce soit à Gaza, en raison de la férocité et de l’ampleur des attaques aériennes et terrestres. Le porte-parole de l’UNICEF, James Elder, a déclaré que les «zones de sécurité» proposées par l’armée israélienne «ne sont pas scientifiques, elles ne sont pas rationnelles, elles ne sont pas possibles, et je pense que les autorités en sont conscientes». Philippe Lazzarini, directeur de l’agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens (UNRWA), a déclaré que les opérations d’aide étaient à un «point de rupture» et que le siège israélien de Gaza pourrait devenir «une source majeure de mortalité».
Une série de frappes aériennes dévastatrices mardi à Khan Younis et dans les environs a mis en évidence le fait que les civils n’ont aucun endroit où se réfugier. Au moins 45 hommes, femmes et enfants ont été massacrés lors d’une attaque sur ce que des témoins oculaires ont qualifié de «bloc résidentiel entier» dans la ville de Deir el-Balah, juste au nord de Khan Younis. Cinquante autres civils auraient été tués lors de frappes précédant l’avancée des troupes israéliennes à Khan Younis mardi.
Des dizaines de milliers de personnes ont déjà fui Khan Younis pour se rendre à Rafah, la ville la plus méridionale. Cette ville située à la frontière égyptienne, qui comptait 280.000 habitants avant l’assaut israélien, pourrait bientôt accueillir plus d’un million de personnes, selon les estimations. L’UNRWA a prévenu qu’il n’y avait pas assez de ressources pour fournir une aide humanitaire à toutes les personnes déplacées, dont beaucoup avaient déjà été déplacées du nord vers Khan Younis et ses environs au début du bombardement.
Adnan Abu Hasna, un représentant de l’UNRWA, a décrit les conditions infernales qui règnent déjà à Rafah: «Nous avons des dizaines de milliers de familles dans les rues. Elles s’abritent déjà sous des objets hétéroclites – des morceaux de nylon et de bois. Il pleut maintenant. Nous allons voir le désastre».
En plus du danger posé par les frappes aériennes et les armes lourdes utilisées par les Forces de défense israéliennes (FDI) sur le terrain, la menace posée par les maladies non traitées s’accroît rapidement. Les Nations unies ont signalé mardi une épidémie d’hépatite A dans l’une de leurs installations pour réfugiés. Seuls neuf des 35 hôpitaux de Gaza continuent de fonctionner, et il y a un manque chronique d’équipement médical, de médicaments et d’eau potable.
Mardi, le bureau des médias du gouvernement de Gaza a établi à 16.248 le nombre de morts depuis le début des bombardements israéliens sur la bande de Gaza. Plus de 7.000 personnes sont portées disparues, probablement ensevelies sous les décombres produits par les frappes aériennes. Le bilan comprend 7.112 enfants, 4.885 femmes, 286 membres du personnel médical, dont des ambulanciers et des médecins, et 81 journalistes et professionnels des médias. Les bombardements ont fait au moins 43.616 blessés.
Dans la même déclaration, le bureau des médias a qualifié de «condamnation à mort» pour 2,3 millions de personnes, le quasi-arrêt des livraisons d’aide à Gaza à la suite de la reprise des opérations militaires israéliennes. Les reportages indiquent qu’une centaine de camions d’aide seulement entrent chaque jour à Gaza par le point de passage de Rafah, soit à peine 20 pour cent du total quotidien d’avant-guerre de 500 camions.
Le développement des opérations militaires israéliennes suit un plan clair: nettoyer ethniquement la majeure partie de Gaza et forcer une grande partie de ses habitants, voire toute la population, à se réfugier dans le désert égyptien du Sinaï. Cette approche a été décrite dans des documents du gouvernement israélien et dans des commentaires de personnalités d’extrême droite au sein du gouvernement de coalition du Premier ministre Benjamin Netanyahou. La stratégie du régime sioniste bénéficie du soutien inconditionnel des puissances impérialistes, en premier lieu des États-Unis, sans le soutien militaire et politique desquels Israël ne pourrait pas bombarder Gaza et massacrer des civils sans discernement.
Dans un langage qui aurait pu être utilisé par n’importe quel dirigeant nazi pendant la Seconde Guerre mondiale, Netanyahou a exposé les intentions de son régime pour Gaza mardi soir lors d’une conférence de presse aux côtés du ministre de la Défense, Yoav Gallant, et du ministre du cabinet de guerre, Benny Gantz. «Nous réglons nos comptes avec tous ceux qui ont kidnappé, participé, assassiné, massacré, violé et brûlé les filles de notre peuple», a déclaré Netanyahou. «Nous n’oublierons pas et nous ne pardonnerons pas.» À Khan Younis et à Jabalia, a-t-il poursuivi, «le sol a tremblé» pendant les opérations des FDI, «nous avons encerclé les deux […] il n’y a aucun endroit où nous n’irons pas».
Exposant sa vision de la fin de l’assaut, Netanyahou a déclaré: «Il n’y aura plus de forces qui appuieront la terreur, enseigneront la terreur, financeront la terreur et les familles de terroristes». Gaza «doit être démilitarisée», a-t-il ajouté, «et la seule force capable de garantir cela est Tsahal. Aucune force internationale n’a la responsabilité de le faire».
Se référant à la destruction de la grande majorité des immeubles résidentiels dans le nord de Gaza, Gallant a ajouté dans la même veine: «Ce qui s’est passé dans la ville de Gaza se produit maintenant à Khan Younis […] et les résultats sont impressionnants». En plus, Gantz a souligné qu’Israël ne serait aucunement limité dans ses opérations, affirmant que «seul Israël déterminera son sort». Même après la fin officielle des hostilités, il a déclaré qu’il y aurait «des mois et des années» d’opérations des FDI visant à «stabiliser la réalité».
S’exprimant lors d’une collecte de fonds à Boston mardi, le président américain Joseph Biden a clairement approuvé les plans génocidaires du régime de Netanyahou. Reprochant au Hamas d’avoir mis fin à la pause des combats parce qu’il refusait de libérer des femmes otages, Biden a déclaré: «Nous ne nous arrêterons pas – nous ne nous arrêterons pas tant que nous n’aurons pas ramené chacune d’entre elles à la maison, et ce sera un long processus».
Biden est le principal représentant de l’impérialisme américain, qui a mené des guerres sanglantes qui ont détruit des sociétés entières et tué des millions de personnes au Moyen-Orient, en Afrique du Nord et en Asie centrale au cours des 30 dernières années. La dernière chose qui le préoccupe, c’est la vie des quelque 138 otages qui se trouvent encore à Gaza. L’impérialisme américain est déterminé à utiliser l’opération de nettoyage ethnique d’Israël à Gaza, point culminant de la dépossession et de l’oppression du peuple palestinien par le projet sioniste depuis 75 ans, comme une occasion de jeter les bases d’une guerre à l’échelle de la région. Le gouvernement Biden a envoyé deux groupes aéronavals et un sous-marin à capacité nucléaire dans la région au début du conflit afin de menacer l’Iran et ses rivaux pour la domination du Moyen-Orient, région riche en pétrole et critique au plan géostratégique. Le fait que Biden ait reconnu que l’expulsion forcée des Palestiniens par Israël était un «long processus» souligne que, pour consolider sa position hégémonique dans la région dans le cadre d’un redécoupage du monde aux dépens de ses rivaux, en premier lieu la Chine et la Russie, Washington n’a aucun scrupule à permettre à Tsahal de continuer à massacrer des civils innocents pendant les semaines et les mois à venir.
La menace d’une escalade vers une conflagration régionale reste imminente. Depuis la reprise de l’assaut des FDI sur Gaza, les hostilités se sont également intensifiées à la frontière nord avec le Liban. Mardi, l’armée libanaise a annoncé qu’un de ses soldats avait été tué lors d’une frappe israélienne censée viser une position du Hezbollah. Il s’agit du premier décès signalé par l’armée libanaise dans le cadre du conflit transfrontalier depuis le 7 octobre, au cours duquel Israël a frappé de nombreuses cibles dans le sud du Liban et le Hezbollah a tiré des roquettes sur le nord d’Israël. Les forces de défense israéliennes ont publié une rare déclaration affirmant que «les forces de l’armée libanaise n’étaient pas la cible de l’attaque». La FINUL, l’agence des Nations unies chargée de surveiller la frontière depuis le retrait d’Israël en 2000, a qualifié d’«alarmants» les échanges de tirs qui se sont intensifiés ces derniers jours.
L’arrêt du génocide en cours à Gaza et la prévention d’une guerre à l’échelle de la région dépendent de l’intervention politique indépendante de la classe ouvrière, dans les principaux centres impérialistes, en Israël et dans l’ensemble du Moyen-Orient. La tâche urgente à laquelle sont confrontés les millions de jeunes et de travailleurs qui participent aux manifestations à travers le monde contre le génocide de Gaza est de se tourner vers la classe ouvrière en appelant à une large mobilisation pour stopper la fourniture et la production de tous les équipements militaires possibles et imaginables à Israël. Les travailleurs doivent répondre à l’appel des syndicats palestiniens pour des grèves de solidarité dans tous les pays, en vue d’une grève générale politique internationale pour s’opposer aux politiques génocidaires du régime de Netanyahou et de ses maitres impérialistes avec un programme internationaliste et socialiste visant à mettre fin à la guerre et à toutes les formes d’oppression.
(Article paru en anglais le 6 décembre 2023)
