Les otages récemment libérés et les familles des otages toujours détenus à Gaza ont exprimé leur colère face au refus du Premier ministre Benjamin Netanyahou de faire de la sécurité et de la libération des cent trente-huit otages restants une priorité.
Au terme d’une réunion tendue et conflictuelle avec les membres du «cabinet de guerre», mardi après-midi, les familles ont dénoncé le gouvernement, affirmant qu’il n’avait aucun plan pour obtenir la libération des otages restants et que sa tactique mettait leur vie en danger. Certains auraient demandé à Netanyahou de démissionner, faisant écho aux appels désormais quotidiens à sa démission.
Alors que cent-dix captifs sont rentrés en Israël, dont quatre vingt-six Israéliens et vingt-quatre citoyens étrangers, dans le cadre d'un cessez-le-feu de sept jours, il reste environ 138 otages, dont cent dix-sept hommes et vingt femmes. Si onze d’entre eux sont des ressortissants étrangers ou possèdent une double nationalité, les autres sont des Israéliens, dont la plupart seraient des soldats.
Depuis la fin de la «pause opérationnelle» tôt vendredi dernier, Israël a repris ses impitoyables bombardements aériens, ciblant Khan Younis, la deuxième ville de Gaza, dans le sud de l’enclave. L’assaut est mené avec une férocité renouvelée en prévision d'une attaque au sol attendue alors que les chars israéliens s'approchaient de la ville par le nord.
L’ONU a déclaré que «certains des bombardements les plus intenses à Gaza jusqu’à présent» ont eu lieu entre dimanche et lundi après-midi. Lundi, il a été rapporté qu'Israël préparait des plans pour inonder le réseau de tunnels du Hamas sous la bande de Gaza avec de l'eau pompée dans la mer Méditerranée.
Une telle action, obligeant les combattants du Hamas à remonter à la surface, doit être menée sans aucune considération pour la sécurité des otages restants, dont le sort a été cyniquement utilisé pour justifier l'assaut génocidaire contre Gaza. La réalité est que Netanyahou et ses alliés fascistes se moquent complètement de savoir si les otages vivent ou meurent. «Ramenez-les à la maison » est un slogan utile, mais le véritable objectif est le meurtre de masse et le nettoyage ethnique, quels que soient les dommages collatéraux que cela peut entraîner.
Largement ignorées par Netanyahou et son «cabinet» de criminels de guerre, les familles, qui n'avaient obtenu qu'une seule réunion depuis l'incursion du 7 octobre, réclamaient une réunion d'urgence pour discuter de ce que faisait le gouvernement pour assurer un retour sans danger des otages restants. Netanyahou avait finalement été contraint de convenir d’une réunion lundi.
Cela faisait suite à un petit rassemblement – auquel ont participé pour la première fois les familles de certains des captifs – samedi soir devant le quartier général militaire israélien à Tel Aviv pour protester contre la reprise des bombardements criminels sur Gaza, qu’elles tiennent responsables de l’interruption de la libération des captifs encore détenus par le Hamas. Cette manifestation marque une rupture avec les rassemblements habituels appelant le gouvernement Netanyahou à donner la priorité et à garantir la libération des otages, qui ne prennent pas position contre le massacre à Gaza.
La réunion à Herzylia, à laquelle assistaient Netanyahou, le ministre de la Défense Yoav Gollant et le dirigeant de l’opposition Benny Gantz, ainsi que Gal Hirsch, le coordinateur de Netanyahou pour les personnes captives ou disparues, confirmait que les otages sont considérés comme de la chair à canon dans la cause de l’expansionnisme sioniste, allant « du fleuve à la mer », et de la domination de l'impérialisme américain sur cette région riche en ressources.
Le cabinet de guerre a fait attendre les anciens otages et leurs familles 45 minutes après l'heure convenue. Selon l’un des participants, «il y a eu un grand manque de respect à l’entrée et il y avait une caméra dans la salle, malgré les promesses d’une réunion non-surveillée». Elle a dit que c’était «turbulent et tendu». Leurs téléphones ont été confisqués afin qu’ils ne puissent pas enregistrer ce qui se disait. De nombreuses familles sont parties dégoûtées avant même le début de la réunion.
Les réponses pro-forma de Netanyahou ont suscité une réaction furieuse, les gens criant et hurlant qu'ils voulaient que tous les otages soient ramenés, et que le Premier ministre devait démissionner.
L’un des anciens otages a expliqué que Netanyahou «n’a pas répondu aux questions posées – au lieu de quoi, il a lu des remarques préparées à l’avance sur un morceau de papier». Elle a ajouté que «Netanyahou a déclaré qu’il n’était pas possible de ramener tout le monde et a demandé que si une telle opportunité existait, est-ce-que l’un d’entre nous pensait que cela soit rejeté». Certaines familles étaient tellement indignées qu’elles se sont levées et sont parties au milieu de la réunion.
Bashir Alziadana, l'un des citoyens bédouins d'Israël dont les frères restent en captivité après la libération de deux autres proches, a déclaré: « Nous avons demandé si le retour des captifs était l'objectif principal maintenant, et je ne suis pas reparti avec une réponse claire.»
Comme l’a rapporté la Douzième chaîne, Sharon Cunio, l’un des otages libérés dont le mari David et d’autres proches sont toujours retenus captifs, a déclaré au cabinet de guerre: «Vous faites passer la politique avant le retour des otages.» Ha'aretz a rapporté qu'un autre otage, détenue séparément de son mari, a défié Netanyahou: «Il a été emmené dans les tunnels, et vous parlez d'inonder les tunnels avec de l'eau de mer.»
Une autre personne a déclaré: «Gallant nous a informés que le Hamas ne comprend que l'usage de la force, insinuant que toute interruption des étapes de libération des otages était purement la décision du Hamas. Les discussions ont été vraiment pénibles et les participants étaient visiblement bouleversés par les divisions établies entre divers groupes et catégories. La réponse de Netanyahou a été brève et il avait l’air détaché de la conversation.»
La réponse de Gallant a suscité la colère de la mère de l'un des otages: «Je ne suis pas prête à sacrifier mon fils pour votre carrière […] Mon fils ne s'est pas porté volontaire pour mourir pour la patrie. C'était un civil enlevé chez lui et dans son lit […] Promettez-moi que vous ramènerez mon fils et tous les autres otages vivants ».
Si les médias israéliens ont rapporté la réunion des familles avec le cabinet de guerre, leurs reportages étaient discrets et faisaient les titres des mauvais traitements infligés aux otages, en accord avec les tentatives mensongères du gouvernement de présenter les Palestiniens en général et le Hamas en particulier comme des monstres pour justifier leur extermination.
Alors que certains des otages ont déclaré qu'ils avaient été privés de nourriture et d'eau en quantité suffisante et qu'ils avaient été détenus dans des conditions horribles sous terre et sans accès aux informations, il était clair qu'ils ignoraient tant le refus par Israël de tout approvisionnement en nourriture, en carburant, en électricité et même en eau, que ses bombardements massifs sur Gaza.
La colère des familles est également aggravée par les révélations presque quotidiennes que le gouvernement Netanyahou avait une connaissance détaillée du plan de bataille du Hamas pour l'attaque du 7 octobre, mais avait pris la décision de démobiliser ses forces militaires et de renseignement pour fournir un prétexte à son nettoyage ethnique de Gaza.
Lundi, Ha'aretz a rapporté que quelques heures seulement avant l'attaque du 7 octobre, les forces de sécurité israéliennes, ayant reçu des avertissements que le Hamas tentait d'organiser une attaque à l'intérieur d'Israël, auraient pu se préparer au moins partiellement à la possibilité d'une incursion depuis Gaza. Bien que la Brigade nord de la Division de Gaza eût approuvé l'organisation du festival de musique SuperNova sur le parking du kibboutz Re'im, qu’elle fût responsable de sa sécurité et que son commandant fût au courant des avertissements, l'armée n'avait informé ni les organisateurs ni les milliers de participants au festival de la menace ou exigé que l'événement soit arrêté. Même les unités militaires en service dans la zone au début de l’attaque du Hamas ignoraient que le festival de musique avait lieu.
Les organisateurs ont déclaré que s'ils avaient reçu un avertissement ne serait-ce qu'une heure à l'avance, ils auraient pu évacuer le festival à temps. Le fait que l'armée n’ait pas averti les organisateurs a entraîné la mort de 360 personnes lors d'une fusillade entre les infiltrés palestiniens et l'armée israélienne, et la capture d'au moins 40 otages.
Il semblerait également que certains de ceux qui savaient aient cherché à profiter des inévitables répercussions militaires en vendant leurs actions à la bourse de Tel-Aviv. L’agence de presse Reuters rapporte une étude détaillée réalisée par deux professeurs américains, qui écrivent: «Quelques jours avant l’attaque, des traders semblaient anticiper les événements à venir.» Ils ont cité l’intérêt à court terme du MSCI Israel Exchange Traded Fund (ETF) qui avait « soudainement et significativement baissé» le 2 octobre, sur la base des données de l’Autorité de régulation du secteur financier (FINRA). «Et juste avant l’attaque, les ventes à découvert de titres israéliens à la Bourse de Tel Aviv (TASE) ont considérablement augmenté,» ajoutent-ils.
(Article paru en anglais le 7 décembre 2023)
