La Grande-Bretagne multiplie les provocations militaires dans le cadre de l’opération «Prosperity Guardian» menée par les États-Unis, l’opération navale en mer Rouge et dans le golfe d’Aden qui vise les rebelles houthis au Yémen. L’objectif principal est d’accroître les tensions avec l’Iran, en prévision d’une intervention militaire directe contre Téhéran.
Soutenant l’attaque génocidaire d’Israël contre Gaza, le gouvernement Biden a autorisé une importante augmentation de la puissance navale et aérienne déployée dans la région.
L’opération Prosperity Guardian a été organisée sous le couvert de la protection des flux commerciaux en mer Rouge, à la suite d’une série d’attaques menées par les Houthis au Yémen contre des navires marchands. Elle a été lancée par les États-Unis aux côtés d’un groupe de puissances impérialistes comprenant la Grande-Bretagne, la France, l’Espagne, l’Italie et le Canada, ainsi que les Pays-Bas, la Norvège, Bahreïn et les Seychelles.
The Guardian note que les déploiements militaires dans l’un des principaux «goulets d’étranglement» commerciaux du monde sont tellement sensibles que «neuf autres [pays] ne veulent pas être nommés pour l’instant». Et d’ajouter: «Il y a quelques absents notoires: l’Inde (bien qu’elle puisse envoyer des navires), l’Égypte et l’Arabie saoudite, par exemple.»
Le principal navire militaire britannique dans l’opération est le HMS Diamond, décrit par la Royal Navy comme «un joyau de la couronne navale». Il s’agit du troisième des destroyers de défense aérienne de type 45 et de l’un des navires de guerre les plus avancés au monde. Le navire est équipé du système de missiles Sea Viper, capable de lancer huit missiles en moins de 10 secondes et jusqu’à 16 missiles simultanément. Un hélicoptère Wildcat équipé de missiles air-surface Martlet est également à bord.
Le HMS Diamond se trouvait déjà dans la région du Moyen-Orient avant l’annonce de l’opération Prosperity Guardian par le secrétaire américain à la Défense, Lloyd Austin, le 19 décembre.
Il a été envoyé dans le golfe Persique au début du mois dans le cadre d’une opération visant à renforcer le principal navire de guerre britannique dans la région, la frégate de type 23 HMS Lancaster, qui se trouve dans le golfe depuis novembre 2022. Les «chasseurs de mines HMS Chiddingfold, Middleton et Bangor, leur navire de commandement et de soutien RFA Cardigan Bay et le quartier général de la marine britannique à l’est de Suez, l’UKMCC à Bahreïn», sont également en soutien au Lancaster, «afin d’assurer la sécurité et la liberté des échanges commerciaux par voie maritime», a annoncé la Royal Navy.
Dans le même temps, une déclaration commune du ministère de la Défense, du ministère des Affaires étrangères, du Commonwealth et du Développement, et du ministère de l’Intérieur, intitulée «Activité militaire du Royaume-Uni en Méditerranée orientale», annonçait: «En soutien à l’activité de sauvetage des otages en cours, le ministère de la Défense effectuera des vols de surveillance au-dessus de la Méditerranée orientale, y compris dans l’espace aérien au-dessus d’Israël et de Gaza».
Après avoir traversé le canal de Suez le 14 décembre, le HMS Diamond a abattu dans la soirée du lendemain, avec un missile Sea Viper, un drone d’attaque lancé depuis une zone du Yémen contrôlée par les Houthis. La Royal Navy a déclaré que le drone avait pris pour cible la navigation commerciale en mer Rouge.
La Grande-Bretagne maintient une présence maritime permanente dans le golfe Persique depuis 1980. La Royal Navy s’est vantée: «L’action du Diamond aux petites heures du samedi matin est la première fois que le missile Sea Viper d’un Type 45 a été utilisé en action et la première fois que la Royal Navy abat une cible de la sorte depuis la guerre du Golfe de 1990-1991.»
Alors que le communiqué de la Royal Navy annonçant le déploiement du Diamond dans le Golfe l’a placé dans le contexte de la protection des voies maritimes et de la lutte contre les attaques des Houthis, le ministre de la Défense, Grant Shapps, a clairement indiqué que la véritable cible était Téhéran. Le déploiement du Diamond, a-t-il déclaré, «enverra un message très clair à l’Iran en particulier et à ses mandataires pour qu’ils ne s’impliquent pas» dans l’opposition à la décimation de la bande de Gaza par Israël.
«Avec l’activité en mer Rouge [et] les Houthis du Yémen, qui ne se contentent pas de tirer des missiles, mais interviennent maintenant avec des navires, nous pensons que c’est le bon moment pour renforcer la présence de cette force […] afin de rassurer nos nombreux partenaires sur place».
Shapps a ajouté: «Ils [nos partenaires] l’ont demandé. Ils veulent que nous soyons présents. Ils veulent que nous les rassurions».
Ces derniers jours, l’action militaire dans le cadre de l’opération «Prosperity Guardian» s’est intensifiée. Le 31 décembre, des hélicoptères américains associés au groupe d’intervention du porte-avions Dwight D. Eisenhower ont tiré sur trois bateaux utilisés par des militants houthis en mer Rouge et les ont coulés. Leurs équipages auraient été tués lors de l’attaque. Un quatrième bateau a pris la fuite.
Le commandement central des États-Unis a déclaré avoir agi en état de «légitime défense» pour protéger un navire commercial, le Maersk Hangzhou, immatriculé à Singapour, exploité et détenu par une société danoise.
La veille, l’USS Gravely a abattu deux missiles balistiques qui, selon lui, avaient été lancés sur le Hangzhou depuis des zones contrôlées par les Houthis.
À la suite de ces actions, le ministre britannique des Affaires étrangères, David Cameron, a déclaré avoir informé le ministre iranien des Affaires étrangères que Téhéran «partage la responsabilité de la prévention de ces attaques, compte tenu de son soutien de longue date aux Houthis».
Les médias britanniques ont immédiatement réagi à l’intensification de l’offensive de Downing Street, avec des articles de la chaîne publique BBC et du Times qui en ont rajouté, ainsi qu’une tribune de Shapps dans le Telegraph avertissant l’Iran qu’une action militaire était en préparation.
Dans l’article «Le Royaume-Uni se prépare à attaquer les rebelles houthis avec les États-Unis» (UK preparing for attacks on Houthi rebels with the US), le Times rapporte que «l’armée britannique se prépare à lancer une vague de frappes aériennes contre les Houthis soutenus par l’Iran qui sèment le chaos dans la mer Rouge, ce qui ouvre la perspective d’une montée en flèche des tensions dans la région». Le journal cite Shapps qui a déclaré: «Si les Houthis continuent de menacer les vies et le commerce, nous serons contraints de prendre les mesures nécessaires et appropriées».
Le Times révèle que: «Selon ces plans, le Royaume-Uni se joindrait aux États-Unis et éventuellement à un autre pays européen pour lancer une salve de missiles contre des cibles planifiées à l’avance, soit en mer, soit au Yémen même, où les militants sont basés». Les «frappes coordonnées pourraient impliquer des avions de guerre de la RAF ou le HMS Diamond».
Les avions de guerre britanniques Typhoon stationnés à la base Akrotiri de la RAF à Chypre, et «effectuant actuellement des missions au-dessus de l’Irak et de la Syrie», pourraient être utilisés dans les attaques.
Les objectifs de guerre de plus en plus vastes de l’impérialisme britannique étant clairement exposés, le Times note que la mission au-dessus de l’Irak et de la Syrie s’est déjà «étendue à l’espionnage des milices soutenues par l’Iran qui feraient de la contrebande d’armes vers le Liban».
L’anéantissement de Gaza et l’expansion des opérations militaires des puissances impérialistes au Moyen-Orient ne sont que l’un des fronts d’un conflit mondial en développement. La guerre de l’OTAN contre la Russie en Ukraine, dans laquelle la Grande-Bretagne est impliquée jusqu’au cou en tant que provocateur en chef, a déjà fait des centaines de milliers de victimes.
Dans son commentaire au Telegraph, après avoir attiré l’attention sur la «première fois que notre marine a abattu une cible aérienne agressive depuis plus de 30 ans», Shapps a déclaré: «Une question plus large est également en jeu. Il s’agit d’un test pour la communauté internationale, notamment en ce qui concerne les voies navigables contestées ailleurs dans le monde».
Dans une mise en garde dirigée contre la Russie et la Chine, il a ajouté: «Si nous ne protégeons pas la mer Rouge, cela risque d’enhardir ceux qui cherchent à menacer ailleurs, notamment en mer de Chine méridionale et en Crimée». Shapps a conclu: «Comme le HMS Diamond l’a illustré au début du mois, nous sommes prêts à intervenir directement».
(Article paru en anglais le 3 janvier 2024)
