Le prix payé par les Israéliens pour l’assaut génocidaire du gouvernement Netanyahou sur Gaza est dissimulé afin de préserver le soutien de l’opinion publique au meurtre de masse et au nettoyage ethnique des Palestiniens.
Le nombre croissant de morts et de blessés graves dans les Forces de défense israéliennes (FDI) met en danger la confiance du public dans les objectifs militaires déclarés du gouvernement, à savoir l'éradication du Hamas, le retour des 140 otages restants et la fin définitive de toute menace pour la sécurité d'Israël.
La confiance de l’opinion publique dans le gouvernement israélien est déjà au plus bas. La colère est grande après que son affirmation qu’il n’était pas averti de l’attaque du Hamas le 7 octobre a été démasquée, et sur le fait que les militaires aient été retirés et que l’assaut des hélicoptères et chars israéliens contre les combattants du Hamas aient causé la mort de centaines de civils et soldats israéliens.
Lundi dernier, au moins 185 soldats israéliens avaient été tués depuis le début de l’invasion terrestre de Gaza le 27 octobre, dont neuf réservistes, des soldats du génie tués lorsqu’un char stationné à proximité a tiré des obus sur un bâtiment alors que ces soldats étaient en train d’assembler des explosifs pour démolir un tunnel. Cela représente déjà près de trois fois les 67 soldats tués au cours de l’assaut d’un mois sur Gaza en 2014, mais on pense de plus en plus que les morts de soldats israéliens sont sous-déclarées, étant donné la censure stricte du gouvernement sur les informations relatives aux pertes militaires, chaque communiqué de presse sur des soldats blessés devant être approuvé.
Le 18 novembre, alors que l’armée affirmait qu’un total de 60 soldats étaient morts à Gaza, David Oren Baruch, directeur du cimetière militaire israélien du Mont Herzl, à Jérusalem, a déclaré que 50 soldats israéliens y avaient été enterrés au cours des 48 heures précédentes: «Nous traversons actuellement une période où, toutes les heures, il y a un enterrement, toutes les heures et demie, un enterrement.
Renforçant les soupçons de sous-déclaration, les FDI ont d’abord refusé, contrairement aux guerres précédentes, de divulguer le nombre de soldats blessés. Ce n’est qu’en décembre, lorsque Haaretz a prévu de publier son rapport sur le nombre de soldats blessés, basé sur des sources hospitalières, que les choses ont changé. Haaretz faisait état d’un «écart considérable et inexpliqué entre les données communiquées par l’armée et celles provenant des hôpitaux», les données hospitalières montrant que le nombre de soldats blessés était «deux fois plus élevé que les chiffres de l’armée».
Le quotidien israélien Yedioth Ahronoth rapporte que «les chiffres cumulés depuis le 7 octobre sont astronomiques: Plus de 2.000 soldats, policiers et autres membres des forces de sécurité ont été officiellement reconnus comme handicapés.
Limor Luria, responsable du département de réhabilitation au ministère de la Défense, déclare: «Nous n’avons jamais vécu quelque chose de semblable. Plus de 58 pour cent des blessés que nous accueillons souffrent de graves blessures aux bras et aux jambes, y compris celles qui nécessitent une amputation. Environ 12 pour cent d’entre eux souffrent de lésions internes — rate, reins, déchirures d’organes internes — ainsi que de lésions à la tête et aux yeux. Il y a également des blessures à la tête et aux yeux».
Lundi, les FDI ont publié des données montrant que près de 13.000 soldats ont eu besoin d’un certain niveau de soins médicaux depuis le début de la guerre, dont 2.335 ont été transférés pour être soignés dans des hôpitaux, y compris 155 soldats ayant souffert des blessures aux yeux et 298 ayant subi des dommages à l’ouïe. Les données révèlent qu’environ 9.000 soldats ont reçu un traitement psychiatrique depuis le début de la guerre, près d’un quart d’entre eux n’étant pas en mesure de retourner au combat, et 275 soldats sont traités dans un centre de réadaptation pour des complications importantes liées à la santé mentale.
Les pertes quotidiennes sur le front s’inscrivent dans un contexte de dislocation économique et sociale croissante au sein même d’Israël.
La conscription massive de réservistes, qui représente près de 10 pour cent de la main-d’œuvre, a eu un impact sur les industries de haute technologie, les services publics et les petites entreprises familiales d’Israël, tandis que les déplacements et les répercussions de la guerre ont entraîné l’inactivité de près de 20 pour cent de la main-d’œuvre.
L’attaque du 7 octobre a entraîné l’évacuation massive des villes et villages du sud d’Israël, tandis que les combats dans le nord ont déplacé des dizaines de milliers de personnes supplémentaires, le Hezbollah libanais ayant forcé Israël à déplacer tous les civils de la zone frontalière. En conséquence, quelque 175.000 personnes vivent désormais dans des hôtels et des logements temporaires. Les écoles ont été fermées pendant des semaines, laissant les parents se démener pour faire garder leurs enfants, tandis que l’ouverture de la nouvelle année universitaire dans les universités a été reportée au 1er janvier.
Les champs de gaz israéliens en Méditerranée, fermés au début de la guerre, commencent à peine à fonctionner.
Le tourisme s’est pratiquement effondré, la vieille ville de Jérusalem étant dépourvue d’étrangers et les célébrations de Noël à Bethléem ayant été annulées. Le secteur de la construction, qui dépend des Palestiniens de Cisjordanie, est au point mort depuis qu’Israël a suspendu les permis de travail de plus de 100.000 Palestiniens après le 7 octobre.
Un sondage réalisé par le groupe caritatif Latet a révélé que 45 pour cent des Israéliens admettent qu’ils craignent que la guerre n’entraîne des difficultés économiques. Selon la Banque d’Israël, les retards de paiement des prêts hypothécaires ont augmenté de 20 pour cent depuis le début de la guerre.
Les citoyens palestiniens d’Israël ont été particulièrement touchés: leur taux de chômage a augmenté de 10 points de pourcentage, passant de 5 à 15 pour cent.
Selon Yedioth Ahronoth, le coût de la guerre d’Israël contre Gaza s’élève à 272 millions de dollars par jour et coûtera au moins 60 milliards de dollars, soit plus de 10 pour cent du PIB du pays, avant même qu’une guerre plus large avec le Hezbollah libanais ou l’Iran et la Syrie ne soit prise en compte. Le journal indique que «si l’on tient compte de tous les aspects de la guerre jusqu’à présent, le coût s’élève à environ 60 milliards de dollars. Cela comprend le budget même de la guerre ainsi que les différentes formes d’aide financière pour chaque civil qui a vu ses revenus diminuer à cause du conflit».
Il ajoute: «Le budget de l’État accuse un déficit de 30 milliards de dollars, qui nécessitera à la fois des coupes budgétaires et des hausses d’impôts pour un montant de plus de 18 milliards de dollars ; cela se ressentira fortement en termes de qualité de vie et de réduction des services pour l’ensemble de la population israélienne».
Tout cela a lieu alors que les recettes fiscales ont chuté et que la cote de crédit d’Israël est sur le point de s’effondrer. La Banque d’Israël a prévu des taux de croissance plus faibles, passant de 3 pour cent en 2023 à 1 pour cent en 2024, certains économistes prévoyant même une contraction.
L’annonce par les FDI de la réduction de leur campagne terrestre et aérienne à Gaza à «une phase plus ciblée» qui nécessitera moins de troupes au sol et sera menée par des brigades de l’armée régulière, est en partie une réponse à cette crise grandissante. Les réservistes qui servent près de la frontière avec le Liban seront également libérés et remplacés par des unités régulières.
Le porte-parole des FDI, Daniel Hagari, a déclaré que le retour de certains réservistes «dans leurs familles et à leur travail», au moins temporairement, «permettra de soulager considérablement l’économie». Les réservistes ayant été informés qu’ils devaient servir au moins un mois de plus dans le courant de l’année, il s’agit déjà de la charge la plus lourde depuis la guerre du Liban de 1982, alors même que Netanyahou prévient que l’offensive «n’est pas près d’être terminée». Samedi, il a encore déclaré: «La guerre durera encore de nombreux mois».
(Article paru d’abord en anglais le 12 janvier 2024)
