Le bombardement brutal de Gaza par Israël s’est poursuivi jeudi avec une série de frappes sur des immeubles d’habitation dans la ville de Rafah, à l’extrême sud, et ailleurs dans l’enclave, tuant des dizaines de civils. Le ministère de la santé de Gaza a fait état de 170 morts et de plus de 300 blessés en 24 heures, entre mercredi et jeudi.
La frappe la plus sanglante a été celle d’un immeuble habité de trois étages à Rafah, tuant 16 personnes. Selon Al-Jazeera, l’une des familles vivant là avait déménagé trois fois depuis le début de l’attaque génocidaire d’Israël, le 7 octobre. Outre les frappes aériennes, les Forces de défense israéliennes (FDI) ont indiqué que les troupes terrestres opéraient plus au sud de la bande de Gaza que jamais depuis le début du génocide.
La situation humanitaire continue de se détériorer. Des informations indiquent jeudi que l’hépatite C se propage parmi les enfants à Rafah. La population de la ville, qui était de 300.000 habitants avant l’assaut israélien, a été multipliée par quatre pour atteindre 1,2 million. Des dizaines de milliers de personnes s’entassent dans des tentes et sous des bâches improvisées en plastique, sous une pluie battante et dans le froid hivernal.
Lors d’une conférence de presse tenue jeudi, Francesca Albanese, rapporteure spéciale des Nations unies pour les territoires palestiniens, a accusé Israël d’avoir commis «un certain nombre d’actes tout à fait illégaux, tout à fait illicites». Elle a ajouté: «Ce qui s’est passé, c’est plus de 100 jours de bombardements incessants — les deux premières semaines avec 6.000 bombes par semaine, des bombes de 2.000 livres, dans des zones très densément peuplées».
La plupart des Palestiniens mouraient aujourd’hui non seulement à cause des bombes, mais encore «parce qu’il n’y a pas d’infrastructures suffisantes pour les soigner». Elle a ajouté: «Le nombre d’enfants amputés chaque jour est choquant, un ou deux membres. Au cours des deux premiers mois de cette guerre, 1.000 enfants ont été amputés sans anesthésie. C’est une monstruosité ».
Selon Sean Casey, responsable des urgences sanitaires pour l’Organisation mondiale de la Santé, le réseau de soins de santé de Gaza «s’effondre». Après une enquête de cinq semaines dans l’enclave, il a constaté, lors d’une conférence de presse tenue mercredi, que seuls 15 des 36 hôpitaux que Gaza avait avant la guerre fonctionnaient encore dans une certaine mesure. Toutefois, nombre de ces établissements étaient devenus des camps de réfugiés étendus où une poignée de personnels médicaux avait du mal à traiter les blessures avec peu de matériel.
Décrivant la scène à l’hôpital Al-Ahli dans le nord de Gaza, qui a été bombardé par Israël en octobre, faisant des centaines de morts, il a déclaré: «J’ai vu des patients qui étaient allongés sur des bancs d’église, attendant en fait de mourir, dans un hôpital qui n’avait pas de carburant, pas d’électricité, pas d’eau, très peu de fournitures médicales et juste une poignée de personnels restants pour s’occuper d’eux».
Des témoignages similaires ont été recueillis par le personnel de Médecins sans frontières (MSF) travaillant à l’hôpital Al-Nasser de Khan Younis, où les conditions se sont rapidement détériorées au cours de la période récente. «Il y a des populations qui se réfugient dans l’hôpital parce qu’elles ne se sentent pas en sécurité ailleurs. Et lorsque cette population ne se sent plus en sécurité dans l’hôpital, c’est pour nous un indicateur que la situation de l’hôpital devient intenable», explique Amber Alayyan, de MSF.
«Vous avez des patients qui sont opérés à même le sol», poursuit-elle. «Des patients dorment à même le sol. Il y a du personnel qui dort par terre parce qu’il préfère dormir à l’hôpital plutôt que de prendre le risque de faire des allers-retours jusqu’à son domicile, qui existe peut-être encore ou peut-être plus».
Mercredi, les FDI ont fait exploser le campus principal de l’université Israa, au sud de la ville de Gaza, la dernière université de l’enclave. Un rapport publié jeudi par le Hamas indique qu’Israël a détruit 390 établissements d’enseignement depuis le 7 octobre. Il décrit cette barbarie comme un exemple de «génocide et de nettoyage ethnique» de Gaza.
Le soutien inconditionnel apporté par l’impérialisme américain au gouvernement fasciste de Netanyahou permet à Israël de commettre ces crimes de guerre et bien d’autres encore en toute impunité. Les bombes de 2.000 livres dénoncées par Albanese dans ses remarques ont été fournies sans interruption par Washington depuis le début de l’assaut israélien. L’impérialisme américain s’est aussi systématiquement préparé à une guerre régionale plus large visant l’Iran, ce qu’il est en train de faire en bombardant des cibles houthies au Yémen, en alliance avec la Grande-Bretagne.
Jeudi dernier, le gouvernement Biden a annoncé une cinquième série de frappes contre le mouvement houthi, soutenu par l’Iran, qui a lancé des missiles contre la navigation commerciale en mer Rouge en soutien aux Palestiniens. La véritable raison de la guerre de Washington et de Londres est de consolider l’hégémonie impérialiste américaine sur le Moyen-Orient, riche en énergie, face à ses rivaux.
Les puissances impérialistes européennes, Allemagne en tête, préparent leur propre opération navale dans la région pour se joindre au conflit. La guerre au Moyen-Orient est l’un des fronts dans un nouveau partage du monde entre puissances impérialistes en train de se dérouler rapidement. Celles-ci sont déterminées à s’emparer des marchés, des matières premières et de l’influence géopolitique de leurs concurrents, avant tout la Chine et la Russie.
Enhardi par le soutien des puissances impérialistes, le gouvernement fasciste de Netanyahou déclare de plus en plus ouvertement ses intentions génocidaires. Lors d’une conférence de presse jeudi, le Premier ministre a fait l’une de ses déclarations les plus explicites à ce jour en faveur de la responsabilité permanente d’Israël en matière de sécurité à Gaza et en Cisjordanie, et de son opposition à la création d’un État palestinien.
Netanyahou a déclaré qu’une «condition vitale» de tout accord d’après-guerre était le maintien par Israël du «contrôle de la sécurité» sur tout le territoire situé à l’ouest du Jourdain, qui comprend Gaza, Israël et la Cisjordanie. «Quiconque parle du “jour après Netanyahou” parle essentiellement de la création d’un État palestinien avec l’Autorité palestinienne» a-t-il dit.
Dans des remarques faites plus tôt dans la journée au Forum économique mondial de Davos, le président israélien Isaac Herzog a souligné que le génocide israélien à Gaza faisait partie d’une guerre régionale soutenue par l’impérialisme contre Téhéran. Herzog a vitupéré contre un «empire du mal» émanant de l’Iran auquel devait s’affronter une «forte coalition» d’États. La population de Gaza était «retranchée dans un réseau de terreur» qui était financé par l’Iran, a poursuivi Herzog. Cette rhétorique s’inscrit dans le droit fil des déclarations de Netanyahou à sa conférence de presse, où il s’était engagé à poursuivre la guerre jusqu’à l’obtention d’une «victoire décisive».
Les FDI ont intensifié leurs frappes contre des cibles du Hezbollah dans le sud du Liban, utilisant notamment des obus au phosphore blanc lors d’une opération menée jeudi, selon les autorités libanaises. En Cisjordanie, les raids quotidiens ont fait plus de 350 victimes depuis le 7 octobre. Lors d’un raid à Tulkarem jeudi, les forces israéliennes ont tué huit personnes.
Le ministre fasciste de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, a déclaré dans un discours prononcé devant la police des frontières en Cisjordanie qu’elle devait abattre les «terroristes» même s’ils ne constituaient pas une menace, c’est-à-dire tuer des Palestiniens en masse. Pour tenter de sauver la face, il a ensuite publié une déclaration révisée, affirmant qu’il parlait de «terroristes armés».
Un rapport du Comité de protection des journalistes a inclus Israël dans sa liste des pires emprisonneurs de journalistes au monde pour la première fois, en raison de la détention de journalistes palestiniens sans procès pendant l’assaut de Gaza. Le nombre de 17 journalistes emprisonnés par Israël en décembre était comparable à celui de l’Iran, selon le rapport. Depuis, le nombre de détentions est passé à 19. À Gaza même, plus de 100 journalistes et professionnels des médias ont été tués par les frappes israéliennes. Le dernier exemple en date est celui de Wael Fannouneh, directeur du réseau de télévision Al-Quds Today, qui a trouvé la mort lors d’une frappe aérienne dans la ville de Gaza jeudi.
(Article paru d’abord en anglais le 19 janvier 2024)
