Dimanche, 150 000 personnes ont participé à 160 manifestations dans toute la France contre la loi sur l'immigration du président Emmanuel Macron. Cette loi fascisante est actuellement examinée par le Conseil constitutionnel, qui devrait rendre sa décision finale jeudi. Elle a été votée à l'Assemblée nationale par une alliance parlementaire entre le parti Renaissance de Macron, le parti Les Républicains et le Rassemblement national (RN) néofasciste de Marine Le Pen.
La lutte contre la loi de Macron sur l'immigration coïncide avec les manifestations internationales de masse contre le génocide du régime israélien soutenu par l'impérialisme à Gaza, ainsi qu'avec les grèves du rail, les manifestations antifascistes et les manifestations paysannes dans l'Allemagne voisine. Le programme d'extrême droite de guerre, d'austérité sociale et de chauvinisme anti-immigrés imposé par tous les gouvernements impérialistes se heurte à une opposition internationale croissante de la part de la classe ouvrière.
La loi Macron sur l'immigration restreint les prestations sociales pour les immigrés comme l'aide à la famille et au logement pendant les périodes de chômage. Le Parlement fixera des quotas d'immigration pour les trois prochaines années, déterminant combien de migrants seront autorisés à entrer sur le territoire chaque année. Bien que la suppression complète des soins de santé pour les ressortissants étrangers malades ait été retirée de la version finale du projet de loi, le gouvernement s'est engagé à réexaminer cette question plus tard dans l’année.
La loi restreint également la citoyenneté de naissance. Les personnes nées en France ne recevront plus automatiquement la nationalité française. Ils devront en faire la demande à l'âge de 16 ans. Les personnes reconnues coupables d'un crime avant l'âge de 16 ans ne pourront pas obtenir la nationalité française. Les conditions du regroupement familial ont également été renforcées, avec notamment l'obligation de prouver que l'on dispose de ressources financières suffisantes pour accueillir un conjoint.
Les journalistes du WSWS ont parlé à des manifestants lors du rassemblement à Paris, auquel ont participé Fabien Roussel, le dirigeant du Parti communiste français stalinien, Manon Aubry du parti France insoumise (LFI) de Jean-Luc Mélenchon, ainsi que de hauts responsables syndicaux.
Adama, travailleur sans-papiers et membre du syndicat CGT, a déclaré au WSWS: « Ce sont des idées de l’ancien Front national qui ont été reprises par Emmanuel Macron. La réalité, on la connaît tous. Sans les immigrants, le pays serait paralysé. Les migrants sont des travailleurs, ils cotisent dans toutes les caisses sociales, ils participent largement à la vie économique de ce pays ».
Adama a critiqué la tromperie politique de Macron, qui s'est engagé à s'opposer à l'extrême droite pour ensuite adopter une loi fascisante contre l'immigration. Il a déclaré: « Mais pour satisfaire l’extrême-droite, satisfaire les racistes, ceux qui veulent accéder au pouvoir coûte que coûte donnent des baffes tous les jours aux immigrants, à ceux qui travaillent, qui ne vivent pas d’aides. Moi je me réveille à 4h du matin pour travailler. Je participe à la vie économique du pays, et je suis lié à la France par l’histoire ».
Adama a également souligné sa solidarité avec le mouvement international contre la guerre et le génocide du régime israélien à Gaza: « Je suis solidaire envers tous les opprimés. Le peuple palestinien est opprimé. ... Je ne cautionne aucune violence. On peut gagner une guerre, mais on ne gagne jamais par la guerre ».
Le WSWS a également parlé à Martin, qui est médecin. Celui-ci explique: « Je suis venu aujourd’hui parce que je suis à la fois médecin et immigré, donc ça me concerne à double titre, d’abord à cause de mon histoire. Ensuite, enlever l’Aide médicale d’État ça me paraît vraiment quelque chose de très inhumain et de très contre-productif. C’est très mauvais pour la société, une décision comme cela. Même s’ils ont sorti l’AME de la loi, ils vont la faire plus tard, c’est une tactique politique. Mais médicalement c’est injustifié et dangereux ».
« C’est contraire aux règles médicales et à l’engagement des médecins et des soignants en général. Alors je pense qu’ils continueraient à les soigner, j’en suis sûr, mais avec quels moyens, là je ne sais pas ».
Il est important de noter que la manifestation d'hier a été boycottée par le Collectif des Sans-Papiers (CSP), qui avait organisé une manifestation contre la loi sur l'immigration de plus de 40 000 personnes dans toute la France le 14 janvier. Le collectif a critiqué le refus des responsables syndicaux de soutenir sa précédente manifestation et leur décision d'abandonner d'autres revendications relatives aux droits des travailleurs sans-papiers qu'il avait présentées lors de la manifestation précédente.
Dans sa déclaration annonçant le boycott, le CSP a attaqué les bureaucraties syndicales françaises qui ont appelé à la manifestation du 21 janvier: « là où il faut construire une unité de lutte, les initiateurs de l’appel du 21 ont semé les graines de la division avec celles et ceux qui se battent depuis des mois contre cette loi raciste.Pour nous, la lutte pour l’égalité des droits dans la société doit se traduire par l’égalité des droits dans l’organisation de la lutte elle-même ».
Il poursuit, « les manifestations du 14 janvier ont été initiées par les collectifs des Sans-papiers de région Parisienne et organisées avec 500 organisations dont beaucoup de structures locales. Les initiatives dans une trentaine de villes ont impliqué plus de 40 000 personnes. Ces manifestations du 14 ont montré qu’il existait une riposte unifiant les personnes sans-papiers et celles et ceux Françaises et immigrées qui ont des papiers ».
Le collectif a également soutenu les appels à une grève contre la loi prévue le 25 janvier et à une nouvelle série de manifestations, indépendantes des directions syndicales, le 3 février.
Le boycott du CSP est une première expression de l'opposition croissante de la classe ouvrière à l’incroyable trahison des bureaucraties syndicales et de leurs alliés politiques de la pseudo-gauche. Terrifiées par un mouvement menaçant leur propre place au sein de l'establishment dirigeant, ces forces ont trahi et stoppé les grèves de masse et les manifestations de l'an dernier contre les coupes extrêmement impopulaires des retraites menées par Macron. Ils ont également œuvré pendant des années pour étouffer l'opposition de la classe ouvrière en France aux mesures anti-immigration, comme la politique meurtrière de la Forteresse Europe de l'Union européenne, qui a conduit à la noyade de plus de 20 000 migrants dans la Méditerranée au cours de la dernière décennie.
La question décisive à laquelle sont confrontés les travailleurs en France, alors que des manifestations éclatent dans l'Allemagne voisine et dans le monde entier, est la construction d'un mouvement international de la classe ouvrière.
Les travailleurs et les jeunes immigrés ne peuvent pas surmonter dans le cadre national et sous le contrôle des bureaucraties syndicales nationales les menaces auxquelles ils sont confrontés. Ils doivent faire face à l'escalade des guerres impérialistes, à la militarisation de la société, à l'austérité sociale et aux politiques fascistes anti-immigrés qui sont coordonnées par les puissances impérialistes à travers l'Europe et au niveau international. Ces politiques ne peuvent être combattues qu'à l'échelle internationale, contre la classe capitaliste qui les impose. Dans cette lutte, les meilleurs alliés des immigrés sont leurs collègues travailleurs dans toute l'Europe et dans le monde.
La méfiance et l'opposition montantes aux bureaucraties parmi des couches de plus en plus larges de travailleurs et de jeunes soulignent le besoin urgent de construire des organisations de lutte de la base, des comités d'action responsables devant leurs membres et indépendants des exécutifs syndicaux. De telles organisations sont essentielles pour surmonter le sabotage des luttes ouvrières par la bureaucratie, unifier ces luttes au niveau international et préparer une lutte directe de la classe ouvrière internationale pour le pouvoir, le renversement du capitalisme et la construction du socialisme.
