L’installation d’Attal en tant que premier ministre français révèle la faillite de LFI

Les déclarations de LFI suite à la nomination de Gabriel Attal, ex-PS comme Premier ministre d’Emmanuel Macron constituent un aveu dévastateur de faillite politique.

Face à la guerre OTAN-Russie et à des tensions de classe explosives, Macron tente de détourner la colère sociale sur des lignes raciales et ethniques avec une loi d’extrême-droite sur l’immigration. Il a confié à Attal la mise en œuvre d’un programme fascisant de guerre impérialiste à l’extérieur et de guerre de classe à l’intérieur. C’est une crise mortelle du capitalisme à laquelle la classe ouvrière ne peut pas réagir par des bavardages parlementaires, mais en mobilisant toutes ses forces en lutte pour faire chuter Macron et les gouvernements impérialistes alliés au sein de l’OTAN.

LFI, par contre, défend l’illusion parlementaire face à la guerre et à la montée de l’extrême-droite. Elle refuse à appeler à mobiliser ses 8 millions d’électeurs de Jean-Luc Mélenchon en lutte, et confie l’organisation des luttes à des bureaucraties syndicales qui négocient avec Macron. Ils travaillent dans la continuité de l’Union de la gauche scellée entre le PS et l’appareil stalinien du PCF après la grève générale de mai 68, l’ancêtre du PS dont sont sortis Macron et Attal. En clair, ils étranglent politiquement les travailleurs et tentent de bloquer une lutte révolutionnaire.

Après la démission de la Première ministre d’Elisabeth Borne, Mathilde Panot, présidente du groupe LFI à l’Assemblée, a twitté: «Borne a démissionné, laissant derrière elle 23 49.3 et une démocratie salement amochée. Peu importe par qui le monarque la remplacera, nous exigeons un vote de confiance au Parlement ! C'est ce vote qui organise la vie politique dans le pays et à l'Assemblée entre la majorité qui soutient le gouvernement et l'opposition. Sans ce vote de confiance, nous déposerons une motion de censure.»

Le député LFI François Ruffin a réagi à l’arrivée au pouvoir d’Attal en appelant à retaper l’alliance de LFI avec le PS et le PCF, la NUPES. Il a déclaré: «L'alliance des droites est scellée. En face, l'union de la gauche, vite!»

Le commentaire du coordinateur de LFI, Manuel Bompard est le plus remarquable. Bompard a évoqué l’évolution vers l’extrême-droite du régime de Macron et affirmé qu’Attal «n’avait jamais été de la gauche même si ce dernier était encarté au Parti socialiste. Malheureusement, le Parti socialiste a enfanté un certain nombre d’horreurs, comme sans doute Gabriel Attal, et d’ailleurs Emmanuel Macron en fait partie.»

Cette critique cynique du PS soulève de vastes questions historiques et politiques, car ce ne sont pas seulement Attal et Macron qui sont sortis du PS, mais aussi Mélenchon et la plupart du reste de l’équipe de direction de LFI.

Face à l’horreur, à la guerre, et à la réaction sociale fascisante, la tâche des travailleurs n’est pas de pactiser avec le PS qui enfante ces horreurs. Il faut construire un mouvement indépendant parmi les travailleurs à la base pour briser l’obstacle posé à une lutte révolutionnaire par les bureaucraties staliniennes et sociale-démocrates. Comme lors de la fondation de la IVe Internationale en 1938, un an avant le début de la Deuxième Guerre mondiale, un sursaut politique et la construction d’une avant-garde révolutionnaire sont les tâches urgentes posées aux travailleurs à l’international.

LFI, par contre, s’adapte à l’horreur dans le cadre parlementaire national. Après que Mélenchon ait obtenu près de 8 millions de voix au premier tour de la présidentielle de 2022 auprès de jeunes et de travailleurs arrivant en tête dans 11 des 16 métropoles, il a mené une politique profondément cynique. Il s’est proposé de devenir le Premier ministre de Macron ou même de Le Pen pour mener leur politique. Puis il a formé l’alliance NUPES avec le PCF, et les écologistes d’EELV et le Parti socialiste qui, comme l’avoue Bompard, «a enfanté un certain nombre d’horreurs».

Hostile à une lutte révolutionnaire pour le pouvoir ouvrier et le socialisme, LFI veut bloquer toute lutte pour organiser la lutte des classes indépendamment des appareils syndicaux qui négocient avec Macron, et imposer une politique d’attentisme vis-à-vis des députés bourgeois.

Ceci souligne l’importance décisive de la lutte du Parti de l’égalité socialiste (PES), section française du Comité international de la IVe Internationale (CIQI), contre les tendances issues de l’Organisation communiste internationaliste (OCI), dont Mélenchon est un ex-membre.

Seul le PES continue l’opposition trotskyste aux appareils staliniens et social-démocrates menée par le CIQI et sa scission en 1953 avec la tendance pro-stalinienne qui avait émergé dans la IVe Internationale sous la direction de Michel Pablo et Ernest Mandel. Entre 1953 et 1971, l’OCI avait été la section française du CIQI. Mais l’OCI a fait scission avec le CIQI en 1971 pour participer à la construction du PS et soutenir l’Union de la gauche PS-PCF.

Avant la scission de 1971, l’OCI avait été fortement influencée par une pression centriste donnant la priorité aux gains organisationnels, en particulier dans le travail syndical, au détriment de la lutte contre le révisionnisme et de la clarification des questions politiques et historiques par le CIQI. Elle a lancé un travail avec Voix ouvrière (aujourd’hui Lutte ouvrère, LO) pendant la guerre d’Algérie et repris l’argument de LO selon lequel la IVe Internationale aurait été détruite.

En 1971, dans la foulée de la grève générale de Mai 68, l’OCI a ainsi rejeté le trotskysme pour s’allier aux appareils sociaux-démocrates et staliniens et participer à la construction du PS. De nombreux membres de l’OCI ont occupé par la suite des postes de direction au sein du PS lorsque celui-ci dirigera l’État capitaliste français, dont le futur premier ministre Lionel Jospin.

Mélenchon a rejoint d’abord l’OCI, à l’époque de sa scission avec le CIQI, puis le PS en 1976 et de devenir sénateur puis ministre capitaliste. Sous la présidence de François Mitterrand, un ex-collaborationniste, le PS a instauré un plan de rigueur contre la classe ouvrière en 1982 et participé, quelques mois avant la dissolution de l’URSS par le régime stalinien en 1991, à la guerre du Golfe en Irak.

Depuis 1991, les attaques contre la classe ouvrière et les droits démocratiques, ainsi que les interventions militaires se sont multipliées sous les gouvernements PS de Jospin et puis de François Hollande, et à présent des ex-PS Macron et Attal. L’hostilité envers le socialisme et les sympathies fascisantes des forces dirigeantes au sein du PS sont bien connues. Alors qu’il imposait un état d’urgence en 2015, Hollande a tenté d’inscrire dans la constitution la déchéance de la nationalité, le principe criminel qui servit à justifier la déportation et l’extermination des Juifs.

Le contexte actuel de début d’une Troisième Guerre mondiale en Europe, de génocide à Gaza et de consolidation d’un pouvoir d’extrême-droite démontre la faillite historique du capitalisme. Mais Mélenchon, sorti du PS en 2009 pour lancer ce qui allait devenir LFI, ne dirige pas un mouvement révolutionnaire, mais un mouvement des classes moyennes en soutien aux bureaucraties. Malgré l’évolution extrême-droitière de Macron, LFI ne propose aux travailleurs que de rester dans le cadre bourgeois du parlementarisme et du dialogue social, et donc de l’ordre existant.

Le PES défend l’opposition révolutionnaire du CIQI au capitalisme et aux appareils syndicaux et politiques qui subordonnent les travailleurs au capitalisme en perdition. Il appelle à la construction d’organisations de la base sur les lieux de travail, et la préparation internationale d’une lutte ouvrière pour le pouvoir. Face à la montée de la guerre mondiale et de l’extrême-droite, mais aussi à la pseudo-gauche, il met en avant la lutte de la IVe Internationale à sa fondation, pour que la Résistance ouvrière au nazisme devienne une lutte pour le pouvoir et pour le socialisme.

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