L'activité diplomatique intense de ces dix derniers jours démontre que le gouvernement libéral soutenu par les syndicats et dirigé par le Premier ministre Justin Trudeau soutient pleinement l'attaque imminente du gouvernement israélien d'extrême droite contre Rafah. Une série de réunions impliquant Trudeau et la ministre des Affaires étrangères Mélanie Jolie a suivi les déclarations de l'administration Biden aux États-Unis, qui a donné au régime de Netanyahou le feu vert pour passer à l'étape suivante de son génocide contre les Palestiniens de la bande de Gaza.
Vendredi, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou a annoncé qu'il avait approuvé un assaut sur Rafah, la ville du sud où s'entassent plus de 1,4 million de réfugiés après la décimation du reste de l'étroite bande de terre par les bombes fournies par les États-Unis.
Une semaine plus tôt, le 8 mars, Trudeau s'est entretenu avec le ministre israélien de la Guerre, Benny Gantz, au cours duquel les deux hommes ont passé en revue les plans de guerre pour Gaza ainsi que les tensions croissantes en Cisjordanie. Selon un communiqué de presse, les deux hommes ont exigé «la libération immédiate de tous les otages restants et ont demandé à la communauté internationale de continuer à faire pression pour obtenir leur libération». En d'autres termes, au nom de la «pression» exercée pour la libération des otages, la «communauté internationale» devrait continuer à fournir à Israël les moyens de pilonner Gaza depuis l'air, la mer et la terre.
Trudeau a fait suivre cette déclaration en faveur de la guerre et du génocide d'un appel insincère au belliciste Gantz, qui a menacé de transformer le Sud-Liban en un terrain vague comme Gaza, pour qu'il permette à l'aide humanitaire d'atteindre les civils. Il a également fait part de son «inquiétude» pour les civils de Rafah. Cette prétendue préoccupation pour les civils n'est que pour les apparences. Le gouvernement de Trudeau a été confronté à des protestations soutenues de la part de travailleurs et de jeunes opposés au génocide.
Avant son entretien avec Trudeau, Gantz s'est rendu à Washington DC pour des consultations avec la vice-présidente Kamala Harris, le conseiller à la sécurité nationale Jake Sullivan et le secrétaire d'État Antony Blinken sur la meilleure façon de procéder à l’attaque.
Pendant ce temps, la ministre des Affaires étrangères, Mélanie Joly, a effectué une tournée d'une semaine, du 6 au 13 mars, au Moyen-Orient pour discuter de la guerre et de ce que son bureau a décrit comme des «voies vers une paix durable». Joly a rencontré ses homologues en Arabie saoudite, au Koweït et aux Émirats arabes unis avant de se rendre en Israël, à Jérusalem et en Cisjordanie, dans le cadre de ce que Politico a qualifié de «visite mystère», puisqu'elle n'a fait aucune déclaration publique. Peu de détails ont filtré sur le contenu des discussions.
Il est évident que l'ouverture de la voie à l'escalade du génocide israélien à Gaza était le principal point à l'ordre du jour.
Selon un compte rendu de sa réunion du 10 mars avec le ministre israélien des Affaires étrangères, Katz, Joly a confirmé le «droit d'Israël à se défendre» après la mort de plus de 30.000 civils palestiniens au cours des cinq derniers mois. Dans le même temps, elle a lancé un appel pour que davantage d'aide soit autorisée à entrer dans la bande de Gaza par les points de passage terrestres et par le port maritime que les États-Unis sont en train de construire juste au large de la côte. La déclaration rappelle que Joly «a réaffirmé l'engagement du Canada en faveur de la sécurité d'Israël et d'une paix globale, juste et durable au Moyen-Orient par le biais d'une solution à deux États».
Le 11 mars, Joly a annoncé sur Twitter/X que le Canada fournirait 1 million de dollars pour soutenir les prétendues victimes de violences sexuelles lors de l'attaque du Hamas du 7 octobre, une allégation cynique déployée par le gouvernement israélien et les groupes qui lui sont liés afin de susciter un soutien au génocide parmi la classe moyenne obsédée par les politiques identitaires dans les centres impérialistes. Joly a également offert le soutien de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) dans l'enquête sur les crimes présumés du Hamas.
Le jeudi 14 mars, Joly a serré la main du dirigeant de l'Autorité palestinienne (AP), Mahmoud Abbas. Israël et ses soutiens impérialistes aux États-Unis et au Canada espèrent soutenir l'impopulaire Abbas et l'AP pour qu'ils supervisent ce qui restera de Gaza après l'assaut actuel.
Le gouvernement Trudeau et ses alliés du Nouveau Parti démocratique (NPD) appuient pleinement le génocide depuis son lancement en octobre. Cela s'est traduit par des déclarations répétées de soutien au «droit» d'Israël de massacrer des hommes, des femmes et des enfants sans défense, par le refus d'aider les Palestiniens désespérés qui cherchent à faire venir au Canada des membres de leur famille vivant à Gaza, et par des campagnes de diffamation agressives contre les opposants au génocide de Gaza. En janvier, Trudeau a dénoncé la plainte déposée par l'Afrique du Sud auprès de la Cour internationale de justice, accusant Israël de génocide à Gaza.
En février, des informations communiquées à The Maple par Affaires mondiales Canada, le ministère des Affaires étrangères du pays, ont révélé que le gouvernement Trudeau avait approuvé des licences d'exportation pour une aide militaire de 28,5 millions de dollars à Israël au cours des deux premiers mois de son assaut sur Gaza. Ce chiffre est supérieur au record annuel enregistré au cours des 30 dernières années pour les exportations militaires canadiennes vers Israël, qui s'élevait à 26 millions de dollars en 2021.
L'impérialisme canadien soutient depuis longtemps le régime sioniste, qui a étendu les colonies illégales sur le territoire palestinien et maintenu un régime d'apartheid et une occupation militaire pour réprimer le peuple palestinien. Ottawa a voté à plusieurs reprises avec les États-Unis contre les résolutions de l'ONU condamnant les violations du droit international et les crimes de guerre commis par Israël. Lorsque le président américain de l'époque, Donald Trump, a reconnu de manière provocante la ville divisée de Jérusalem comme capitale d'Israël, Trudeau a refusé de condamner cette action, lui donnant ainsi l'approbation tacite de son gouvernement.
Plusieurs médias ont rapporté à la fin de la semaine dernière qu'Ottawa «faisait traîner» une demande récente d'Israël concernant plusieurs dizaines de véhicules blindés et une «aide non létale», notamment des lunettes de vision nocturne, pour des raisons humanitaires.
Le Toronto Star et la CBC ont rapporté, sur la base de sources anonymes, que les permis d'exportation pour l'aide non létale à Israël ont été bloqués pendant deux mois. Toutefois, une déclaration d'Affaires mondiales Canada a affirmé que les permis continuaient d'être examinés «au cas par cas».
Ces informations contradictoires font suite à une plainte déposée au début du mois devant un tribunal fédéral par des militants et des avocats pro-palestiniens demandant l'interdiction de toute aide non létale à Israël. Le Canada a été accusé à plusieurs reprises de dissimuler des livraisons d'armes et des exportations d'équipements militaires au moyen de permis rédigés en termes vagues qui rendent presque impossible l'identification de ce que le gouvernement a approuvé pour l'exportation.
Le NPD s'est également associé aux demandes voulant que le gouvernement Trudeau interdise les exportations d'armes vers Israël. Comme l'a déclaré jeudi Heather McPherson, porte-parole pour les Affaires étrangères, «avec plus de 30.000 Palestiniens tués à Gaza, le ministre est obligé de refuser les permis d'exportation d'équipements et de technologies militaires lorsqu'il existe un risque substantiel de violation des droits de l'homme, comme c'est le cas avec les bombardements horribles et l'offensive terrestre de Netanyahou».
Il s'agit de paroles en l'air visant à désorienter les forces politiquement inexpérimentées qui ont participé aux manifestations de plusieurs mois contre le génocide à travers le Canada. Le parti de McPherson veille à ce que le gouvernement libéral minoritaire dispose d'une majorité au parlement et puisse rester au pouvoir. Il n'a pas sourcillé lorsque le Canada a soutenu fermement le régime d'extrême droite de Netanyahou au fil des ans. Depuis le début de l'assaut meurtrier d'Israël, le NPD a été en première ligne pour intimider les opposants au génocide, y compris dans ses propres rangs. Sarah Jama, membre de la législature de l'Ontario, a été expulsée du caucus législatif du parti après avoir déclaré sa solidarité avec les Palestiniens et décrit Israël comme un «État d'apartheid», une désignation soutenue par les Nations unies et d'innombrables organisations d'aide.
Le NPD et McPherson en particulier ont également joué un rôle majeur dans la résurgence du militarisme canadien au cours des dernières années. McPherson s'est imposée comme l'une des figures de proue du NPD soutenant la guerre menée par les États-Unis et l'OTAN contre la Russie en Ukraine, notamment en se faisant la championne des exportations militaires canadiennes. Son parti a également soutenu une motion, présentée par les conservateurs de la droite dure à la Chambre des communes en 2021, condamnant la Chine pour «génocide» contre sa minorité ouïghoure, sur la base de preuves fabriquées par des groupes d'exilés ayant des liens avec le département d'État américain.
(Article paru en anglais le 18 mars 2024)
