La menace d’une guerre au Moyen-Orient se concrétise

Israël tue un responsable du Hamas au Liban et les États-Unis lèvent l’interdiction de ventes d’armes à l’Arabie saoudite

Le danger d’une guerre régionale au Moyen-Orient continue de planer, provoqué par les actions agressives d’Israël et de son allié impérialiste américain. Vendredi, les forces de défense israéliennes ont procédé à l’assassinat ciblé d’un responsable du Hamas au fin fond du Liban, tandis qu’un reportage de Reuters révélait que Washington allait lever une interdiction de trois ans sur la vente d’armes offensives à l’Arabie saoudite.

La frappe israélienne sur une voiture a tué Samer al-Hajj et deux civils près de la ville libanaise de Sidon. Assed Baig d’Al Jazeera, en reportage dans le sud du Liban, a commenté l’événement:

L’assassinat d’un autre haut responsable du Hamas vient démontrer l’hypocrisie du gouvernement d’extrême droite de Netanyahou qui prétend vouloir négocier un cessez-le-feu avec le Hamas, sans parler des déclarations de ses soutiens impérialistes en faveur d’un cessez-le-feu. Cela intervient moins de deux semaines après l’assassinat du chef du Hamas, Ismail Haniyeh, à Téhéran, soulignant la politique délibérée d’Israël consistant à éliminer systématiquement les dirigeants de l’organisation avec laquelle il est censé négocier.

Washington et les capitales impérialistes européennes n’ont pas condamné les assassinats commis par Israël. En revanche, elles ont à plusieurs reprises menacé l’Iran de conséquences en cas de représailles à la suite de l’acte d’agression provocateur d’Israël, qui a tué Haniyeh alors qu’il assistait à l’investiture du président iranien Masoud Pezeshkian.

Ce silence sur les crimes du régime israélien est conforme au soutien sans faille de l’impérialisme américain au génocide des Palestiniens de Gaza. Le régime sioniste continue de bombarder quotidiennement l’enclave, ayant tué deux journalistes de plus vendredi.

Les FDI ont également annoncé une nouvelle offensive majeure à Khan Younis vendredi. Selon l’Agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens, quelque 70.000 personnes ont reçu l’ordre de fuir par les FDI. Mais comme l’infrastructure civile de Gaza est en ruine et que l’aide est limitée par Israël à des niveaux de famine, ces personnes désespérées n’ont nulle part où aller.

Soulignant la complicité de Washington dans les crimes de guerre d’Israël, le département d’État a confirmé qu’aucune sanction ne serait prise à l’encontre de l’unité Netzah Yehuda de l’armée israélienne, qui est devenue tristement célèbre en raison des violations flagrantes des droits de l’homme perpétrées par ses membres, majoritairement d’extrême droite, en Cisjordanie. L’un parmi les cas les plus connus dans lequel l’unité a été impliquée est l’assassinat, en 2022, d’un Palestinien de 80 ans de nationalité américaine, qui a été menotté et bâillonné par des membres de Netzah Yehuda avant d’être laissé pour mort dans un stationnement.

Entre-temps, une vidéo a confirmé qu’un groupe de soldats israéliens a commis un viol collectif sur une prisonnière palestinienne dans le tristement célèbre centre de détention de Sde Teiman. Sur les dix soldats arrêtés à la suite de cet incident, cinq ont déjà été relâchés.

Réagissant à la vidéo, le ministre des Finances de l’extrême droite, Bezalil Smotrich, a exigé une «enquête criminelle» pour déterminer qui a enregistré la vidéo, qui, selon lui, a causé «un énorme préjudice à Israël dans le monde». Le recours systématique à la torture et les horribles sévices infligés aux prisonniers ont été documentés dans un rapport publié cette semaine et intitulé «Bienvenue en enfer» par le groupe israélien de défense des droits B’Tselem.

Face à cette barbarie persistante, Washington a publié une déclaration commune avec l’Égypte et le Qatar, qui ont servi de médiateurs lors des précédents cycles de négociations, appelant à la reprise des négociations sur le cessez-le-feu le 15 août au Caire. Netanyahou a indiqué qu’une délégation israélienne se rendrait dans la capitale égyptienne.

Malgré ses récentes déclarations publiques, Washington est l’acteur le plus provocateur qui pousse l’ensemble du Moyen-Orient vers un conflit catastrophique. Son soutien au génocide a été dès le départ lié à des plans de guerre de longue date avec l’Iran, que l’impérialisme américain considère comme essentiel pour consolider son hégémonie sur cette région riche en énergie et stratégiquement importante. L’impérialisme américain a profité de l’assassinat de Haniyeh pour légitimer l’envoi de navires de guerre et d’avions de combat supplémentaires dans la région.

Le gouvernement Biden a confirmé vendredi qu’il débloquerait 3,5 milliards de dollars pour permettre à Israël d’acheter des armes fabriquées aux États-Unis, sur les 14,1 milliards de dollars de financement supplémentaire approuvés par le Congrès en avril. L’annonce par Washington de son intention de reprendre la vente d’armes offensives au régime monarchique absolutiste de Riyad dès la semaine prochaine marque une nouvelle étape dans la préparation d’une guerre totale avec l’Iran.

Depuis longtemps, le rival régional de Téhéran, l’Arabie saoudite a été cultivée par les gouvernements américains successifs en tant qu’alliée d’Israël dans une alliance anti-iranienne dirigée par les États-Unis. L’année dernière, des inquiétudes ont été exprimées dans les milieux de la politique étrangère américaine lorsque la Chine a négocié un accord entre Riyad et Téhéran visant à apaiser les tensions après que les rivaux régionaux eurent soutenu des camps opposés dans les guerres au Yémen et en Syrie.

Washington considère que les préparatifs de guerre avec l’Iran sont intimement liés aux autres fronts du conflit mondial dans lequel il est engagé dans le but d’assujettir ses rivaux en Europe et en Asie-Pacifique. Cette troisième guerre mondiale, qui s’intensifie rapidement, trouve son origine dans le capitalisme en crise, qui pousse les grandes puissances à s’engager dans une nouvelle partition du globe pour garantir leurs intérêts économiques et géostratégiques. En Ukraine, l’OTAN apparaît de plus en plus clairement comme une partie directe au conflit, comme l’a montré la semaine dernière l’utilisation d’équipements militaires de l’OTAN par le régime d’extrême droite de Kiev pour lancer une attaque sur le territoire russe.

Réagissant à un rapport selon lequel des militaires russes se trouvaient en Iran pour recevoir une formation sur les missiles balistiques de courte portée Fath-360, un porte-parole du Conseil de sécurité nationale de la Maison-Blanche a menacé Téhéran en avertissant que les États-Unis et l’OTAN «sont prêts à apporter une réponse rapide et sévère si l’Iran devait aller de l’avant avec de tels transferts». Reuters a rapporté que les deux pays ont signé un accord pour les missiles de fabrication iranienne, qui ont une portée de 125 kilomètres, en décembre dernier.

Reconnaissant à quel point la région est proche d’une guerre totale, le régime bourgeois clérical iranien serait divisé sur la manière de répondre à l’assassinat de Haniyeh. Bien que l’assassinat visé ait été une humiliation pour les autorités iraniennes qui les oblige pratiquement à réagir, Pezeshkian tente de convaincre le corps des gardiens de la révolution iranienne de ne pas lancer de frappe directe sur Israël, de peur que cela ne déclenche une guerre. Selon le quotidien britannique Daily Telegraph, Pezeshkian préférerait plutôt frapper les bases d’espionnage du Mossad dans l’Azerbaïdjan ou l’Irak voisins. Les principaux responsables du CGRI sont favorables à l’idée de frapper des installations militaires à Tel-Aviv et dans d’autres villes israéliennes, en alliance avec le Hezbollah.

Selon l’agence de presse iranienne Tasneem, le commandant adjoint du CGRI, Ali Fadavi, a déclaré:

Le guide suprême Ali Khamenei a le pouvoir de déterminer la réaction de l'Iran, y compris en annulant la décision de Pezeshkian.

Quelles que soient les intentions immédiates du régime de Téhéran, les tensions dans la région sont déjà si fortes que toute action pourrait plonger le Moyen-Orient dans un bain de sang. En avril, Israël et Téhéran ont créé un précédent en s’attaquant directement l’un l’autre. Après qu’Israël a bombardé le consulat iranien de Damas, tuant sept membres importants du CGRI, l’Iran a réagi en lançant des centaines de drones en direction d’Israël. L’attaque a été annoncée plusieurs heures à l’avance, ce qui a incité les États-Unis et leurs alliés régionaux à se mobiliser pour intercepter la plupart des aéronefs attaquants.

C’est à la classe ouvrière internationale qu’incombe la tâche urgente d’empêcher une guerre totale au Moyen-Orient. L’opposition de masse au génocide des Palestiniens par Israël soutenu par l’impérialisme, exprimée lors des manifestations organisées dans le monde entier au cours des dix derniers mois, doit se transformer en un mouvement conscient visant à arrêter la guerre impérialiste en luttant pour le socialisme.

(Article paru en anglais le 9 août 2024)

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