Les puissances impérialistes restent silencieuses alors que les ministres et les politiciens israéliens banalisent la torture, l’abus et le viol des prisonniers palestiniens

Les ministres et les législateurs des partis du gouvernement de coalition fascisante du Premier ministre Benyamin Netanyahou ont pris la défense des soldats qui avaient violé un Palestinien au centre de détention de Sde Teiman dans le Néguev, lorsque l’affaire est devenue publique grâce à une vidéo.

Ils ont soutenu une foule furieuse d'extrême droite qui s'était rendue au centre de détention pour affronter l'armée et empêcher l'arrestation des militaires accusés. La police est restée les bras croisés pendant que la foule faisait irruption à Sde Teiman, puis à Beit Lid, sans arrêter personne. Cela a incité le ministre de la Défense Yoav Gallant à demander une enquête pour déterminer si le ministre de la Sécurité nationale et chef du parti Pouvoir juif, Itamar Ben-Gvir, avait ordonné à la police de se retirer.

Des soldats israéliens se rassemblent à l'entrée de la base militaire de Sde Teiman pour protester en soutien aux soldats interrogés pour mauvais traitements infligés aux détenus, le 29 juillet 2024 [AP Photo/Tsafrir Abayov]

La vidéo, vérifiée par le Daily Telegraph britannique, montre un prisonnier palestinien emmené contre un mur avant d'être violé collectivement par des soldats réservistes qui dissumulaient leurs visages. Le prisonnier avait été violé si severement qu'il a dû être transféré dans un hôpital de Beer Sheva pour y être soigné suite à de graves blessures à l'anus, une rupture de l'intestin, des lésions aux poumons et des côtes cassées qui l'ont empêché de marcher.

La vidéo fait partie des preuves qui s’accumulent d’abus sexuels et de torture sur des prisonniers palestiniens. « Bienvenue en enfer » : Le système pénitentiaire israélien en tant que réseau de camps de torture, publié par B'Tselem, le groupe israélien de défense des droits de l'homme, a cité les témoignages choquants de 55 Palestiniens libérés des prisons et centres de détention israéliens qui dénotaient une politique systémique d'abus et de torture des milliers de détenus palestiniens sous la direction du fasciste Ben-Gvir.

De plus, parmi au moins 60 prisonniers palestiniens décédés, les morts résultaient de mauvais traitements, d'abus et du refus de soins médicaux de la part de leurs geôliers israéliens, des crimes au regard du droit international humanitaire.

Le rapport de B'Tselem a été étayé par une enquête distincte menée par The Guardian et par un rapport de 23 pages publié en juillet par le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme (HCR), soulignant « le recours accru à la torture » par Israël contre les prisonniers palestiniens depuis le 7 octobre. L'armée israélienne a refusé au Comité international de la Croix-Rouge et à d'autres organisations l'accès au camp de détention de Sde Teiman.

Les abus sont si horribles qu'en juin, la Haute Cour israélienne a demandé aux autorités de fermer le camp de détention de Sde Teiman et de transférer les prisonniers palestiniens vers d'autres établissements. Environ 9 623 personnes sont détenues sans droits et généralement sans inculpation dans les installations militaires et les prisons israéliennes.

En Israël, le ministre des Finances et chef du Parti sioniste religieux, Bezalel Smotrich, a condamné les personnes responsables de la diffusion de la vidéo ! Dans un tweet sur X, il a appelé à une « enquête criminelle immédiate pour localiser les dénonciateurs de la vidéo tendance qui visait à nuire aux réservistes et qui a causé d’énormes dommages à Israël ».

Après l’arrestation des soldats le 29 juillet, Ben-Gvir a déclaré aux médias israéliens qu’il était « honteux » pour Israël d’arrêter « nos meilleurs héros ». Il a ajouté : « Je recommande que le ministre de la Défense, le chef d’état-major [des Forces de défense israéliennes – FDI] et les autorités militaires soutiennent les combattants et apprennent de l’administration pénitentiaire. Les camps d’été et la patience envers les terroristes sont terminés. Les combattants devraient bénéficier d’un soutien total. » Il a ensuite publié un message vidéo déclarant : « Les soldats des FDI méritent le respect » et ne devraient pas être traités comme des criminels.

Ben-Gvir, qui préside la police et le service pénitentiaire, a insisté sur le fait que tout crime est permis s'il sert à la sécurité de l'État. En juin, il a publié une vidéo exigeant que « les prisonniers reçoivent une balle dans la tête au lieu de nourriture ». Il a déclaré : « Il est regrettable que j’ aie dû m’occuper ces derniers jours de savoir si les prisonniers palestiniens devaient recevoir des paniers de fruits », et a souligné son soutien à un projet de loi proposé par son parti Pouvoir Juif, qui appelle à l’exécution des prisonniers palestiniens. Il a déclaré : « D’ici là, nous leur donnerons le minimum de nourriture pour survivre. Ça ne m’intéresse pas. »

Le ministre de l’Energie et membre du Likoud, Eli Cohen, a soutenu les « réservistes qui accomplissent un travail sacré et montent la garde contre les méprisables terroristes du Hamas », ajoutant : « Nous devrions tous les donner l’accolade et les saluer, et certainement pas les interroger et les humilier. »

Hanoch Milwidsky, du parti Likoud de Netanyahou, a déclaré : « S'il est un Nukhba [membre du Hamas], tout est légitime. Tout! » Tally Gotliv, du Likoud, a déclaré aux émeutiers d'extrême droite qui protestaient contre l'arrestation des soldats que les troupes israéliennes méritaient une immunité totale, quelles que soient leurs actions.

La chaîne TV de droite Chaîne 14 a publié un avis médical du professeur Alon Pikarsky, affirmant lors d'une audience à huis clos au tribunal militaire de Beit Lid que le prisonnier palestinien s'était auto-violé.

Cela fait suite à des années au cours desquelles les dirigeants d’extrême droite n’ont perdu aucune occasion d’appeler au « transfert de population », c’est-à-dire au nettoyage ethnique de la population palestinienne, et d’inciter à la violence publique contre les Palestiniens. En janvier, le nombre de déclarations et de documents de dirigeants israéliens, de ministres de guerre, d'officiers supérieurs de l'armée et de personnalités publiques exposant l'intention de l'État de commettre un génocide et de détruire Gaza, rassemblés dans une base de données de Loi pour la Palestine , avait atteint plus de 500.

Ben-Gvir et Smotrich se sont opposés avec véhémence à tout cessez-le-feu avec le Hamas visant à libérer les otages, dont la plupart sont maintenant présumés morts, affirmant que cela équivaudrait à une capitulation d'Israël, et menaçant de quitter la coalition de Netanyahou s'il acceptait un accord.

La nature fascisante du gouvernement israélien découle inexorablement du caractère raciste et nationaliste xénophobe du projet sioniste, en particulier après la guerre de 1967 qui a confirmé l’État israélien comme une entité expansionniste déterminée à transformer les Palestiniens en réfugiés permanents. Quelques semaines après la guerre, le gouvernement d'unité nationale dirigé par les travaillistes a établi des colonies dans ses territoires nouvellement conquis, au mépris du droit international, façonnant ainsi la physionomie politique, idéologique et sociale d'Israël pour les décennies à venir. Cela a suscité une nouvelle vague d'immigrants qui se sont installés dans les territoires occupés.

Ces colonies sont devenues un pôle d’attraction pour les fondamentalistes religieux de droite qui ont fondé le mouvement de colons et adopté des tactiques de justiciers pour intimider les Palestiniens et les chasser de leurs terres. Ces forces ont joué un rôle important dans l’orientation de la politique israélienne vers la droite et ont fourni une base politique non seulement pour la lutte contre les Palestiniens, mais aussi contre les Juifs laïcs à l’esprit libéral.

Ce virage à droite n’est pas propre à Israël. En effet, s’il y a eu si peu de reportages sur ce qui est désormais devenu une pratique courante – la torture et les mauvais traitements infligés aux Palestiniens détenus en Israël – dans les médias américains et internationaux, et encore moins de commentaires, c’est parce que cela correspond au virage à droite à la fois dans la politique intérieure et étrangère des régimes bourgeois du monde entier, qui est enracinée dans l’effondrement du système impérialiste mondial et du système des États-nations.

Les États-Unis et leurs alliés européens, qui ne manquent jamais une occasion de condamner les crimes, réels ou imaginaires, commis par leurs ennemis – l’Iran, la Russie et la Chine – sont restés pratiquement silencieux face aux commentaires fascistes de Ben-Gvir et de Smotrich. Comme les ministres, les hommes politiques et les médias israéliens, ils soutiennent une telle criminalité lorsqu'elle sert leurs intérêts prédateurs. En effet, la pratique américaine, sous les administrations républicaine et démocrate, à Guantanamo Bay, à Cuba, et dans la prison d’Abu Ghraib en Irak, a fourni le modèle à suivre pour son chien d’attaque au Moyen-Orient.

Le législateur israélien d'extrême droite et chef du parti « Pouvoir juif », Itamar Ben-Gvir, gesticule après les premiers résultats des élections législatives israéliennes au siège de son parti à Jérusalem. 2 novembre 2022. [AP Photo/Oren Ziv]

L’invasion et l’occupation de l’Irak par les États-Unis en 2003 ont démontré qu’une nouvelle ère de militarisme, d’aventures coloniales et d’oppression à l’étranger, ainsi qu’un assaut brutal contre les droits démocratiques de la classe ouvrière dans le pays, avait commencé.

Lorsqu'on leur a présenté les preuves des mauvais traitements et de la torture des prisonniers à Sde Teiman, les responsables américains ont simplement appelé l'armée israélienne à enquêter, ignorant le fait que les soldats à Gaza pillent, vandalisent, tirent et tuent en toute impunité. Le président américain Joe Biden et sa vice-présidente Kamala Harris, désormais candidate du Parti démocrate à la présidence, le Premier ministre britannique Sir Keir Starmer, le président français Emanuel Macron et le chancelier allemand Olaf Scholz ont gardé le silence.

Les gouvernements du monde entier cherchent plutôt à délégitimer l’opposition aux crimes de guerre de l’État sioniste qu’ils contribuent à perpétrer à Gaza par des affirmations calomnieuses d’antisémitisme.

L’administration Biden et ses alliés européens qui financent et supervisent le génocide à Gaza considèrent la solution au « problème palestinien », par le meurtre, la famine, le déplacement et la torture, comme préalable à une guerre plus large contre le Liban, la Syrie et, par-dessus tout l’Iran. Un tel embrasement à l’échelle régionale se développe avec les assassinats provocateurs du dirigeant palestinien Ismail Haniyeh et du chef du Hezbollah Fuad Shukr lors des frappes israéliennes au Liban et à Téhéran et l’envoi de navires de guerre américains supplémentaires dans la région.

Il s’agit d’un élément de la stratégie globale de Washington axée sur une confrontation avec la Russie et la Chine, visant à inverser la position économique déclinante de l’Amérique. La guerre par procuration entre les États-Unis et la Russie en Ukraine est la plus grande guerre sur le continent européen depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Elle a coûté des centaines de milliers de vies et risque de provoquer un holocauste nucléaire, alors même que Washington transforme l’Inde-Pacifique en un champ de bataille potentiel contre la Chine.

De telles guerres seront menées sans tenir compte des lois internationales – les Conventions de Genève de 1949 – adoptées après les horreurs de la Seconde Guerre mondiale et visant à minimiser les souffrances humaines et à protéger les civils ainsi que les prisonniers de guerre.

Cela montre que la lutte contre le génocide de Gaza ne peut avancer que dans le cadre d’une lutte contre la guerre impérialiste à l’échelle mondiale. Cela ne signifie pas faire appel aux gouvernements, mais mener une lutte politique contre eux. Et cela soulève la nécessité d’une perspective socialiste dirigée contre le système capitaliste dont la recherche inhérente de ressources, de marchés et de profits est la cause profonde de la guerre.

(Article paru en anglais le 19 août 2024)

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