Un trio d'éminents sénateurs démocrates a participé dimanche à des émissions télévisées pour dénoncer le président Trump et le vice-président JD Vance pour l'altercation qu'ils ont eue vendredi avec le président ukrainien Volodymyr Zelensky, qui s'est terminée par la demande faite à Zelensky de quitter la Maison-Blanche et par la suggestion faite par des collaborateurs de Trump que l'administration pourrait supprimer l'aide militaire et économique à son pays.
Les trois démocrates – Amy Klobuchar, qui a été interviewée sur ABC, Chris Murphy, qui est apparu sur CNN, et Bernie Sanders, qui s'est exprimé sur NBC – ont suggéré que Trump faisait le travail du président russe Vladimir Poutine. Ils ont tous soutenu la ligne pro-guerre du Parti démocrate, appelant à une augmentation de l'aide militaire à l'Ukraine et à des efforts intensifs pour vaincre les forces russes, qui occupent environ un cinquième du territoire ukrainien, à l'est et au sud.
Klobuchar, qui était candidate à l'investiture démocrate pour la présidentielle de 2020, a déclaré qu'elle n'arrivait pas à croire que la réunion de vendredi entre Zelensky, Trump et Vance s'était transformée en une dispute. « Nous nous tenons aux côtés de nos amis, pas de nos ennemis », a-t-elle déclaré. « Le grand pays qu'est l'Amérique s'engage dans des négociations avec force, pas en capitulant. »
La démocrate du Minnesota a déclaré au présentateur d'ABC George Stephanopoulos que le conflit avec Zelensky « n'est pas dans l'intérêt du président Trump ». Elle a suggéré que la réunion avait été une « embuscade », ajoutant : « C'est le vice-président Vance, en particulier, qui était sur l'offensive, qui réprimandait le président Zelensky, qui essayait simplement d'expliquer que [...] nous avions besoin d'un engagement de sécurité fort de la part de tous nos alliés pour être en mesure d'avoir une paix durable, ce que le président Trump dit vouloir. »
Dans une interview précédente sur CNN vendredi, après la réunion à la Maison-Blanche, Klobuchar a rejeté les demandes voulant que Zelensky s’excuse, déclarant : «Je pense qu'il n'est pas exagéré de dire que l'avenir de l'Europe, l'avenir du monde libre, se joue maintenant. » Dans le même temps, elle a appelé Zelensky à signer un accord proposé par Trump pour donner aux États-Unis le contrôle d'une grande partie des ressources minérales de l'Ukraine.
Lors de l'émission « State of the Union » sur CNN, le sénateur du Connecticut Chris Murphy a utilisé un langage beaucoup plus apocalyptique. Il a dénoncé la conduite de la Maison-Blanche comme étant « absolument honteuse [...] La Maison-Blanche est devenue une division du Kremlin. Chaque jour, vous entendez les points de discussion du Kremlin sortir de la bouche du conseiller à la sécurité nationale, du président des États-Unis et de l'ensemble de son équipe de sécurité nationale ».
Murphy a affirmé que Trump réécrivait l'histoire « afin de signer un accord avec Poutine qui lui donnerait l'Ukraine. C'est désastreux pour la sécurité nationale des États-Unis. Cela signifie que la Chine sera en marche. Poutine pourrait ne pas s'arrêter. L'Amérique pourrait être en guerre contre une puissance nucléaire ».
Tout en affirmant qu'il n'avait « aucun problème » avec une solution diplomatique à la guerre, le sénateur démocrate a déclaré : « Ce que Trump suggère, c'est qu'il y aura un cessez-le-feu qui exigera que l'Ukraine se retire du front, ce qui permettra alors à Poutine de marcher directement sur l'Ukraine. »
Lorsque l'intervieweuse Dana Bash a souligné que Murphy avait voté en faveur de la confirmation du sénateur Marco Rubio au poste de secrétaire d'État, Murphy a déclaré qu'il avait commis une erreur. « Je pense que beaucoup d'entre nous pensaient que Marco Rubio allait s'opposer à Donald Trump sur une question comme celle-ci [...] que lorsque Donald Trump viendrait le voir et lui dirait, aidez-moi à rapprocher l'Amérique de la Russie et des valeurs russes, Marco Rubio s'opposerait à lui. Marco Rubio ne l'a pas fait, et cela a été une grande déception pour beaucoup de ses anciens collègues du Sénat. »
Le troisième sénateur à s’exprimer était le sénateur Bernie Sanders, soi-disant indépendant, qui a brigué à deux reprises l'investiture du Parti démocrate pour l'élection présidentielle. Il est actuellement engagé dans une campagne visant à implorer les républicains « modérés » de la Chambre des représentants de s'opposer aux coupes budgétaires de Trump, dans le cadre de rassemblements organisés sous le slogan frauduleux de « Lutte contre l'oligarchie ».
La première question de la modératrice de « Meet the Press », Kristen Welker, portait sur sa réaction à la réunion dans le bureau ovale et à la suggestion du président de la Chambre des représentants, Mike Johnson, qui l'avait précédé dans l'émission, selon laquelle il pourrait être nécessaire que Zelensky démissionne dans le cadre d'un accord de paix avec la Russie.
Sanders a répondu : « Je pense que c'est une suggestion horrible. Zelensky est à la tête d'un pays, il essaie de défendre la démocratie contre un dictateur autoritaire, Poutine, qui a envahi son pays. Et je pense que des millions d'Américains sont gênés, ont honte, d'avoir un président des États-Unis qui dit que l'Ukraine a commencé la guerre, que Zelensky est un dictateur. Il a tout faux. »
Se drapant dans le drapeau américain, Sanders a poursuivi : « Notre tâche est de défendre la tradition de 250 ans que nous avons d'être le leader démocratique du monde, et non pas de tourner le dos à un pays en difficulté qui essaie de faire ce qu'il faut. »
Les deux principaux démocrates du Congrès ont fait entendre le même son de cloche dans leurs commentaires sur la rencontre entre Trump et Zelensky. Le chef des démocrates du Sénat, Charles Schumer, a déclaré : « Trump et Vance font le sale boulot de Poutine. Les démocrates du Sénat ne cesseront jamais de lutter pour la liberté et la démocratie. »
Le chef des démocrates de la Chambre des représentants, Hakeem Jeffries, a qualifié la réunion du bureau ovale de « consternante », affirmant qu'elle ne servirait qu'à «enhardir Vladimir Poutine, un dictateur brutal. Les États-Unis ne doivent pas récompenser l'agression russe et continuer à apaiser Poutine. »
Ce barrage de critiques est bien plus bruyant que tout ce que les démocrates ont exprimé sur les assauts féroces de Trump contre les travailleurs fédéraux, sa diabolisation et sa persécution des immigrés, ses efforts pour établir une dictature présidentielle, ou son soutien à des réductions massives des dépenses fédérales en matière de soins de santé, Medicaid étant cible la plus probable. Cette disparité ne fait que confirmer que la question centrale qui divise les deux partis de la bourgeoisie est la politique étrangère, comme c'était le cas lors de la première administration de Trump, lorsqu'il a été pour la première fois mis en accusation pour avoir temporairement retenu une livraison d'armes à l'Ukraine.
Schumer a donné l'expression la plus claire des véritables priorités des démocrates en annonçant que la sénatrice Elissa Slotkin du Michigan, ancienne officière de la CIA, donnerait la réplique officielle des démocrates au discours télévisé national de Trump lors d'une session conjointe du Congrès le 4 mars.
Elissa Slotkin a passé des années en Irak avec la CIA, après l'invasion américaine de ce pays en 2003. Elle a ensuite dirigé le bureau irakien du Conseil national de sécurité, l'agence de la Maison-Blanche qui coordonne la politique étrangère des États-Unis, d'abord sous le républicain George W. Bush, puis sous le démocrate Barack Obama, avant de passer au Pentagone et de terminer sa carrière dans le renseignement militaire en tant que collaboratrice principale de John Negroponte, le premier directeur du renseignement national des États-Unis.
Slotkin fait partie de la douzaine de « démocrates de la CIA » qui ont été élus pour la première fois à la Chambre des représentants en 2018, alors que le Parti démocrate se positionnait comme un partisan agressif de l'intervention militaire américaine à l'étranger, en particulier contre la Russie. Sa sélection est une indication supplémentaire que la guerre des États-Unis et de l’OTAN en Ukraine reste la priorité centrale de l'aile démocrate de l'élite patronale américaine.
(Article paru en anglais le 3 mars 2025)
