Le lundi 8 septembre, le département de la Sécurité intérieure (DHS) a officiellement annoncé le lancement de l'opération « Midway Blitz », visant la ville de Chicago.
Le DHS a déclaré que les agents de l'Immigration and Customs Enforcement (ICE) se déploieraient dans toute la ville et ses banlieues, ciblant les lieux de travail, les quartiers et les centres de transit dans le cadre d'une campagne contre les « étrangers criminels en situation irrégulière ». En réalité, comme on l'a vu en Californie, à Washington, en Géorgie et dans l'Iowa, les enlèvements visent principalement les travailleurs et les résidents de longue date.
Le communiqué de presse officiel du DHS a clairement démontré le caractère fasciste de l'opération, reprenant la litanie habituelle de mensonges de Trump qualifiant les immigrés de criminels qui devraient être privés de tout droit démocratique :
Pendant des années, le gouverneur Pritzker et ses collègues politiciens partisans des sanctuaires ont relâché dans les rues de Chicago des membres du gang Tren de Aragua, des violeurs, des kidnappeurs et des trafiquants de drogue, mettant ainsi en danger la vie des Américains et faisant de Chicago un aimant pour les criminels.
Cette annonce fait suite aux attaques de Trump contre la ville sur les réseaux sociaux ce week-end. Après avoir publié vendredi un décret renommant le ministère de la Défense en ministère de la Guerre, Trump a partagé le lendemain une image générée par intelligence artificielle le représentant en lieutenant-colonel Bill Kilgore, personnage du film Apocalypse Now, avec pour titre « Chipocalypse Now » et la citation « J'adore l'odeur des expulsions le matin. »
Au moment où nous écrivons ces lignes, il ne semble pas que des éléments de la Garde nationale aient encore été déployés dans la ville. Lundi, Trump a de nouveau menacé d'envoyer des troupes, déclarant : « Nous aimerions beaucoup aller à Chicago et remettre les choses en ordre. »
Dans un communiqué publié lundi, la ville d'Evanston, située juste au nord de Chicago et qui abrite l'université Northwestern, a révélé qu'elle avait été «informée de la probabilité que des agents fédéraux de l'immigration soient présents dans notre communauté dans les prochains jours ».
Lundi également, Trump a amplifié sa rhétorique sur le Grand Remplacement sur son compte de réseau social. Dans une publication, il a partagé une image sur laquelle on pouvait lire : « La migration de masse est une arme de destruction massive ». L'auteur original de la publication, @iamyesyouareno, est un compte néonazi de premier plan sur X. Elon Musk, le propriétaire fasciste de la plateforme, interagit régulièrement avec ce compte et en fait la promotion.
Le jour même où le DHS a annoncé son opération à Chicago, la Cour suprême des États-Unis a rendu une décision à 6 contre 3 pour accéder à la requête d'urgence de l'administration Trump dans l'affaire Noem c. Perdomo, suspendant une ordonnance restrictive temporaire du 11 juillet qui interdisait à l'ICE d'utiliser l'origine ethnique, la langue, le lieu de travail ou le type d'emploi comme justification pour appréhender des personnes afin d'enquêter sur leur statut d'immigration.
Les sbires de Trump à la tête de la Cour suprême n'ont même pas pris la peine d'expliquer leur raisonnement. Brett Kavanaugh a émis un avis concordant, auquel aucun autre juge ne s'est rallié, qui ressemble davantage à un communiqué de presse de Trump qu'à une analyse juridique.
L'avis concordant de Kavanaugh, « Montrez-moi vos papiers, s'il vous plaît », brosse un portrait fantaisiste des opérations de l'ICE :
Le gouvernement procède parfois à de brefs contrôles afin de vérifier le statut d'immigration des personnes qui se rassemblent dans des lieux où l'on recrute pour des emplois journaliers, qui travaillent ou semblent travailler dans des secteurs tels que la construction, l'aménagement paysager, l'agriculture ou le lavage de voitures, qui ne nécessitent souvent pas de papiers et sont donc attractifs pour les immigrants illégaux, et qui ne parlent pas beaucoup ou pas du tout l'anglais. Si les agents apprennent que la personne qu'ils ont contrôlée est un citoyen américain ou se trouve légalement aux États-Unis, ils la laissent partir immédiatement. Si la personne se trouve illégalement aux États-Unis, les agents peuvent l'arrêter et engager une procédure d'expulsion.
Dans la pratique, la Cour autorise l'administration Trump à violer le quatrième amendement, qui protège contre les perquisitions et saisies abusives, sans même rendre d'avis écrit, jusqu'à ce que l'affaire sous-jacente passe par toutes les étapes d'appel pour atteindre la Cour suprême. Pendant toute cette période, qui pourrait durer des années, les agents de l'ICE et des douanes et de la protection des frontières (CBP) sont autorisés à intercepter, interroger et détenir des personnes sur la seule base de leur « apparence » latino-américaine, du fait qu'elles parlent espagnol (ou une autre langue) ou qu'elles se trouvent sur certains lieux de travail.
Le nombre de personnes touchées est stupéfiant. Rien que dans le comté de Los Angeles, où l'affaire a pris naissance, près de la moitié des 10 millions d'habitants s'identifient comme hispaniques ou latino-américains et plus de 37 % parlent une langue autre que l'anglais à la maison. Des dizaines de milliers de personnes travaillent dans des secteurs ciblés par l'ICE, notamment la construction, l'aménagement paysager, l'agriculture, les centres de recyclage, les parcs de remorquage et les stations de lavage automobile. D'autres, parfois alors qu'ils cherchaient du travail ou empruntaient les transports en commun, ont été arrêtés dans des magasins Home Depot, à des arrêts de bus et même dans des églises, des écoles et des parcs.
Il ne s'agit pas d'« opérations ciblées » contre des individus spécifiques connus pour avoir enfreint les lois sur l'immigration, mais de rafles de masse sans aucune preuve ni « cause probable » pour les justifier. Des groupes d'agents masqués et lourdement armés mènent des actions visant à terroriser les travailleurs. Des pans entiers de la classe ouvrière, immigrés ou natifs du pays, sont considérés comme suspects, privés de leurs droits constitutionnels fondamentaux de ne pas être victimes de saisies abusives et soumis à des enlèvements par des agents armés de l'État.
La dissidence de la juge Sonia Sotomayor a clairement exposé les implications dystopiques de cette situation :
Le gouvernement, et maintenant la majorité, a pratiquement déclaré que tous les Latinos, citoyens américains ou non, qui occupent des emplois peu rémunérés peuvent être arrêtés à tout moment, éloignés de leur lieu de travail et détenus jusqu'à ce qu'ils fournissent la preuve de leur statut légal à la satisfaction des agents.
Elle a poursuivi :
Les agents de l'immigration ne procèdent pas à de « brefs contrôles pour interroger » les personnes. Ils procèdent à des arrestations en utilisant des armes à feu, la violence physique et des détentions dans des entrepôts. [...] Des citoyens américains sont également arrêtés, éloignés de leur lieu de travail et empêchés de travailler pour subvenir à leurs besoins et à ceux de leur famille.
Sotomayor a conclu :
D'innombrables personnes dans la région de Los Angeles ont été enlevées, jetées à terre et menottées simplement en raison de leur apparence, de leur accent et du fait qu'elles gagnent leur vie en effectuant des travaux manuels. Aujourd'hui, la Cour soumet inutilement d'innombrables autres personnes à ces mêmes indignités.
Comme l'ont démontré les preuves présentées au tribunal de première instance, des personnes ont été menacées avec une arme à feu, plaquées contre un mur ou au sol et menottées avant même d'être interrogées. Trump nie que les personnes arrêtées aient droit à une procédure régulière pour contester leur expulsion et revendique le pouvoir illimité de les emprisonner aux États-Unis ou à l'étranger.
Plutôt que de se mobiliser contre les rafles et la décision de la Cour, les dirigeants démocrates ont répliqué en assurant que la police municipale pouvait assurer la « sécurité publique ». Dans une tribune publiée lundi dans le New York Times, le maire démocrate de Chicago, Brandon Johnson, a exhorté Trump à ne pas envoyer la Garde nationale, tout en se vantant d'une « police efficace et respectueuse des lois », comprenant des groupes de travail sur les vols, une concentration des ressources « sur les 35 quartiers les plus violents » et un bureau des détectives remanié.
Alors que Trump brandit la menace d'une occupation militaire et inonde les villes de brutes de l'ICE, les démocrates répondent par la promesse de maintenir « l'ordre » grâce à un renforcement de la police.
Les événements du 8 septembre montrent clairement que les droits démocratiques ne peuvent être défendus par aucune institution capitaliste, y compris les tribunaux et le Parti démocrate. Alors que le criminel fasciste de la Maison-Blanche consolide ses méthodes dictatoriales, avec le soutien de sa Cour suprême corrompue et triée sur le volet, les démocrates collaborent en préservant et en légitimant le même appareil répressif sous la bannière d'une police « crédible ».
