Perspective

Opération Dictature: Trump prêt à invoquer la loi sur l'insurrection

Le président Donald Trump s'adresse à la 80e session de l'Assemblée générale des Nations Unies, le mardi 23 septembre 2025, au siège de l'ONU.

Le président Donald Trump s'apprête à invoquer l'Insurrection Act, une mesure qui lui donnerait des pouvoirs étendus pour déployer l'armée à travers les États-Unis, sous son contrôle personnel. Ce plan constitue une escalade critique dans le complot en cours visant à instaurer une dictature présidentielle.

NBC News a rapporté mercredi – sous le titre « Des responsables du gouvernement Trump envisagent sérieusement d'invoquer la loi sur l'insurrection, selon des sources » – que, selon de hauts responsables anonymes de la Maison Blanche, « le débat au sein du gouvernement s'est récemment orienté vers une exploration plus approfondie des modalités et des conditions d'invocation de cette loi ». Selon deux sources de la Maison Blanche, des responsables du gouvernement étaient même allés jusqu'à « rédiger des arguments juridiques et diverses options pour invoquer cette loi ».

L'affirmation que le gouvernement se contenterait d'« explorer » une invocation de cette loi est un mensonge flagrant. En réalité, la décision a déjà été prise. NBC News a cité un responsable de la Maison-Blanche affirmant que cette décision n'était pas « imminente » ; c’est là une tentative d’endormir l’opinion publique. En réalité, le gouvernement se prépare à invoquer l’Insurrection Act en rapport avec des actions concrètes qui pourraient inclure des arrestations massives, la répression violente de l'opposition et le déploiement de troupes fédérales dans des villes partout aux États-Unis.

Une déclaration de la Maison Blanche a apporté une preuve supplémentaire de ce que la décision d'invoquer cette loi avait été prise : « Le gouvernement Trump est déterminé à rétablir l'ordre public dans les villes américaines en proie à la violence due à la mauvaise gestion des démocrates. Et le président Trump ne restera pas les bras croisés tandis que des émeutiers violents attaquent les forces de l'ordre fédérales. Le gouvernement s'efforcera de protéger les biens et les agents fédéraux tout en rétablissant la sécurité dans les villes américaines. »

La chronologie des événements montre clairement que Trump travaille selon un calendrier précis. Lundi, il a déclaré qu'il invoquerait la loi « si nécessaire », précisant que si « les tribunaux, les gouverneurs ou les maires nous faisaient obstacle, bien sûr, je le ferais ». Stephen Miller, conseiller à la Maison Blanche, a ensuite qualifié d'« insurrection » les décisions des tribunaux fédéraux interdisant le déploiement de la Garde nationale en Oregon.

Hier, Trump a organisé une table ronde extraordinaire à la Maison-Blanche avec des personnalités médiatiques d'extrême droite et fascistes afin de discuter des mesures nécessaires pour écraser « Antifa », terme fourre-tout désignant l'opposition aux actions fascisantes du gouvernement. Trump a réitéré sa menace d'arrêter le gouverneur de l'Illinois, J.B. Pritzker, et le maire de Chicago, Brandon Johnson.

Ce spectacle fasciste, à peine rapporté par les médias, a atteint une ampleur inédite lorsque le propagandiste d'extrême droite Jack Posobiec a félicité Trump de se confronter à « Antifa », faisant remonter ses « diverses itérations » à « près de 100 ans […] jusqu'à la République de Weimar en Allemagne ». En faisant référence à Weimar, Posobiec a établi un parallèle historique direct entre la résistance antifasciste à Hitler et l'opposition actuelle à la dictature de Trump, déplorant que la résistance au fascisme n’ait jamais existé.

Des personnalités de droite des médias invitées à la Maison Blanche sont allées jusqu'à qualifier les Socialistes démocrates d'Amérique (DSA), une faction du Parti démocrate, de membres d'un vaste « réseau Antifa ». La secrétaire à la Sécurité intérieure, Kristi Noem, a assimilé « Antifa » à « ISIS, au Hezbollah et au Hamas », tandis que la procureure générale Pam Bondi a juré de « détruire l'organisation de fond en comble ». Autrement dit, quiconque est déclaré membre d'« Antifa » doit être arrêté ou tué.

On utilisera l'invocation de la loi sur l'insurrection pour mettre en œuvre ces plans. Cette loi de 1807 autorise le président à déployer l'armée sur le territoire américain pour réprimer les « insurrections » et les « rébellions ». En vertu de la loi Posse Comitatus de 1878, le recours à l'armée pour le maintien de l'ordre public est généralement interdit. La loi sur l'insurrection constitue la principale exception.

Dans l'histoire américaine, le recours à la loi sur l'Insurrection, outre son invocation par Abraham Lincoln après l'attaque de Fort Sumter par la Confédération en 1861, a été associé à des cas d'oppression réactionnaire. Le président Andrew Jackson l'a utilisé en 1831 pour écraser la rébellion des esclaves de Nat Turner.

Au lendemain de la Guerre de sécession, l'Insurrection Act est devenu une arme contre le mouvement ouvrier: elle fut déployée contre la grande grève des cheminots de 1877, la grève de Pullman de 1894, les luttes des mineurs de charbon du Colorado et de Virginie-Occidentale, et en 1932 contre la marche sur Washington des vétérans au chômage de la Bonus Army.

Aujourd'hui, l'Insurrection Act est invoqué sans restriction à l'échelle nationale pour contrer l'opposition populaire et servir de prétexte à l'instauration d'une dictature présidentielle. Outre la suspension de l'habeas corpus, aucune autorité « légale » n'est plus radicale que l'Insurrection Act dans l'ensemble du droit américain. Invoquer cette loi signifierait que le président assumerait de fait le contrôle de jure et de facto de zones urbaines ou d'États entiers, se substituant ainsi à l'autorité des gouvernements locaux et des États. En invoquant la loi à Portland et Chicago, Trump placerait ces villes sous le contrôle de l'armée, dont il est le commandant en chef.

En pratique, si la loi est invoquée à Portland ou à Chicago, l'armée procédera à des arrestations, établira des points de contrôle et organisera la détention des ennemis présumés de l'État. Bien que l'Insurrection Act même ne confère pas au président le pouvoir de passer outre au système judiciaire fédéral, Trump ne respectera aucune formalité légale.

La réponse des grands médias aux préparatifs de Trump est le silence et la complicité. Mercredi soir, plus de 24 heures après la publication par NBC d'un article selon lequel la Maison-Blanche élaborait des justifications juridiques pour invoquer l'Insurrection Act, aucune mention de cette menace ne figurait à la une du New York Times. Le Washington Post et CNN ont également étouffé ou ignoré l'information, alors même que 500 soldats de la Garde nationale sous commandement fédéral arrivaient à Chicago.

Parmi les responsables démocrates, la réponse n'a pas été moins évasive ni moins lâche. Le gouverneur de l'Illinois, JB Pritzker, dont l'État est au cœur des déploiements militaires, a averti que les actions de Trump visaient à voler les élections de mi-mandat de 2026 et l'élection présidentielle de 2028, et a comparé la tactique du gouvernement à celle des nazis. Mais même ces déclarations ont été ignorées.

Les dirigeants du Congrès, dont le chef de la minorité au Sénat Chuck Schumer et le chef de la minorité à la Chambre des représentants Hakeem Jeffries, n'ont rien dit à propos des mesures visant à instaurer une dictature, gardant un silence complet alors que Trump menace et cible les responsables démocrates mêmes.

Le sénateur Bernie Sanders a lui aussi été le plus discret possible. Mercredi, il a publié une déclaration superficielle reconnaissant que Trump « menace d'arrêter des élus et entraîne ce pays vers l'autoritarisme » et ajoutant : « Nous ne vous laisserons pas détruire notre mode de vie. » Mais que comptent faire concrètement Sanders, ou les Démocrates dans leur ensemble, pour mettre fin à la destruction des droits démocratiques ? Il n' a absolument rien proposé.

La minimisation délibérée de ces événements constitue en soi un acte politique. Au sein de l'establishment politique et du Parti démocrate, la politique de Trump est largement acceptée, soit parce qu'ils la soutiennent sans réserve comme moyen de défendre le régime capitaliste, soit parce qu'ils reconnaissent que toute opposition sérieuse nécessiterait la mobilisation massive de la classe ouvrière, une perspective qu'ils redoutent bien plus que la dictature même.

Quant à l'appareil syndical, alors que des centaines de milliers de fonctionnaires américains sont mis au chômage partiel et que le gouvernement mène une offensive massive contre l'emploi et les prestations sociales, il ne propose rien. « Faites votre boulot et adoptez un budget qui nécessitera quelques compromis », a déclaré Randy Erwin, président de la Fédération nationale des employés fédéraux, réduisant cette attaque historique contre la classe ouvrière à un appel à la coopération bipartite avec le régime putschiste.

L'opposition aux actions de Trump est large dans la population américaine et elle grandit. Les sondages montrent qu'une vaste majorité rejette le déploiement de troupes dans les villes américaines et la criminalisation de la dissidence politique. Des millions de personnes se préparent à participer aux prochaines manifestations « No Kings » du 18 octobre, plus de 2 100 manifestations étant déjà prévues dans les grandes et les petites villes du pays. Trump est manifestement horrifié par l'ampleur de cette opposition de masse émergente, et ceci est un facteur majeur dans l’accélération de son calendrier dictatorial.

Le temps est venu de se confronter à la réalité. Chaque mise en garde du Socialist Equality Party (Parti de l'égalité socialiste) concernant les préparatifs d'une dictature se confirme. Chaque jour de ce gouvernement démolit l'illusion que les États-Unis demeurent une démocratie viable. Le capitalisme ne peut se maintenir que par la dictature. Si cette situation perdure, on dira que la démocratie américaine n'est pas morte dans un fracas, mais dans un geignement.

Trump n'agit pas seul. Il incarne l'effondrement du capitalisme sous le poids de contradictions insolubles. Son gouvernement représente l'oligarchie capitaliste dans sa forme la plus pure. Les méthodes employées aujourd'hui sont celles de la pègre, portée aux sommets de la société bourgeoise.

Pour enrayer cette dérive dictatoriale, la classe ouvrière doit intervenir en tant que force politique et organisationnelle indépendante. Les travailleurs doivent commencer à former des comités de la base sur chaque lieu de travail, dans chaque école et quartier pour défendre leurs collègues, résister aux licenciements et aux coupes budgétaires, et organiser l'opposition à l'occupation militaire des villes américaines. Ces comités doivent devenir des pôles de résistance, unissant toutes les composantes de la classe ouvrière et unissant leurs luttes dans une offensive coordonnée contre la dictature et les inégalités sociales.

Le Socialist Equality Party lutte pour la construction et le développement de l'Alliance internationale ouvrière des comités de base (acronyme anglais IWA-RFC) afin de coordonner ces efforts entre les différents secteurs d'activité et au-delà des frontières. Cette alliance mondiale offre un cadre pour unir les travailleurs du monde entier contre l'ennemi commun : l'oligarchie capitaliste qui pousse l'humanité vers la dictature, la guerre et la pauvreté.

La colère grandissante face aux licenciements, à la destruction des prestations sociales et à la militarisation de la société doit se transformer en mouvement politique conscient contre l'ensemble du système qui a produit Trump. La classe ouvrière doit faire valoir son propre programme : l'expropriation des milliardaires, le démantèlement de l'oligarchie patronale et financière et la réorganisation de la vie économique fondée sur les besoins de la société, et non sur le profit privé. La défense des droits démocratiques est indissociable de la lutte pour le socialisme.

(Article paru en anglais le 9 octobre 2025)

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