Le meurtre de Renee Nicole Good, 37 ans, par un agent de la police migratoire ICE (Immigration and Customs Enforcement) provoque une indignation croissante aux États-Unis et dans le monde. L'exécution gratuite et en plein jour de cette mère de trois enfants illustre la criminalité de l'administration Trump et des agents de type Gestapo qu'elle a déployés dans les villes du pays.
Jeudi après-midi à Portland, dans l'Oregon, des agents de la police d’immigration ont tiré sur deux personnes en plein jour. L'enquête est toujours en cours, mais un enregistrement audio des communications obtenu par les médias locaux indique qu’un homme avait signalé avoir été blessé par balle, lui et sa femme, par des agents de l'ICE. Comme dans le cas de Good, le Département de la Sécurité intérieure (DHS) a justifié l'attaque par la formule habituelle: le conducteur avait «utilisé son véhicule comme arme» et tenté de renverser les agents.
Dans le même temps, le DHS déploie au Minnesota plus de 100 agents de la police des frontières provenant de ses opérations à Chicago et La Nouvelle-Orléans. Plus tôt cette semaine, à Minneapolis, suite au meurtre de Good, des agents du DHS ont été impliqués dans une course-poursuite qui a fini par un accident devant une école, au moment même où les élèves sortaient des cours. L'ICE a nié avoir utilisé des agents chimiques, mais des preuves vidéo confirment l'emploi de gaz lacrymogène, et au moins un enseignant a été interpellé avant d'être relâché.
Le caractère délibéré et conscient du meurtre de Good est mis en évidence par la défense ouverte et sans remords de ce meurtre par les responsables de l'administration Trump. En saluant ce meurtre, Trump et la clique de fascistes dans son administration indiquent clairement qu'il s'agissait d'une manifestation de la politique officielle du gouvernement.
Tout ce qui émane de la bouche des responsables de l'administration est mensonge, et tout le monde le sait. Jeudi, le vice-président JD Vance a tenu une conférence de presse où il a diffamé Good et fait l'éloge de son meurtrier. Il a qualifié les actions de l'agent fédéral de «légitimes» et a dénoncé les médias qui «parlent de ce type comme s'il était un assassin», ajoutant d'un ton menaçant: « Faites un peu plus attention.»
Selon Vance, «quand on regarde la vidéo sous tous les angles, il est très clair que son véhicule a foncé droit sur l'homme. Elle l'a effectivement percuté et c'est à ce moment-là bien sûr qu'il a ouvert le feu.»
Mais des dizaines de millions de personnes ont vu la vidéo, qui montre exactement le contraire. Comme l'ont conclu le New York Times, le Washington Post et le Guardian, les images montrent que Good tentait d'échapper à une horde d'agents fédéraux lorsqu'elle a été abattue. Rien dans la vidéo n'indique que l'agent de l'ICE ait été en danger, et encore moins «percuté» par le véhicule. La voiture s'éloignait de l'agent lorsqu'il a levé son arme et tiré trois coups de feu à bout portant.
L'administration Trump s’empare du meurtre de Good pour justifier une escalade massive de la criminalisation de l'opposition politique. Vance a annoncé la création d'un poste de procureur général adjoint directement rattaché au président. Interrogé sur son message aux «agitateurs d'extrême gauche», Vance a déclaré: «Ils ont désormais un procureur général adjoint qui poursuivra et enquêtera sur leurs fraudes et leurs actes de violence avec une agressivité sans précédent jusque là dans des investigations.»
Vance a accusé «un groupe de radicaux de gauche» d'utiliser des «techniques de terrorisme intérieur» pour s'opposer à la politique d'immigration du gouvernement.
Il n'a jamais mentionné Good par son nom, la diffamant bien plutôt en la traitant de «cette bonne femme», de «gauchiste dérangée», passée par un «lavage de cerveau». Il a insisté pour dire que le meurtrier bénéficiait d'une «immunité absolue», a dénoncé l'enquête locale sur le meurtre et a déclaré: «Ce qui est sans précédent, c'est qu'un responsable local puisse de fait poursuivre un fonctionnaire fédéral bénéficiant d'une immunité absolue.»
Les menaces de Vance interviennent dans un contexte d'affirmation de plus en plus flagrante des pouvoirs exécutifs dictatoriaux de l'administration Trump. Dissimulée dans le long article rapportant l'interview de Trump au New York Times jeudi, celui-ci a réaffirmé sa volonté d'invoquer la loi sur l'insurrection et de déployer l'armée dans plusieurs villes des États-Unis, y compris par la fédéralisation d'unités de la Garde nationale. «Jusqu'à présent », a-t-il déclaré, «je n'en ai pas vraiment ressenti le besoin.»
Dans une déclaration extraordinaire, Trump a affirmé agir en dehors de toute contrainte légale. Interrogé sur l'existence de limites à son pouvoir de frapper, d'envahir ou user de la force contre d'autres nations, il a répondu: «Oui, il y a une chose. Ma propre moralité. Ma propre volonté. C'est la seule chose qui puisse m'arrêter.» Il a rejeté catégoriquement le droit international – «Je n'ai pas besoin du droit international» – et a clairement indiqué qu'il serait le seul arbitre de toute contrainte légale: «Tout dépend de votre définition du droit international.»
Bien que ces déclarations aient été faites dans le contexte de la politique étrangère, elles s'appliquent tout autant à la «théorie» de la dictature aux États-Unis mêmes, et y sont d'ailleurs inextricablement liées. Comme le montre le meurtre de Renee Nicole Good, il s'agit d'affirmer que le président a un pouvoir de vie et de mort, qu'une citoyenne américaine peut être assassinée de sang-froid et que ses meurtriers peuvent être défendus et glorifiés.
Alors que les principaux démocrates ont publié des déclarations hypocrites en réaction à l'assassinat de Good, leur principale préoccupation est de contenir la montée explosive de l'opposition aux États-Unis.
Le meurtre de Minneapolis survient après une année durant laquelle Trump a systématiquement développé un complot visant à instaurer une dictature présidentielle. Tout au long de ce processus, les démocrates se sont efforcés de supprimer l'opposition. Face aux manifestations massives «No Kings» d'octobre, ils ont capitulé devant Trump et mis fin au blocage des services gouvernementaux en acceptant ses conditions. Il y a à peine trois mois, Bernie Sanders louait la politique d'immigration de Trump disant «nous devons avoir une frontière sûre» et affirmait qu’il avait fait un «meilleur travail» que Biden.
Lors d'une conférence de presse jeudi, le chef de la minorité sénatoriale, Chuck Schumer, et celui de la minorité à la Chambre des représentants, Hakeem Jeffries, ont été interrogés sur leur intention d'utiliser leur pouvoir budgétaire pour contrôler l'ICE. Ils ont refusé de répondre. Comme l'a écrit Politico: «La Chambre et le Sénat négocient actuellement le projet de loi allouant des fonds au Département de la Sécurité intérieure, ce qui requiert 60 voix. Mais MM. Schumer et Jeffries ne se sont pas engagés à utiliser la procédure budgétaire comme levier.»
En réalité, les démocrates ne feront absolument rien, car ils défendent les mêmes intérêts de classe que Trump. L'an dernier, ils se sont alliés aux républicains pour adopter une loi qui a fait exploser le budget de l'ICE à 170 milliards de dollars, faisant de celle-ci l'une des plus importantes forces paramilitaires des États-Unis. L'appareil syndical, quant à lui, a publié des déclarations pour la forme mêlant indignation et appel à la passivité. La fédération AFL-CIO du Minnesota s'est dite «choquée, attristée et en colère» par le meurtre de Good. Mais la bureaucratie syndicale n'appelle à aucune action, préférant s'en remettre au Bureau d'enquête criminelle de l'État et plaider pour le calme: «L'administration Trump veut provoquer les gens du Minnesota […] Ne lui en donnez pas l’occasion».
L'indignation populaire suscitée par le meurtre commis par l'ICE ne cesse de croître. À Minneapolis, le mémorial érigé sur le lieu du drame est devenu l'épicentre de veillées et de manifestations continues, réunissant plus de 10 000 personnes mercredi soir malgré des températures glaciales. Les protestations se sont depuis propagées à travers le pays, notamment à New York, Columbus, San Antonio, Tucson, Portland et dans de nombreuses autres villes. D'autres manifestations sont prévues dans les prochains jours.
Contrairement à la passivité et à la complicité du Parti démocrate et de l'appareil syndical, les travailleurs et les jeunes doivent défendre un programme ancré dans la force même de la classe ouvrière.
Les revendications formulées par le Parti de l'égalité socialiste dans sa déclaration du 7 janvier posent les bases d’une véritable lutte: arrestation et poursuites contre celui qui l’a tuée; retrait immédiat de toutes les forces de l'ICE, du CBP et du DHS de Minneapolis et de toutes les autres villes; abolition de ces agences type Gestapo; libération de tous les détenus; fin des rafles, enlèvements et expulsions; et pleine reconnaissance des droits et protections juridiques pour tous les travailleurs immigrés et leurs familles.
Ces revendications ne peuvent être satisfaites par de simples appels adressés à l’establishment politique ou par la seule indignation morale. Elles exigent une lutte sociale de masse. La logique des événements tend vers une grève générale: une intervention coordonnée de la classe ouvrière dans tous les secteurs d'activité pour paralyser la machine de répression et d'exploitation.
Pour l’organiser, les travailleurs doivent constituer des comités de la base dans les lieux de travail, les quartiers, les écoles et les hôpitaux – indépendants des bureaucraties syndicales et des agents du Parti démocrate – capables d’unir les travailleurs au-delà des divers secteurs et au-delà des frontières.
Dans le même temps, la lutte pour la défense des droits démocratiques est indissociable de la lutte contre l'oligarchie capitaliste qui soutient Trump. Elle doit s’orienter vers la construction d'un mouvement socialiste de masse pour mettre fin à la dictature, à la répression et à l'exploitation.
