Le Venezuela et l'Ukraine mettent en évidence la faillite du mouvement anti-guerre officiel britannique

L’intervention néocoloniale américaine au Venezuela et l’accord signé par le Royaume-Uni et la France en vue du déploiement massif de forces de l’OTAN en Ukraine placent sans détour la classe ouvrière britannique et internationale devant la nécessité de construire un mouvement anti-guerre.

Aucun moyen pour aller de l’avant n’est proposé par la Coalition Stop the War (STWC), ni par le Your Party de Corbyn, ni par les Verts, dont la réponse ne fait que confirmer que seul un programme socialiste peut servir de base à la lutte contre l'impérialisme et le danger de la guerre mondiale.

Comme toujours, Jeremy Corbyn est présenté par Stop the War comme la figure de proue de l'«opposition»; son article paru dans le magazine Tribune, «La passivité de Starmer face au Venezuela est une lâcheté», est republié sur le site web de STWC. Il y plaide, dans son style gémissant habituel, contre la «relation privilégiée de soumission aveugle de la Grande-Bretagne aux intérêts de la Maison-Blanche ».

L'article de Jeremy Corbyn, «La passivité de Starmer face au Venezuela est une lâcheté», a été publié sur le site web de la Coalition Stop the War. [Photo: Screenshot/Stop the War Coalition]

Les actes du Premier ministre travailliste Keir Starmer en soutien à Trump, étaient «aveugles», «absolument stupéfiants» et «totalement pitoyables», une «abomination» et une «humiliation», s'indigne Corbyn. Son indignation morale masque une vision banqueroutière visant à persuader l'impérialisme britannique d'adopter une nouvelle voie en prenant ses distances avec les États-Unis. Il fallait «une politique étrangère cohérente et éthique, fondée sur le droit international, la souveraineté et la paix».

Ceci est un fantasme. Starmer se prosterne sans aucun doute devant Trump, qui utilise l'armée dans une poursuite effrénée des intérêts prédateurs de l'impérialisme américain. Mais ces deux politiques puisent leur origine dans la crise sous-jacente commune du capitalisme – notamment l'explosion des dettes nationales et des tensions sociales – et dans une volonté commune de la résoudre aux dépens de leurs rivaux par la voie militaire.

C’est pourquoi Starmer a aussi signé une déclaration avec d’autres puissances européennes pour défendre le Groenland contre Trump. Le capitalisme britannique poursuit ses propres intérêts impérialistes. Ceux-ci reposent fortement sur le recours à l’OTAN, et à la force militaire américaine dans l’OTAN, pour continuer la guerre contre la Russie en Ukraine – effort conjoint de l’alliance déjà fragilisé et que les ambitions de Trump vis-à-vis du Groenland et du Danemark, membres de l’OTAN, menacent de faire voler en éclats.

En évoquant «un autre Premier ministre travailliste […] qui s’efforce de consolider le statut du Royaume-Uni comme vassal des États-Unis», Corbyn suit la ligne défendue par Stop the War depuis sa création. Comme l’écrivait précédemment le WSWS: «Ce n’était pas une stratégie anti-impérialiste, mais bien plutôt une dirigée uniquement contre les États-Unis et faisant directement appel à une partie de la classe dirigeante qui estimait que la Grande-Bretagne payait un prix trop élevé pour le peu de gain tiré des guerres sous égide américaine.»

Partant de ce constat, Corbyn et Stop the War limitent d'emblée un mouvement contre l'agression au Venezuela à de vains appels au gouvernement pour qu'il change de cap. STWC exige «que le gouvernement britannique cesse immédiatement toute implication dans les actions illégales, provocatrices et de plus en plus extrêmes du président Trump, et condamne publiquement [son] gangstérisme».

Le Your Party de Corbyn, désormais officiellement fondé, n'a pour l'instant réussi qu'à organiser une pétition: «Nous vous demandons, Monsieur le Premier ministre, 1. De vous opposer à et de condamner sans équivoque l'attaque armée de Trump, 2. De veiller à ce que le Royaume-Uni vote pour la condamner au Conseil de sécurité de l'ONU, et 3. D'exiger le retour sans danger du chef d'État vénézuélien.» Cette pétition a recueilli moins de 20 000 signatures, soit moins de la moitié des membres de ce parti.

Jeremy Corbyn s'adressant au congrès fondateur de Your Party [Photo: X/Jeremy Corbyn]

Corbyn invoque l'expérience de la guerre d'Irak de 2003 sous le Premier ministre travailliste Tony Blair dans le seul but de persuader Starmer de voir la lumière.

«Ignorant les avertissements des gens ordinaires qui pouvaient voir venir la catastrophe», écrit Corbyn, «et contournant toute approbation des Nations Unies, l'invasion et l'occupation de l'Irak sous égide des États-Unis ont causé la mort de plus d'un million d'Irakiens et déclenché une spirale de haine, de conflit et de misère toujours active aujourd'hui […] De combien d'échecs catastrophiques de ce genre avons-nous encore besoin pour apprendre cette leçon?»

Le gouvernement de Blair aurait tout aussi bien pu «anticiper la catastrophe»; il a choisi d’infliger ces souffrances aux populations du Moyen-Orient, un prix jugé acceptable pour obtenir une place à la table du partage impérialiste de ses ressources et une influence géopolitique. Comme l’a déclaré Blair en 2001, après les attentats du 11 septembre aux États-Unis: «Le kaléidoscope a été secoué. Les pièces sont en mouvement. Bientôt, elles se stabiliseront. Avant cela, réorganisons le monde qui nous entoure.»

La leçon que Blair et la classe dirigeante britannique ont retenue est que de tels agissements restent impunis, toutes les tentatives d'enquêter et d’obliger le gouvernement de Blair à rendre des comptes étant étouffées.

Corbyn a directement contribué à ce processus durant son mandat de chef du parti travailliste de 2015 à 2020. Son amnistie pour les blairistes et le maintien de l'engagement du parti travailliste envers l'OTAN et les armes nucléaires ont permis à ce qui se proclame fièrement «le parti de l'OTAN» d'être remis intact à Starmer, prêt à diriger le gouvernement britannique le plus à droite et le plus militariste depuis la Seconde Guerre mondiale.

De gauche à droite: le chef du parti travailliste Keir Starmer, les anciens Premiers ministres Tony Blair et Gordon Brown avant la cérémonie du Conseil d’accession au palais Saint James, à Londres, où le roi Charles III est officiellement proclamé monarque, Londres, le 10 septembre 2022 [AP Photo/Kirsty O'Connor]

Le mouvement Stop the War, qui avait soutenu la candidature de Corbyn (il en était président avant de quitter son poste pour diriger le Parti travailliste), continua de défendre un cours alternatif pour l'impérialisme britannique. Son fondateur Lindsey German, leader du groupe pseudo-de gauche Counterfire, déplora à la célébration du 20e anniversaire (article en anglais) du mouvement en 2021, le refus des gouvernements de «prendre en compte [en politique étrangère] d'autres opinions, comme celles exprimées par les militants pacifistes il y a vingt ans».

Cette ligne a vu un mouvement anti-guerre de millions de personnes opposé à l'invasion de l'Irak, et dont Stop the War était la figure de proue, se réduire à presque rien.

Lorsque les horreurs du génocide israélien contre les Palestiniens et l'indignation face à la complicité des gouvernements britanniques ont une fois de plus poussé des millions de personnes à descendre dans la rue, le mouvement Stop the War et Jeremy Corbyn ont passé deux ans à refuser d'éclairer ces manifestants sur la guerre impérialiste plus large dont faisait partie le génocide de Gaza. Pas un mot n'a été dit sur la guerre OTAN/Russie en Ukraine lors des plus de 30 manifestations nationales organisées à Londres.

Manifestation contre la guerre à Londres, le 15 février 2003. [Photo by Simon Rutherford / CC BY-SA 2.0]

Le silence de Corbyn sur cette question cruciale s'est poursuivi cette semaine, alors même que le Royaume-Uni a signé un accord qui fait planer la menace du déploiement de milliers de soldats britanniques en Ukraine et a participé à une opération de la marine américaine visant à arraisonner un pétrolier battant pavillon russe. Ces deux événements font craindre un conflit armé entre Londres et Moscou, deux puissances nucléaires.

Des responsables militaires britanniques et européens, à l'instar de Richard Shirreff, ex-commandant suprême adjoint de l'OTAN en Europe, déclarent aux médias: «Ce déploiement en Ukraine ne peut se limiter à une force de maintien de la paix légèrement armée, du type des bérets bleus [de l’ONU]… Imposer la paix implique d'être prêt à surpasser les Russes, et donc d'être prêt à les combattre si nécessaire.» Ils déplorent que «le gouvernement n'ait toujours pas pris conscience de la nécessité d'augmenter les dépenses de défense plus tôt que prévu».

Mais Corbyn est aussi docile qu'à l'époque où des généraux en exercice menaçaient de se mutiner au cas où il serait Premier ministre et où des soldats utilisaient une photo de son visage comme cible d’entraînement au tir.

Comme pour le génocide de Gaza, le mouvement Stop the War étend à la bureaucratie syndicale la liberté accordée à Corbyn de jouer les dirigeants anti-guerre et applaudit les dirigeant syndicaux pour des déclarations qui sont de pure forme et ne les engagent à rien.

Cette semaine, Stop the War a reproduit un éditorial lèches-botte du journal stalinien Morning Star qui qualifie d’«excellente initiative» l’appel lancé par Paul Nowak, dirigeant du TUC [Confédération des syndicats], «au gouvernement britannique pour qu’il condamne cette violation flagrante du droit international», ajoutant que d’autres directions syndicales avaient «émis des condamnations tout aussi fortes».

L’article suggère même qu’une révolte est en cours dans le parti travailliste de Starmer, un parti violemment droitier et pro-guerre, en disant que «très peu de députés travaillistes étaient présents à la Chambre des communes lundi soir prêts à apporter un soutien sans équivoque à Starmer et Cooper», clairement «pas convaincus par l'affirmation que le gouvernement privilégie le droit international[!]».

Ni Zarah Sultana de Your Party, ni Zack Polanski, chef du Parti Vert, n'offrent autre chose. Ils se contentent de reprendre les critiques de Corbyn à l'encontre de Starmer qu’ils qualifient de «vassal de Washington» ou de Trump, qualifié d'«allié peu fiable» — Sultana y ajoutant concernant ce dernier une pincée de rhétorique anti-impérialiste.

Intervention de Zack Polanski au Festival de la Résistance à Londres, le 29 mars 2025

Les travailleurs et les jeunes doivent se confronter au défi qu’ils ont devant eux: la construction d'un mouvement anti-guerre fondé sur des principes entièrement nouveaux, les seuls possibles, ceux de l'internationalisme socialiste.

L'invasion du Venezuela par Trump et le meurtre d'une citoyenne américaine à Minneapolis cette semaine montrent qu'il n'y a pas de séparation entre les guerres menées contre la classe ouvrière à l'étranger ou sur le sol américain. Le soutien apporté par Starmer à l'agression contre le Venezuela, au génocide à Gaza et à la guerre en Ukraine, conjugué au fait qu’il laisse mourir de faim les prisonniers politiques anti-génocide, le prouve également. À mesure que la violence militaire s'intensifie, les attaques contre les travailleurs se renforceront, tout comme leur résistance.

C’est sur ce processus que repose la construction d’un mouvement anti-guerre, en liant la résistance à la guerre de classe menée par le gouvernement à l’intérieur, à la résistance à son agression impérialiste à l’extérieur. Mais cela devra se faire dans une opposition constante à la paralysie politique semi-pacifiste prônée par Corbyn et ses alliés, et à leur insistance à subordonner l’action à la bureaucratie travailliste et syndicale.

A travers ce combat, de nouvelles formes de lutte ouvrière – des comités de la base, organisés sur les lieux de travail et dans les quartiers, et connectés à l'échelle mondiale – s'instaureront. Ceux-ci s'approprieront la lutte contre la guerre et pour la défense et l’avancement des droits démocratiques et des conditions sociales. Ce combat ne peut s'achever que dans la lutte pour le socialisme.

(Article paru en anglais le 10 janvier 2026)

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