Au cours de la semaine qui a suivi le meurtre de Renée Nicole Good par un agent de l'Immigration and Customs Enforcement (ICE) le 7 janvier, Minneapolis a été placée sous occupation par des milliers de membres des forces paramilitaires fédérales opérant sous la direction du président.
La situation a été clairement exposée mercredi soir dans un discours extraordinaire diffusé à la télévision de l'État par le gouverneur du Minnesota, Tim Walz. Walz a condamné ce qu'il a qualifié de « campagne de brutalité organisée contre la population du Minnesota par notre propre gouvernement fédéral ».
Le gouverneur démocrate et candidat à la vice-présidence en 2024 a donné le compte rendu suivant de la situation dans l'État :
Les reportages ne rendent tout simplement pas compte du niveau de chaos, de perturbation et de traumatisme que le gouvernement fédéral fait subir à nos communautés. Deux à trois mille agents armés du gouvernement fédéral ont été déployés dans le Minnesota.
Des agents de l'ICE armés, masqués et insuffisamment formés font du porte-à-porte, ordonnant aux gens de leur indiquer où vivent leurs voisins de couleur. Ils arrêtent les gens sans discernement, y compris les citoyens américains, et exigent de voir leurs papiers.
Et dans les épiceries, aux arrêts de bus, même dans les écoles, ils cassent des vitres, traînent des femmes enceintes dans la rue, attrapent simplement des habitants du Minnesota et les poussent dans des fourgonnettes banalisées, kidnappant des innocents sans avertissement et sans procédure régulière.
Walz a souligné la démission d'une demi-douzaine de procureurs de carrière du bureau du procureur fédéral à Minneapolis, parce que le ministère de la Justice a désigné Jonathan Ross, l'agent de l'ICE qui a tué Renée Good, comme victime, et a proposé d'enquêter sur Becca Good, la femme de Renée, pour ses liens présumés avec des groupes antigouvernementaux.
Et il a cité la déclaration de Trump sur les réseaux sociaux selon laquelle pour le Minnesota, « le jour du châtiment et du jugement approche ». Walz a qualifié cela de «menace directe contre les habitants de cet État, qui ont osé voter contre lui à trois reprises et qui continuent à défendre la liberté [...] »
Ce que Walz décrit, c'est l'émergence d'une dictature présidentielle, et pas seulement dans le Minnesota. Trump a déjà déclaré qu'il n'y avait aucune contrainte à ses ordres concernant les opérations militaires américaines à l'étranger, si ce n'est sa propre «moralité » douteuse. Il est clair qu'il ne respecte pas la Constitution américaine. L'invasion du Minnesota par des agents fédéraux pourrait bien être suivie de l'invocation de la Loi sur l'insurrection et du déploiement de la Garde nationale et des forces militaires régulières dans les villes de tout le pays.
Loin de se retirer après le meurtre de Renée Good, l'administration Trump a considérablement intensifié ses violences. L'ampleur de l'assaut est stupéfiante : les quelque 3000 agents fédéraux représentent le double des effectifs combinés des services de police de Minneapolis et de Saint Paul.
Les atrocités commises par l'ICE se succèdent. Mercredi soir, un agent fédéral a tiré sur un homme à la jambe lors d'une confrontation au cours de laquelle, selon le DHS, l'individu aurait tenté de fuir son arrestation et aurait ensuite frappé un agent avec une « pelle » ou un « manche à balai ».
Un pasteur local a été arrêté et menacé avec une arme à feu par l'ICE, avant d'être relâché avec le commentaire suivant : « Vous êtes blanc et on ne pourrait pas s’amuser avec vous. » À Richfield, dans le Minnesota, deux employés de Target, tous deux citoyens américains, ont été plaqués au sol, détenus dans un VUS banalisé, puis relâchés et poursuivis au niveau fédéral pour avoir agressé un agent.
Un immigrant hondurien, Mauricio Henríquez Serrano, a été traîné hors de sa voiture alors qu'il était inconscient, sous les cris d'horreur des passants. Il serait actuellement emprisonné dans un centre de détention au Texas. Mardi, à seulement deux pâtés de maisons de l'endroit où Good a été tuée, des agents de l'ICE armés et masqués ont brisé la vitre de la voiture d'une femme handicapée, ont coupé sa ceinture de sécurité et l'ont traînée hors du véhicule, ignorant ses cris indiquant qu'elle était autiste et qu'elle essayait d'aller chez le médecin.
Plusieurs reportages font état d'agents de l'ICE invoquant le meurtre de Good comme une menace lorsqu'ils sont confrontés à des manifestations. « N'avez-vous pas tiré les leçons des derniers jours ? », a déclaré un agent à un habitant qui le filmait.
Et cela ne concerne pas seulement le Minnesota. Le 9 janvier, à Santa Ana, en Californie, Kaden Rummler, 21 ans, a été aveuglé et presque tué par une balle « moins létale » tirée par un agent du DHS, une agression qui a conduit Rummler à l'hôpital avec des éclats de projectile encore dans le corps.
Il y a une contradiction flagrante dans le discours de Walz. Il décrit un état d'occupation par les forces paramilitaires envoyées par l'administration Trump. Mais la solution qu'il propose est que les habitants du Minnesota évitent de provoquer Trump dans leurs manifestations et attendent que « justice soit faite », ce qui, selon lui, se fera « aux urnes et devant les tribunaux ».
Tout d'abord, la violence de l'ICE qui a coûté la vie à Renée Nicole Good n'a pas été provoquée par elle ni par aucune autre personne manifestant en faveur des immigrants. Elle a été intentionnellement encouragée par Trump et sa clique fasciste. Leur réaction au meurtre de Good a été de la traiter de « terroriste nationale » et d’«agitatrice professionnelle », tandis que le vice-président JD Vance affirmait que les agents de l'ICE bénéficiaient d'une « immunité absolue ». Le principal conseiller fasciste de Trump, Stephen Miller, a envoyé un message à tous les agents de l'ICE indiquant que « personne – ni fonctionnaire municipal, ni fonctionnaire d'État, ni étranger en situation irrégulière, ni agitateur de gauche ou insurgé national – ne peut vous empêcher de remplir vos obligations et devoirs juridiques ».
Quant aux poursuites judiciaires, un régime qui opère dans la criminalité totale ne reconnaîtra pas les tribunaux et n'a aucune intention de perdre les élections. Trump a déjà commencé à laisser entendre que les élections ne devraient même pas avoir lieu en 2026, et si elles ont lieu, elles pourraient bien se dérouler sous la menace des armes, avec l'occupation militaire de certaines villes.
La force qui peut et doit être mobilisée contre l’érection d’une dictature par Trump est la classe ouvrière. Elle produit toute la richesse de la société et détient le potentiel nécessaire pour mettre fin à la machine de répression et d'exploitation.
La seule réponse sérieuse et efficace à l'attaque de Trump contre le Minnesota est l'organisation d'une grève générale de toute la classe ouvrière, tant au Minnesota que dans tout le pays. L'action sociale organisée de la classe ouvrière peut paralyser les opérations de l'ICE, du département de la Sécurité intérieure et de toutes les agences répressives que Trump déploie contre les travailleurs immigrés et, tôt ou tard, contre la classe ouvrière dans son ensemble.
Les travailleurs des compagnies aériennes peuvent bloquer le transport des agents fédéraux vers les villes jumelles. Les travailleurs de la logistique peuvent couper leurs chaînes d'approvisionnement. Les travailleurs des hôtels peuvent leur refuser l'hébergement, comme l'a fait un hôtel de banlieue la semaine dernière, déclenchant une panique dans la droite.
L'hostilité des travailleurs et de la population américaine dans son ensemble à l'égard des violences de l'ICE et de l'administration Trump ne cesse de croître. Des sondages récents montrent un changement radical, où davantage d'Américains sont favorables à l'abolition de l'ICE plutôt qu'opposés à celle-ci, et où une nette majorité appuie les poursuites contre l'agent de l'ICE Jonathan Ross pour le meurtre de Renée Good.
Les travailleurs du Minnesota ont eux-mêmes une longue histoire de lutte politique contre la répression et la violence de l'État. C'est dans le Minnesota que les chauffeurs routiers, sous la direction du mouvement trotskyste, ont mené avec succès une grève générale en 1934 qui a vaincu les forces répressives combinées de la police locale et de la Citizens Alliance, porte-parole des grandes entreprises des villes jumelles.
Les événements de la semaine dernière marquent une nouvelle étape dans le complot de l'administration Trump visant à établir une dictature présidentielle. Au cours de l'année écoulée, alors que ce complot se déroulait étape par étape, le Parti démocrate n'a absolument rien fait pour l'arrêter. En tant que parti de Wall Street et de l'appareil militaire et du renseignement, il est bien plus terrifié par l'émergence d'un mouvement de masse de la classe ouvrière que par la dictature. Un tel mouvement ne s'arrêterait pas à Trump, mais menacerait l'ensemble du système capitaliste.
Le Parti de l'égalité socialiste (PES) appelle à la formation de comités de base dans chaque lieu de travail, chaque école et chaque quartier. Ces comités, indépendants de l'appareil syndical corporatiste, doivent devenir des centres de résistance à la dictature Trump.
Ces comités doivent rallier les travailleurs de tous les secteurs – santé, éducation, transports, logistique, industrie manufacturière et autres – dans une contre-offensive unifiée contre l'administration Trump et l'oligarchie capitaliste qu'elle sert. Ils doivent exiger l'arrestation et la poursuite des assassins de Renée Nicole Good ; le retrait immédiat des forces de l'ICE, des douanes et de la protection des frontières et du département de la sécurité intérieure de Minneapolis et de toutes les autres villes ; l'abolition de ces agences paramilitaires ; et la libération de tous les détenus.
La lutte pour mettre fin à la dictature doit être liée à la lutte contre le système capitaliste lui-même. Les fortunes colossales accumulées par la classe dirigeante doivent être expropriées, les grandes entreprises et les banques, transformées en services publics sous le contrôle démocratique de la classe ouvrière, et les ressources sociales, réorientées pour répondre aux besoins humains, et non au profit privé. Le PES propose ce programme comme fondement de la mobilisation politique de la classe ouvrière pour mettre fin au fascisme par la lutte pour le socialisme.
