Moins de trois semaines après le début de la nouvelle année, 2026 a déjà été marquée par une escalade extraordinaire de la violence et de la criminalité de la part de l'administration Trump, tant au niveau international qu'aux États-Unis.
L'année a commencé par l'invasion illégale du Venezuela et l'enlèvement de son président, Nicolás Maduro, un acte d'agression impérialiste flagrant visant à prendre le contrôle des ressources pétrolières du pays. Cette action a été rapidement suivie par des menaces de bombardement de l'Iran, de nouvelles menaces d'annexion du Groenland par la force militaire et des discours de plus en plus belliqueux à l'égard même des alliés traditionnels des États-Unis, dont récemment le Canada.
Aujourd'hui, l'administration Trump tourne l'appareil de violence et de répression vers l'intérieur. Au cours du week-end, le Pentagone a confirmé avoir mis en état d’alerte 1.500 soldats de la 11e division aéroportée de l'armée, basée en Alaska et bien préparée à opérer dans le froid glacial de l'hiver du Minnesota. Dans une déclaration envoyée par courrier électronique en réponse aux questions de la presse, le porte-parole Sean Parnell a écrit: «Le département de la Guerre est toujours prêt à exécuter les ordres du commandant en chef à sa demande».
L'administration Trump a déclaré en fait la guerre au peuple américain. Le déploiement prévu de l'armée contre la population de Minneapolis, ainsi que la menace de Trump d'invoquer la loi sur l'insurrection, constituent une escalade considérable du complot en cours visant à établir une dictature présidentielle.
Qu'est-ce qui alimente ce tournant extraordinaire vers la violence et la répression? On ne peut pas l'expliquer seulement par la personnalité sinistre de Trump, mais comme la réponse de la classe dirigeante à une crise profonde et croissante du capitalisme américain. Celle-ci se manifeste par des niveaux d'endettement insoutenables, des menaces pesant sur la position mondiale du dollar et l'effondrement croissant de l'ordre d'après-guerre. Sur le plan intérieur, la colère des travailleurs et des jeunes monte contre l'oligarchie au nom de qui Trump parle et agit.
En réponse à l'opposition sociale qui a éclaté à la suite du meurtre de Renee Nicole Good par la police de l’immigration (ICE), le régime Trump se prépare à intensifier sa violence. En plus de mobiliser la 11e division aéroportée, le Pentagone a mis en état d’alerte 200 soldats de la Garde nationale du Texas afin qu'ils se tiennent prêts à être déployés dans le Minnesota pour soutenir les forces armées.
Le directeur du FBI, Kash Patel, et le procureur général adjoint des États-Unis, Todd Blanche, se sont rendus vendredi à Minneapolis, alors que la presse rapportait que Patel avait lancé un appel aux agents du FBI de tout le pays pour qu'ils se portent volontaires afin d'être temporairement transférés à Minneapolis.
Dans une déclaration extraordinaire, Blanche a affirmé la semaine dernière que le gouverneur du Minnesota Tim Walz (ancien candidat à la vice-présidence) et le maire de Minneapolis Jacob Frey, tous deux démocrates, étaient coupables de «terrorisme», déclarant dans un message adressé à Walz et Frey qu'il était «déterminé à mettre fin à VOTRE terrorisme par tous les moyens nécessaires». Le ministère de la Justice a ouvert une enquête pénale à leur encontre pour «ingérence» dans l'application de la législation fédérale en matière d'immigration.
Invité dans plusieurs émissions d'interview dimanche matin, Frey a déclaré que Trump provoquait délibérément la violence, dans l'espoir de l'utiliser comme prétexte pour occuper militairement les villes jumelles (Minneapolis et Saint-Paul). Il a déclaré à Jake Tapper, animateur de l'émission State of the Union sur CNN: «Je n'aurais jamais imaginé, même dans un million d'années, que nous serions envahis par notre propre gouvernement fédéral».
Frey a ajouté qu'il «espérait que le système judiciaire ferait son travail pour assurer l'équilibre nécessaire des pouvoirs». C'est une impasse et une diversion, en particulier lorsque la Cour suprême, l'autorité judiciaire suprême, est sous le contrôle étroit de l'extrême droite, dont trois juges nommés par Trump lui-même.
L'appel à une grève d'une journée dans toute la ville le 23 janvier, qui a été lancé par une coalition de syndicats locaux et d'organisations communautaires de Minneapolis, répond à la pression croissante des travailleurs, des jeunes et de larges couches de la population en faveur d'une action de masse contre l'occupation fédérale menée par la police d’immigration (ICE).
Cependant, les principales fédérations syndicales, notamment celle du Minnesota et l'AFL-CIO nationale, ont refusé de soutenir la grève, et de nombreux dirigeants syndicaux locaux s'efforcent de contrer le sentiment croissant en faveur d'une grève générale.
L'Association des infirmières du Minnesota (MNA) a publié samedi une déclaration appelant ses membres «à respecter les clauses de non-grève de leurs contrats et à se présenter au travail comme prévu», sous le prétexte que les infirmières «jouent un rôle unique et essentiel en tant que soignantes et défenseuses des patients». Et ce, alors que 15.000 infirmières sont actuellement en grève à New York et que 31.000 infirmières se préparent à faire grève sur la côte ouest, pour défendre l’accès de leurs patients aux soins de santé.
Alors que Walz et Frey ont lancé des avertissements sur l'occupation de Minneapolis et le danger d'une guerre civile, le Parti démocrate dans son ensemble ne fait rien pour arrêter le coup d'État accéléré de l'administration Trump. Terrifié avant tout par l'émergence d'une opposition massive venue d'en bas, il s'efforce de canaliser l'indignation suscitée par les actions de Trump vers l'impasse de la politique électorale.
Dans une récente déclaration vidéo, le sénateur Bernie Sanders, qui représente l'aile supposée à gauche du Parti démocrate, a admis que les États-Unis traversaient une «période sans précédent et dangereuse» et que Trump «nous conduisait vers une société autoritaire». Sanders n'a toutefois rien dit au sujet de la grève générale d'une journée prévue à Minneapolis le 23 janvier. Il s'en est plutôt tenu au discours habituel du Parti démocrate: des appels creux en faveur d'une «réforme de l'immigration» et surtout une focalisation sur les élections de mi-mandat de 2026, qui auront lieu dans dix mois.
Il n'y a toutefois aucune raison de supposer que les élections auront lieu dans dix mois ni que, si elles ont lieu, elles se dérouleront dans des conditions qui ressemblent de près ou de loin à des normes démocratiques. Le gouvernement met en place l'infrastructure juridique, policière et militaire nécessaire pour intimider les électeurs, criminaliser l'opposition et déployer les forces armées sur le territoire national sous prétexte d'«insurrection» et de «terrorisme».
Le Parti de l’égalité socialiste (États-Unis) appelle à la mobilisation la plus large possible des travailleurs et des jeunes le 23 janvier. Les préparatifs visant à invoquer la loi sur l'insurrection et à envoyer des soldats en service actif dans une grande ville américaine représentent une escalade historique vers la dictature. Ils doivent être contrés par une action massive et indépendante de la classe ouvrière et par le développement d'un véritable mouvement de grève générale, à Minneapolis et dans tout le pays.
Cela signifie la formation immédiate de comités de base dans chaque lieu de travail, école et quartier. Des réunions d'urgence doivent être convoquées sur chaque site – syndiqué ou non – afin d'élire des représentants et de commencer à planifier une réponse unifiée. Ces comités doivent exiger et préparer une grève illimitée, organisée à travers tous les secteurs et toutes les régions. Leurs revendications doivent inclure: le retrait de toutes les forces fédérales; l'arrestation et la poursuite en justice du meurtrier de Renee Nicole Good; l'abolition de la police d’immigration (ICE) et du Département de la sécurité intérieure (DHS) et la libération de tous les détenus.
Ces comités de base doivent non seulement unifier la lutte à Minneapolis, mais aussi relier les luttes au niveau national et international. L'Alliance ouvrière internationale des comités de base (IWA-RFC), lancée par le Parti de l'égalité socialiste et ses partis frères, fournit le cadre organisationnel d'un tel mouvement.
La crise ne peut être résolue par des recours devant les tribunaux, les politiciens démocrates ou les prochaines élections. Ce qui se passe à Minneapolis est le fer de lance d'une conspiration nationale visant à établir une dictature présidentielle. Une fois de plus, Trump n'agit pas en tant qu'individu, mais en tant que représentant politique de l'oligarchie capitaliste, qui répond à l'aggravation de la crise économique et à l'opposition sociale de masse par une escalade de la violence et de la répression.
La mobilisation qui se développe actuellement à Minneapolis doit devenir le point de départ d'un mouvement national de la classe ouvrière, unissant toutes les catégories de travailleurs – industrie, secteur public, transports, éducation, santé – dans une offensive commune. La mobilisation industrielle massive des travailleurs et le développement d'une grève générale doivent être liés au mouvement politique indépendant de la classe ouvrière, dirigé contre la dictature, la guerre et le système capitaliste lui-même.
