Les grandes crises démasquent immanquablement les tendances politiques. L’offensive militariste de Trump, avec son invasion du Venezuela et ses menaces de bombarder l’Iran afin d’installer un régime droitier à Teheran, et la grève générale provoquée par son occupation de la ville de Minneapolis par la police anti-immigré ICE montrent qu’il est temps de faire le bilan. L’explosion de guerres impérialistes et de la lutte des classes révèlent la faillite des organisations «de gauche» qui prédominent en France depuis des décennies.
La France insoumise (LFI), le parti populiste de Jean-Luc Mélenchon qui a formé le Nouveau Front Populaire (NFP) avec le PS bourgeois, le PCF stalinien, les Verts et le NPA pabliste, n’offre pas de perspective révolutionnaire pour une lutte contre l’impérialisme. Passant sous silence la mobilisation des travailleurs américains à Minneapolis, LFI s’aligne sur l’impérialisme français, qui cherche une nouvelle entente avec Washignton malgré la crise explosive des relations euro-américaines provoquée par les visées de Trump sur le Groenland.
La semaine dernière, quand Macron a refusé de donner le milliard de dollars réclamé par Trump pour participer à son Conseil de la paix censé administrer le génocide à Gaza, Trump a publié un message WhatsApp que lui avait envoyé Macron. Dans ce texto dont l’Elysée a confirmé l’authenticité, loin de critiquer Trump, Macron applaudissait sa politique étrangère et tentait d’organiser une rencontre avec lui. Macron avait écrit:
«Mon ami, nous sommes totalement alignés en Syrie. Nous pouvons accomplir de grandes choses en Iran. Je ne comprends pas ce que tu fais au Groenland. Tentons de bâtir de grandes choses: (1) Je peux organiser une réunion du G7 après Davos à Paris jeudi après-midi. Je peux inviter les Ukrainiens, les Danois, les Syriens, et les Russes dans les marges. (2) Dînons ensemble à Paris jeudi avant ton retour aux USA. Emmanuel».
Le président fasciste américain démolissait ainsi les prétentions de Paris à faire une politique étrangère fondamentalement différente de la sienne. Passant sous silence le pillage du Venezuela, Macron applaudissait les menaces de Trump de bombarder l’Iran et adoubait sa politique en Syrie, pays dont Trump avait reçu le président à Washington avant que celui-ci ne lance une sanglante offensive contre les Kurdes. Et Macron, qui a salué les dirigeants israéliens et fait réprimer les manifestations pro-Gaza en France, n’est pas non plus un opposant du génocide à Gaza.
En effet, Paris, les banques françaises et le CAC-40 espèrent piller le pétrole vénézuélien et iranien et obtenir une grosse part du butin d’un repartage du monde que tentent d’effectuer les puissances impérialistes, malgré les rivalités croissantes entre elles.
Macron avait d’ailleurs salué l’invasion du Venezuela par Trump, écrivant carrément sur X: «Le peuple vénézuélien est aujourd’hui débarrassé de la dictature de Nicolás Maduro et ne peut que s’en réjouir.» Tentant cyniquement de faire passer pour une libération l’invasion non provoquée d’un pays par Trump pour piller son pétrole, Macron avait ajouté: «La transition à venir doit être pacifique, démocratique et respectueuse de la volonté du peuple vénézuélien.»
Quelle a été la réaction de LFI face à cette révélation de la criminalité politique et de la veulerie de Macron? Après la publication par Trump du texto de Macron, LFI a envoyé la cheffe de sa fraction à l’Assemblée nationale, Mathilde Panot, sur France Info pour défendre Macron.
«Emmanuel Macron a tout à fait raison de refuser de se joindre à ce Conseil de Gaza», a déclaré Panot. Tentant de faire passer le gouvernement français pour un opposant courageux de Trump, elle a ajouté: «capituler devant Trump, céder devant Trump ne sert à rien. Il faut donc tenir bon».
Panot s’est ensuite érigée en défenseure de l’honneur de Macron. S’offusquant de la publication par Trump des textos privés que Macron lui envoyait derrière le dos des Français, elle a ajouté: «Nous n'acceptons pas que notre pays et le président, aussi détesté soit-il, soient humiliés de cette manière à l'international.»
A propos du contenu du texto de Macron, Panot n’a pas critiqué son soutien aux guerres de pillage de Trump. Elle ne s’est inquiétée que du risque que la servilité de Macron envers un président américain haï à travers l’Europe n’attise la colère sociale. Elle s’est plainte qu’«Emmanuel Macron a l'air de continuer sur une stratégie où il pense qu'en étant assez flagorneur vis-à-vis de Donald Trump, Donald Trump pourrait changer d'attitude.»
Ces commentaires démasquent la politique pro-impérialiste de LFI. Si LFI sert de repoussoir à la presse d’extrême-droite ou pro-Macron, son rôle est surtout déterminé par son hostilité populiste à la lutte des classes. Les partis et les bureaucraties syndicales que LFI a agrégés dans le NFP visent à étouffer ou sinon canaliser la lutte des classes sur le terrain national, comme les travailleurs l’ont vu avec le bradage par les directions syndicales des grèves de masse contre la réforme des retraites de Macron en 2023.
Les travailleurs de Minneapolis se mobilisent et font grève contre les exécutions illégales de citoyens américains par ICE, la police fasciste anti-immigré de Trump. Mais LFI ne vise pas à mobiliser les travailleurs en France contre un président détesté, contre les guerres néocoloniales et par solidarité avec les travailleurs américains. LFI défend le flanc gauche de Macron, alors que ce dernier se déclare «ami» du président fasciste des USA qui opprime la population américaine.
La question décisive posée aux travailleurs par la faillite de LFI est comment lutter contre la guerre impérialiste, le fascisme, et la dictature de l’oligarchie capitaliste. Il s’agit de poser aux travailleurs et aux jeunes une question décisive: la nécessité de briser l’emprise des appareils du Nouveau Front Populaire sur la lutte des classes afin de libérer les énergies de l’immense opposition ouvrière qui couve en France et à l’international.
Ceci passe par la mobilisation des travailleurs à partir de la base, et la construction de comités d’action de la base dans la classe ouvrière. Celles-ci auraient vocation à soustraire le contrôle de l’organisation des luttes aux bureaucraties syndicales, liées en France au NFP. La mobilisation des «gilets jaunes» a déjà montré de manière embryonnaire comment un tel mouvement peut ébranler la classe dirigeante. Il s’agit à présent de construire une telle mobilisation dans l’ensemble de la classe ouvrière, pour stopper les guerres impérialistes et briser les dictatures capitalistes en formation.
Ceci soulève la nécessité d’une réorientation de couches politiquement avancées des travailleurs et des jeunes sur la base de la Révolution permanente, la perspective trotskyste défendue par le Comité international de la IVe Internationale (CIQI) et sa section française, le Parti de l’égalité socialiste.
La guerre impérialiste mondiale, le fascisme et le génocide ne sont pas des erreurs dans un système capitaliste qu’il s’agirait de refonder via des luttes syndicales et dans l’unité avec des organisations bourgeoises tel que le PS en France. Ce sont les signes d’une crise mortelle du capitalisme, comme le furent les crimes du régime hitlérien lors de la fondation de la IVe Internationale. Dans une telle situation, la démocratie et les droits sociaux ne peuvent être défendus qu’à travers une lutte pour le pouvoir ouvrier et la révolution socialiste.
Le fait que Panot couvre les discussions politiquement criminelles entre Macron et Trump est un avertissement sur le rôle contre-révolutionnaire que joueront le NFP et toutes les organisations qui se seront orientées vers lui.
