Dans un acte de censure politique, un comité de collection du Musée des beaux-arts de l’Ontario (AGO) a refusé l'année dernière d'acheter une œuvre de la photographe et artiste Nan Goldin, car plusieurs membres du comité ont jugé « offensante » et «antisémite » sa dénonciation du génocide à Gaza.
Le Globe and Mail a publié l'article le 21 janvier, et d'autres médias ont relayé l'information. Cette action contre Nan Goldin, juive américaine, a conduit à la démission du conservateur en chef John Zeppetelli et de deux bénévoles du comité des collections.
L'AGO est l'un des plus grands et plus prestigieux musées d'art d'Amérique du Nord, avec une collection de plus de 120 000 œuvres. Il possède déjà trois autres œuvres de Goldin.
Nan Goldin est une figure éminente de la communauté artistique mondiale. En 2023, elle a été décrite comme la personne la plus influente du monde de l'art dans la liste «Power 100 » du magazine ArtReview.
Dans sa déclaration la plus médiatisée sur Gaza, Goldin a profité de l'inauguration, en novembre 2024, de l'exposition « This Will Not End Well » (Cela va mal se finir) à la Neue Nationalgalerie [Nouvelle Galerie nationale] de Berlin pour condamner Israël et l'Allemagne pour leur rôle dans le génocide à Gaza et son extension au Liban.
Comme l'a rapporté le WSWS :
Au début de son discours de 14 minutes devant une salle comble [...] Goldin a appelé à quatre minutes de silence en mémoire des victimes du conflit dans les territoires palestiniens et au Liban, ainsi que des civils tués en Israël. [...]
Faisant référence à ses propres origines juives, Goldin a expliqué : « Mes grands-parents ont fui les pogroms en Russie. J'ai été élevée dans la connaissance de l'Holocauste nazi. Ce que je vois à Gaza me rappelle les pogroms auxquels mes grands-parents ont échappé. »
Plus loin dans son discours :
« L'antisionisme n'a rien à voir avec l'antisémitisme », a-t-elle déclaré sous les acclamations, soulignant que la campagne visant à confondre ces deux termes mettait de plus en plus en danger les Juifs qui considéraient auparavant l'Allemagne comme un refuge contre l'antisémitisme.
Quelques mois plus tard, l'AGO a décidé d'acheter l'œuvre vidéo de Goldin, Stendhal Syndrome, avec la Galerie d’art de Vancouver et le Walker Art Center de Minneapolis.
Selon Artnet,
Stendhal Syndrome, réalisé en 2024, entremêle les photographies prises par Goldin elle-même de ses amis et amants au cours des deux dernières décennies avec des images de peintures et de sculptures classiques, de la Renaissance et baroques. Il tire son nom du syndrome psychosomatique qui provoque des évanouissements ou des hallucinations chez les personnes exposées à une beauté intense.
Cependant, ce que les responsables pensaient être une simple formalité, à savoir une réunion du comité responsable pour voter sur la proposition d'achat de l'œuvre de Goldin, a donné lieu à des accusations calomnieuses d'antisémitisme à l'encontre de l'artiste.
Un article plus récent du Globe and Mail a fourni des détails supplémentaires. Le nouvel article rapporte que c'est Judy Schulich, « cadre philanthropique », qui a mené l'opposition au Stendhal Syndrome. Schulich aurait apparemment lancé la discussion. Elle a ensuite qualifié Goldin de « menteuse » et de « propagandiste » et « a fait valoir que les sentiments des membres du comité n'avaient pas été pris en compte dans la discussion sur l'acquisition ».
Une personne anonyme présente à la réunion, comme le révèlent également les documents récemment divulgués, a comparé Mme Goldin à Leni Riefenstahl, la cinéaste allemande controversée de la Seconde Guerre mondiale qui a largement contribué à la propagande nazie.
La discussion animée qui a suivi a vu certains membres du comité soutenir Mme Goldin, estimant que refuser d'acquérir son œuvre équivalait à de la « censure », selon [une] note de service.
Le comité a finalement voté à 11 voix contre 9 contre l'acquisition de l'œuvre, selon une source.
Le Globe and Mail note également que
Mme Schulich est vice-présidente exécutive de la Fondation Schulich, qui se présente comme l'une des plus grandes fondations privées du Canada et qui a été créée par son père, l'entrepreneur milliardaire Seymour Schulich. [...] Entre 2019 et 2024, elle et le capital-risqueur David Stein ont conjointement fait don d'au moins un demi-million de dollars à l'AGO, selon les registres du musée, en dehors de la fondation, qui soutient également le musée.
Il s'agit là d'une nouvelle tentative désespérée d’étouffer la vérité sur les horreurs commises à Gaza, au nom du régime fasciste de Netanyahou et de l'élite dirigeante mondiale, qui soutient sans réserve l'État sioniste.
Dans une interview, Goldin a déclaré à Artnet :
« Il semble que la Palestine est une grande exception à laquelle la liberté d’expression ne s’applique pas », a déclaré Goldin lors d'un entretien téléphonique. « On nous a dit que c'était un membre du conseil d'administration qui avait bloqué la vente, peut-être y avait-il quelqu'un qui menait la charge, et non pas 11 personnes qui ont voté contre. »
De manière significative, Goldin a également expliqué les conséquences professionnelles de sa prise de position contre les crimes d'Israël :
« Mes ventes sont passées de très bonnes avec Gagosian [réseau mondial de galeries d'art] pour la première fois de ma vie à des ventes minimes pendant un certain temps », a déclaré Goldin. « Il y avait une chaîne WhatsApp qui s'était engagée à détruire tous les artistes qui avaient signé la lettre d'Artforum. Ils s'étaient engagés à ne pas nous acheter, à ne pas nous collectionner, à ne pas nous exposer, à ne pas parler de nous. »
[La « lettre d'Artforum » fait référence à une protestation menée par des artistes de renom, dont Goldin, après que le magazine en question ait licencié son rédacteur en chef David Velasco pour avoir publié une lettre ouverte pro-palestinienne en octobre 2023.]
Goldin a continué à dénoncer les crimes commis à Gaza et dans la région. Lors du festival international de photographie Rencontres d'Arles, dans le sud de la France, le 8 juillet 2025, elle a qualifié le massacre à Gaza de « premier génocide diffusé en direct».
L'artiste a déclaré à Artnet : « Je suis juive. Je l'ai toujours été. Je le suis toujours, et faire preuve de compassion fait partie de mon éducation juive. » Elle a ajouté : « L'idée que le fait de ne pas soutenir la politique d'une nation puisse être qualifié d'antisémite est ridicule. [...] Le sionisme n'est même pas une construction religieuse. C'est une construction politique. »
Après que l'AGO ait capitulé devant les chiens de garde pro-sionistes, le Walker et la Galerie d’art de Vancouver ont poursuivi leur part de l'acquisition, et Stendhal Syndrome a commencé à être présenté en novembre à Vancouver.
