Mardi, 21 démocrates de la Chambre ont fourni les votes nécessaires à l’adoption d’une enveloppe de financement qui met fin à une fermeture partielle du gouvernement et finance l’appareil militaire de Trump jusqu’en septembre, alors qu’il mène la guerre à travers le monde. Le projet de loi comprend également une mesure provisoire de deux semaines pour financer la campagne de meurtres et de violences menée actuellement par les agents de l'ICE (Immigration and Customs Enforcement) et du CBP (Customs and Border Protection) de Trump. Trump a signé le projet de loi de 1200 milliards de dollars le jour même.
Les démocrates de la Chambre ont voté en faveur du projet de loi après que celui-ci eut déjà été adopté au Sénat vendredi, par 71 voix contre 29, avec le soutien du chef de la minorité Chuck Schumer, du whip de la minorité Dick Durbin et du vice-président de la conférence Mark Warner. Au total, 23 sénateurs démocrates ont voté pour. Schumer a personnellement négocié l’accord avec la Maison-Blanche de Trump.
L'adoption du projet de loi de finances par la Chambre des représentants mardi était le résultat d'une manœuvre soigneusement orchestrée entre les dirigeants démocrates et républicains. Le projet de loi a été adopté par la Chambre à une faible majorité de 217 voix contre 214. Vingt-et-un républicains, principalement issus du groupe fasciste House Freedom Caucus, ont voté contre le projet de loi. Les démocrates ont réagi en fournissant exactement le nombre de voix nécessaires pour compenser les défections républicaines.
Ces votes démontrent que le Parti démocrate ne fonctionne pas comme une opposition, mais comme un facilitateur de l’administration Trump. Sa priorité est d’assurer le financement ininterrompu de l’armée américaine tout en détournant l’opposition populaire par des appels à des changements cosmétiques et insignifiants face aux efforts du gouvernement visant à instaurer une dictature présidentielle.
L'adoption du projet de loi de finances intervient dans un contexte d'indignation générale suite au meurtre de Renée Nicole Good, une mère de trois enfants âgée de 37 ans, par un agent de l'ICE à Minneapolis le 7 janvier, puis au meurtre d'Alex Pretti, un infirmier de 37 ans travaillant pour l'administration des anciens combattants, par des agents du CBP le 24 janvier alors qu'il filmait une descente de police visant des immigrés. Des dizaines de milliers de personnes sont descendues dans les rues à Minneapolis, Los Angeles, New York, Chicago et dans d'autres villes du pays.
Trump a envoyé des milliers de soldats et de membres de la Garde nationale à Los Angeles, La Nouvelle-Orléans et Washington DC, dépensant près d'un demi-milliard de dollars pour des déploiements nationaux cette année. Le Pentagone a mis 1500 soldats de la 11e division aéroportée de l'armée en état d'alerte pour un déploiement à Minneapolis.
Le projet de loi a été adopté le jour même où un avion de chasse F-35C de l'US Navy, basé sur le porte-avions USS Abraham Lincoln, a abattu un drone iranien dans la mer d'Oman. Le groupe aéronaval se dirige vers le golfe Persique, dans le cadre de ce que Trump a qualifié d'« immense armada » visant l'Iran. « Fin prêt à remplir rapidement sa mission, avec rapidité et violence, si nécessaire », a écrit Trump sur Truth Social le 28 janvier.
L’escalade contre l’Iran intervient après l’enlèvement, en janvier, du président vénézuélien Nicolás Maduro et de son épouse par l’armée américaine, tous deux saisis puis transférés aux États-Unis sur la base d’accusations de trafic de drogue fabriquées de toutes pièces.
La proposition de financement de la défense « comprend 8,4 milliards de dollars de plus que la demande du Pentagone, avec des centaines de millions de dollars supplémentaires nécessaires pour soutenir des programmes tels que l'E-7 Wedgetail, que l'armée de l'air a tenté d'annuler, et l'avion de chasse F/A-XX de la marine », a rapporté Breaking Defense. « Malgré les 8 milliards de dollars supplémentaires, le Pentagone ayant soumis plus de 50 milliards de dollars de demandes de financement supplémentaires depuis l'envoi de sa demande budgétaire au Capitole en juin, le département sera toujours à court d'une partie des fonds qu'il souhaite obtenir pour l'exercice 2026. » Trump a déjà annoncé qu'il demanderait 1500 milliards de dollars pour l'armée au cours de l'exercice 2027.
Trump a exhorté à l’adoption du projet de loi sur Truth Social dimanche. « Nous devons rouvrir le gouvernement, et j’espère que tous les républicains et démocrates se joindront à moi pour soutenir ce projet de loi et le transmettre à mon bureau SANS DÉLAI. »
Dans une interview accordée au New York Times le 31 janvier, Schumer a clairement indiqué à quel point il avait été un conseiller loyal de l'administration Trump alors que celle-ci tente d'instaurer une dictature présidentielle face à l'opposition de masse de la population. « Le peuple américain déteste ce qui se passe dans les rues », a déclaré Schumer à Trump, ajoutant : « Franchement, cela nuit à votre crédibilité à tous les niveaux.»
« Ils savent que cela leur nuit », a déclaré Schumer au Times, « et si ces bandes de voyous hors-la-loi continuent de déferler dans les rues, cela leur sera très défavorable. Ils ont un intérêt à réformer cela, d’autant plus que Trump leur a en quelque sorte donné le feu vert. » Le chef de file des démocrates au Sénat ne s’oppose pas à l’attaque de Trump contre les droits démocratiques. Il conseille l’administration sur la manière de la mener plus efficacement.
Le sénateur Brian Schatz, d’Hawaï, prochain dans l’ordre de succession à la direction démocrate, a déclaré lundi à Semafor : « Soit Trump décide que cela représente pour lui une spirale politique mortelle et qu’il doit en sortir [...] soit nous n’aurons pas d’accord. »
Si l’immense majorité des travailleurs et des jeunes aux États-Unis souhaitent voir Trump démis de ses fonctions et poursuivi en justice pour son attaque systématique contre la Constitution, la préoccupation des démocrates est de sauver l’administration Trump de sa « spirale politique mortelle ».
Il s’agit d’une continuation du rôle que les démocrates jouent depuis le 6 janvier 2021. Après qu’une foule fasciste a pris d’assaut le Capitole dans une tentative d’annuler l’élection de 2020, les dirigeants démocrates se sont empressés de réhabiliter le Parti républicain. Le président Biden a déclaré : « Nous avons besoin d’un Parti républicain. Nous avons besoin d’une opposition qui soit de principe et forte. » Après que Trump a remporté l’élection de 2024, à la suite du ralliement de larges pans de l’oligarchie financière américaine derrière lui, Biden lui a serré la main dans le Bureau ovale et a promis que la transition serait « aussi fluide que possible ».
Le comité éditorial du Washington Post, qui s’exprime au nom d’une large fraction de l’establishment politique, a publié lundi une tribune intitulée : « Une meilleure supervision aidera l’ICE à rétablir la confiance nécessaire. » On y lit : « Les législateurs de bonne volonté, dans les deux partis, devraient comprendre qu’une véritable responsabilité n’empêchera pas les agents de l’ICE de s’attaquer aux menaces pesant sur la sécurité publique. » En traitant la campagne de répression de l’ICE comme un simple problème de relations publiques nécessitant une « meilleure supervision », plutôt que comme un élément de la marche de Trump vers un régime dictatorial, le Post cautionne de fait la répression elle-même.
L’opposition de masse à Trump – aux meurtres commis par l’ICE, aux occupations militaires, aux menaces de guerre contre l’Iran et à travers l’Amérique latine – ne doit pas être détournée vers le Parti démocrate. Les démocrates ne cherchent pas à arrêter Trump. Ils cherchent à gérer les retombées politiques de ses politiques fascistes tout en garantissant que le militarisme et la répression intérieure se poursuivent sans interruption.
Les deux partis représentent la même oligarchie financière qui s'est considérablement enrichie sous Trump. Au cours de la première année de son second mandat, la richesse combinée des milliardaires américains a augmenté de 1500 milliards de dollars, soit une hausse de 22 %, pour atteindre 8200 milliards de dollars. À lui seul, Elon Musk a augmenté sa fortune de 305 milliards de dollars. Les partis démocrate et républicain sont tous deux au service de cette classe, qui exige l'intensification de la guerre, de la dictature et des inégalités sociales.
