La déclaration faite lundi par le président Donald Trump dans un podcast de droite, selon laquelle le Parti républicain devrait « nationaliser » les élections et « prendre le contrôle du vote » dans les villes et les États dirigés par les démocrates, est le signal d'une intensification des efforts visant à truquer les élections de 2026 ou à les annuler purement et simplement.
Mardi, lors d'une allocution à la presse dans le Bureau ovale, Trump a réitéré ses exigences, puis les a développées plus longuement lors d'un entretien avec Tom Llamas de NBC News, dont des extraits ont été diffusés par la chaîne mercredi soir. Utilisant des termes ouvertement racistes, Trump a notamment pris pour cible Detroit, Philadelphie et Atlanta, villes à majorité de minorités et dirigées par des maires afro-américains, les qualifiant de « corrompues ».
Fait significatif, Llamas n'a exprimé aucun désaccord avec les mensonges incessants de Trump concernant l'élection de 2020, et n'a pas non plus souligné que sa tentative de s'emparer du contrôle du processus électoral dans certains États et villes constitue une violation flagrante de la Constitution. Tandis que les milliardaires renforcent leur emprise sur les médias dominants – les purges chez CBS et au Washington Post en sont des exemples récents –, les « journalistes » multimillionnaires s'adaptent à ce nouvel ordre établi.
Les menaces de Trump constituent la dernière étape d'une campagne d'escalade constante visant à restreindre les droits démocratiques du peuple américain, notamment le droit de vote. Cette campagne s'est notamment traduite par un redécoupage électoral systématique des circonscriptions électorales, l'adoption par la Chambre des représentants d'une loi exigeant une pièce d'identité pour voter et interdisant le vote par correspondance, ainsi que par des exigences du ministère de la Justice que des États lui communiquent leurs listes électorales, afin que les autorités fédérales puissent intervenir et invalider des électeurs.
Plus récemment, des agents du FBI ont perquisitionné le bureau électoral du comté de Fulton, en Géorgie (Atlanta), une opération supervisée sur place par le directeur adjoint du FBI, Tom Bailey, et la directrice du renseignement national, Tulsi Gabbard. Trump lui-même s'est entretenu directement avec les agents du FBI par l'intermédiaire d'un contact établi par Gabbard, qui a laissé entendre que la Chine s'était ingérée dans l'élection de 2020.
Toutes ces actions ont servi de prétexte aux allégations mensongères de Trump selon lesquelles sa défaite à l'élection de 2020 serait due aux votes d'« immigrants illégaux » arrivés aux États-Unis sous l'administration Biden. Or, les personnes non citoyennes n'ont pas le droit de vote et très peu tentent de le faire. Ces allégations sont invariablement liées à une forme ou une autre de la théorie fasciste du « Grand Remplacement », qui prétend que des millions d'immigrants d'Afrique, d'Asie et d'Amérique latine sont amenés aux États-Unis dans le but délibéré de « remplacer » la population blanche.
Dans la version ouvertement néonazie, les instigateurs de cette prétendue campagne sont des milliardaires juifs. Dans la version légèrement édulcorée de Trump, il s'agit du Parti démocrate. « Ils ont donc envoyé tous leurs gens, des millions et des millions de personnes », a-t-il déclaré lundi, en parlant des immigrants. « Nous devons les expulser. Et d'ailleurs, si les républicains ne les expulsent pas, vous ne gagnerez plus jamais une élection en tant que républicain. »
La campagne de Trump contre les élections de 2026 combine ainsi ses mensonges sur les « élections volées » de 2020, qui ont servi de prétexte à la tentative de coup d'État du 6 janvier 2021, et la campagne de terreur d'État en cours contre les immigrants, menée par des agents masqués et lourdement armés de la police de l'Immigration (ICE) et celle de la Protection des frontières (CBP).
La conséquence de tout ceci serait une élection truquée par le recours à la terreur policière pour intimider les électeurs anti-Trump, et en particulier les électeurs issus des minorités. L'ancien conseiller fasciste Steve Bannon a salué les propos de Trump, appelant les agents de l'ICE à « encercler » les bureaux de vote en novembre.
Si de telles méthodes s'avéraient inefficaces, Trump pourrait tout simplement déclarer que les résultats du vote dans certaines régions du pays devraient être ignorés. Ou encore, comme il l'a déclaré à un journaliste le mois dernier, les élections devraient être annulées purement et simplement en raison du prétendu « grand succès » de son administration.
Depuis l'adoption de la Constitution en 1789, les États-Unis ont organisé des élections législatives tous les deux ans et des élections présidentielles tous les quatre ans sans interruption. Ni la Grande Dépression, ni les guerres étrangères, ni même la guerre civile n'ont empêché leur déroulement. Si Trump envisage aujourd'hui ouvertement de mettre fin aux élections – en cette année qui marque le 250e anniversaire de la Déclaration d'indépendance –c'est parce que le capitalisme américain est confronté à une crise d'une ampleur encore plus grande.
Trump agit non pas en tant qu'individu, mais en tant que représentant d'une classe. Comme le WSWS a écrit la semaine dernière :
Le complot de Trump pour instaurer une dictature – dont les événements de Minneapolis ne sont qu'un élément – continue. L'ex-président parle et agit comme le représentant d’une oligarchie capitaliste qui, confrontée à l’escalade des crises économiques, politiques et sociales, rompt avec toutes les normes démocratiques et juridiques. Le rôle des démocrates est de cacher ce fait, d'anesthésier la population et d'empêcher l'émergence de tout mouvement d’en bas.
Le déchaînement de Trump à Minneapolis n'a été possible que grâce à la complicité, au silence et à la lâcheté des responsables démocrates, État après État, et surtout à Washington. Quelques heures seulement après les déclarations de Trump sur sa volonté de « prendre le contrôle » des élections, la direction démocrate de la Chambre des représentants a apporté juste assez de voix pour voter un budget de 1 200 milliards de dollars pour le Pentagone et d'autres ministères américains, dont une prolongation de courte durée du budget du département de la Sécurité intérieure, qui comprend l'ICE et le CBP.
Nul doute que Trump craint qu'une lourde défaite des républicains aux élections de 2026 n'affaiblisse son administration. Mais sa principale préoccupation n'est pas l’obtention de sièges par le Parti démocrate à la Chambre et au Sénat. Il a depuis longtemps compris ce que représentaient vraiment les démocrates. Ce fut Barack Obama qui l’accueillit à la Maison-Blanche après sa victoire de 2016, déclarant qu'après ce « match amical », démocrates et républicains étaient « dans le même camp ». Ce fut Biden qui déclara, après le coup d'État manqué de Trump le 6 janvier, vouloir un « Parti républicain fort ». Et la réponse des démocrates aux violences de l'ICE et du CBP a été de déposer des plaintes et de se lamenter.
Le New York Times a illustré la soumission des démocrates face à Trump dans un éditorial soulignant sa menace pour l'élection de 2026, mais commençant par une réprimande des démocrates qui critiquaient l'obligation de présenter une pièce d'identité pour voter, y voyant une tentative de réduire la participation des minorités. L'éditorial rappelait que Trump lui-même avait déclaré au Times « regretter de ne pas avoir envoyé la Garde nationale saisir les machines à voter après l'élection présidentielle de 2020 ». Pourtant, face à cette menace implicite de recours à la force militaire, le Times n'a pu que lancer un appel à la mobilisation pour que davantage de personnes se portent volontaires comme assesseurs et observateurs dans les bureaux de vote.
Trump n’est pas à la tête d’un mouvement fasciste de masse. Il cherche à réaliser ce que le coup d'État d'il y a cinq ans n'a pas réussi à accomplir : utiliser les forces armées du pouvoir exécutif pour instaurer une dictature présidentielle. L'obstacle à ce projet n'est pas le Parti démocrate, mais la classe ouvrière, qui représente l'immense majorité de la population américaine.
L’aspirant dictateur craint le mouvement de masse qui a éclaté à Minneapolis contre l'invasion meurtrière des agents de l'ICE et du CBP, ainsi que l'intensification de la lutte des classes illustrée par la vague de grèves d'infirmières qui a déferlé sur tout le pays et l'impact des licenciements collectifs et de la baisse du niveau de vie sur la conscience de la classe ouvrière.
La menace de dictature ne peut être combattue par le biais du Parti démocrate, qui, à l'instar des républicains, défend les intérêts de l'oligarchie financière et de l'impérialisme américain. Elle nécessite la mobilisation politique indépendante de la classe ouvrière.
La multiplication des grèves, des manifestations de masse et des appels à la grève générale indique la voie à suivre. Des préparatifs doivent être consciemment menés afin d’unir les travailleurs de tous les secteurs, par-delà les régions et pays dans une grève générale visant à contrer le complot de dictature de Trump. La classe ouvrière doit bâtir un mouvement politique indépendant dont l'objectif soit de casser le pouvoir de l'oligarchie financière et de renverser le système capitaliste qui conduit la société vers la dictature et la guerre.
