L'adoption du budget français par le 49.3 révèle la faillite de Melenchon

L'imposition lundi du budget 2026 par Macron et son premier ministre Sébastien Lecornu sans vote parlementaire souligne la crise mortelle de la démocratie en France. Le budget consolide la réforme des retraites imposée contre le peuple en 2023 et la militarisation de la France justifiée par les appels de Macron, aussi rejetés par le peuple, d'envoyer des troupes en Ukraine contre la Russie. Il est impossible de faire passer ce budget pour l'expression de la volonté générale des Français.

Le conflit de classe entre les travailleurs et un establishment politique aux ordres de l'oligarchie capitaliste fait sauter les uns après les autres les coupe-circuits du parlementarisme. La presse bourgeoise dénonce le budget et les partis à l'Assemblée pour n'avoir pas osé aller plus loin dans l'austérité. De l'autre, un conflit insoluble montre entre la classe ouvrière et les partis réactionnaires que les médias bourgeois font passer pour la gauche.

Macron et Lecornu ont pu imposer le budget surtout grâce à la complicité du PS, composante essentielle du Nouveau Front Populaire (NFP) dirigé par Jean-Luc Mélenchon. Le PS a refusé de voter contre Macron lors des votes de censure provoqués automatiquement par les trois recours de Lecornu au 49.3 pour imposer le volet «recettes», le volet «dépenses» puis l'ensemble du budget.

En 2023, quand Macron a imposé sa réforme des retraites via le 49.3, des manifestations ont explosé spontanément, à côté de grèves de masse. Si un pareil mouvement n’éclate pas aujourd’hui, ce n’est pas que l’atteinte à la démocratie soit moins grande, mais à cause des expériences amères des travailleurs avec les appareils syndicaux et politiques du NFP. En effet, en 2023 ceux-ci ont étouffé la mobilisation après la promulgation par Macron d’une réforme illégitime, rejetée par 91 pour cent des Français.

Aujourd’hui, ces appareils n’appellent à aucune grève contre le budget. Une résurgence de la lutte des classes se prépare en France, alors que des grèves éclatent aux USA contre la dictature policière du président fasciste Trump et contre l'austérité salariale ou budgétaire en Allemagne et en Italie. Mais les travailleurs ne pourront stopper la course à la dictature et à la guerre sans s’organiser pour déborder le NFP et lutter pour ôter le pouvoir à l’oligarchie capitaliste.

Le budget 2026 intensifiera les conflits de classe. Il approfondit le cours austéritaire et xénophobe de Macron, amputant 7 milliards d’euros à la Santé, 5 milliards aux collectivités territoriales, et 1 milliard aux investissement publics ainsi qu’aux aides humanitaires. Il supprime les Aides pour le logement (APL) d’étudiants non-boursiers de pays en dehors de l’UE, soit 76 pour cent d’entre eux. Il porte le budget de la défense de 60 à 67 milliards, achetant notamment des drones et les radars.

Le budget continue la dérive monstrueuse de la dette de l’État, qui est dans une faillite à peine masquée. Pour 501 milliards de dépenses, il aligne 401,6 milliards de recettes, en hausse de 24,6 milliards grâce à des impôts sur les mutuelles ainsi que sur certains hauts revenus. Ce déficit de 100 milliards fait grimper la dette à 3.500 milliards, soit 118 pour cent du PIB, une dette qui selon les prévisions gouvernementales augmentera au-delà de 2030.

Cette dette est vulnérable aux mouvements spéculatifs des marchés financiers. La dette souveraine massive des USA aspire de vastes sommes d’argent à travers le monde, et les pays de l’OTAN menacent une guerre contre l’Iran qui menace d’étrangler l’offre de pétrole du Golfe persique et de provoquer une crise économique mondiale. Les marchés pourraient lancer une envolée spéculative insoutenable des taux d’intérêt, pour plonger l’État en faillite et imposer des mesures d’austérité plus draconiennes.

Une crise budgétaire de cette ampleur, en France et dans les principaux pays de l’OTAN, signifie une crise historique du capitalisme. Deux issues sont ouvertes à l’international. Soit la classe ouvrière sera appauvrie par une purge d’austérité pour éliminer les déficits et pour enrichir l’oligarchie financière, soit elle confisquera les avoirs des milliardaires afin d’éliminer une dette ingérable et poser les bases économiques de réels progrès sociaux. C’est soit la barbarie capitaliste, soit une lutte des travailleurs pour le pouvoir ouvrier et le socialisme.

Les préparatifs dans la classe dirigeante française pour une restructuration fascisante de l’État sont en marche. Le projet du Rassemblement national (RN) néofasciste d’imposer 100 milliards d’euros en mesures d’austérité fait son chemin dans la bougreoisie, le président du RN Jordan Bardella ayant rencontré l’ex-chef de la Banque centrale européenne, Jean-Claude Trichet, pour en discuter. Une austérité de cette ampleur signifierait, par exemple, l’élimination pure et simple des retraites, ou du système de santé publique, ou des écoles et de l’assurance-chômage.

La bourgeoisie française évolue vers un régime trumpien, imposant ses politiques impopulaires en terrorisant le peuple avec des forces de l’ordre qui expulsent les immigrés et assassinent aussi des citoyens identifiés comme étant des opposants politiques.

Pour empêcher une telle évolution, la classe ouvrière devra s’affranchir de l’influence de Mélenchon, de son parti la France insoumise (LFI), et de ses satellites politiques petit-bourgeois. Depuis des années, LFI impose aux travailleurs la perspective de l’unité avec le PS, qui est un instrument de Macron, et subordonne les luttes de classe aux appareils syndicaux nationaux et aux manœuvres parlementaires infructueuses de Mélenchon.

A présent, Mélenchon prend ses distances du NFP qu’il a formée avec le PS, le PCF stalinien et les Verts. «Le vote de non-censure par le PS consomme son ralliement au gouvernement … Pour l’instant sans participation», écrit-il sur son blog.

Dénonçant «la campagne de sabotage du PS et de ses commensaux EELV et PCF» visant les mesures de censure portées LFI contre le Lecornu, il accuse le PS d’avoir maliceusement refusé la censure afin de briser le NFP: «L’évènement de cette non-censure va maintenant produire ce que nous savons et pourquoi cela a été fait par ses auteurs: le NFP est réduit d’un parti. Il va nous falloir vérifier qui y demeure et comment fonctionner.»

Mélenchon dit A, mais il refuse de dire B et C. Si le PS soutient le gouvernement sans y participer, qu’est-ce que cela dit sur Mélenchon lui-même? Il a sauvé le PS de la disparition électorale après son score de moins de 2 pour cent aux présidentielles de 2022, en soutenant les candidats PS aux législatives de 2024 dans le cadre du NFP. Sans surprise, le PS, sauvé par LFI, a continué les politiques impopulaires d’austérité et de guerre qu’il mène depuis les années 1980.

Ainsi Mélenchon a aussi rejoint sans participation le gouvernement Macron, étranglant les luttes ouvrières. Ceci découle des intérêts matériels des appareils politiques et syndicaux petit-bourgeois qu’il défend, et qu’expriment ses théories populistes. Rejetant le rôle révolutionnaire indépendant de la classe ouvrière et la révolution socialiste, il proclame depuis une décennie l’ère du peuple et prône une révolution citoyenne nationale que mènerait le parlement.

Le budget 2026 est un des fruits pourris de son populisme. Sa théorie antimarxiste, totalement ambigüe du point de vue de son orientation de classe, n’est pas une défense de la démocratie. En déclarant lors du second tour des élections de 2022 qu’il pourrait servir de premier ministre soit à Macron soit à un président néofasciste, puis l’année dernière que LFI «se soumettra» en cas de victoire électorale du RN, Mélenchon affiche sa compatibilité avec la dictature.

Pour déborder le NFP, les travailleurs devront bâtir leurs propres comités de la base, indépendamment des appareils syndicaux, et les relier à l’Alliance ouvrière internationale des comités de la base (IWA-RFC en anglais). La formation de telles organisations est la seule façon de libérer la lutte des classes de l’influence démobilisatrice mortifère du NFP. Dans un tel mouvement, le Parti de l’égalié socialiste interviendra afin de bâtir un mouvement politique expliquant aux travailleurs la nécessité d’une lutte pour le pouvoir ouvrier et le socialisme.

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