Ces dernières semaines s’est développé un mouvement en faveur d'une grève générale en réponse à l'occupation de Minneapolis par l'ICE, aux meurtres commis par l'État de Renée Nicole Good et d’Alex Pretti et, plus largement, aux efforts de Trump d'instaurer une dictature présidentielle.
Ces développements sont d’une grande portée pour la lutte des classes au Canada, où la classe dirigeante a exploité la vague de droits de douane et les menaces d'annexion du Canada par Trump pour intensifier considérablement son offensive contre les droits sociaux et démocratiques des travailleurs.
Le gouvernement libéral a repris page après page les politiques de Trump et du chef de l'opposition conservatrice d'extrême droite, Pierre Poilievre. Réorganisé et réorienté sous la direction de l'ancien banquier central et cadre supérieur Mark Carney, il a lancé une nouvelle campagne d'austérité, supprimant des services publics et des dizaines de milliers d'emplois fédéraux, augmentant massivement les dépenses militaires et éliminant pratiquement le droit de grève.
Pendant tout ce temps, les syndicats et le Nouveau Parti démocratique, financé par eux, ont fourni au gouvernement libéral de Carney et à la classe dirigeante une couverture et un soutien politiques essentiels. Au nom de la « défense du Canada » et des « emplois canadiens », ils se sont ralliés à la réponse de la classe dirigeante, baptisée « Équipe Canada », à la volonté de Trump de renforcer la position mondiale de l'impérialisme américain par l'agression, la guerre commerciale et les conflits militaires.
Les luttes des travailleurs, en particulier celles qui remettent directement en cause le gouvernement Carney, comme celles des agents de bord d'Air Canada et des postiers, ont été écrasées. Et avec le soutien total des syndicats, le NPD a contribué à assurer la survie du gouvernement libéral minoritaire au Parlement, notamment en faisant adopter son budget.
Dans sa propagande « Équipe Canada », la bureaucratie syndicale prétend être la plus farouche opposante à Trump.
Pourtant, elle a répondu à la montée de l'opposition de masse de la classe ouvrière au président aspirant dictateur soit par un silence total, soit par des déclarations creuses et totalement insignifiantes de « solidarité » avec le peuple de Minneapolis.
En effet, la bureaucratie syndicale « s'oppose » à Trump du point de vue du capital canadien, et non de la classe ouvrière.
Trump est une menace pour les travailleurs du monde entier. Mais les travailleurs canadiens ne peuvent s'opposer à lui et à tout ce qu'il représente – l'oligarchie, la dictature et la guerre – en s'alignant sur la classe dirigeante canadienne ou sur l'une de ses factions régionales.
Dans la mesure où elle s'oppose à Trump, la classe dirigeante canadienne le fait uniquement dans le but de défendre ses profits et ses privilèges, à commencer par son droit de préemption sur les richesses tirées de l'exploitation des travailleurs canadiens et des abondantes ressources naturelles du pays. Carney, le premier ministre de l'Ontario Doug Ford et d'autres représentants politiques du monde des affaires canadien ont clairement indiqué qu'ils ne souhaitaient rien de plus que de redynamiser le partenariat économique et militaire entre le Canada et les États-Unis, vieux de huit décennies. Tout ce qu'ils demandent, c'est que Washington reconnaisse les prérogatives de l'impérialisme canadien en tant que partenaire junior dans l'exploitation des Amériques et du monde.
Les syndicats sont très militants lorsqu'il s'agit d'imposer des droits de douane et d'autres mesures de guerre commerciale, dont le poids retombe principalement sur les travailleurs des deux côtés de la frontière sous forme de suppressions d'emplois et d'augmentations de prix.
Il en va tout autrement lorsqu'il s'agit d’une opposition à Trump venant de la classe ouvrière.
La plupart des syndicats et des fédérations syndicales canadiens n'ont même pas publié de communiqué de presse condamnant la campagne de terreur et d'intimidation menée par l'administration Trump à Minneapolis et saluant la montée de l'opposition populaire.
Ceux qui l'ont fait n'ont pas averti que le déploiement massif par Trump d'agents de l'ICE et de troupes de la Garde nationale dans les villes américaines est un élément clé d'une opération en cours visant à renverser toutes les normes démocratiques et constitutionnelles et à instaurer une dictature présidentielle afin d'appliquer le programme d'hégémonie mondiale et de contre-révolution sociale de l'oligarchie dirigeante américaine dans le pays.
Tous sont restés silencieux sur le mouvement lancé par la base, en dehors des appareils syndicaux, en faveur d'une grève générale.
Après le meurtre de Good, la présidente du Congrès du travail du Canada, Bea Bruske, a publié un bref message sur X exprimant son « indignation », sans toutefois appeler les travailleurs à prendre des mesures pour soutenir l'opposition de masse grandissante à Trump. En fait, elle n'a même pas mentionné le nom de Trump. Ni elle ni le CTC n'ont fait de commentaires sur le meurtre subséquent de Pretti, un infirmier syndiqué.
La réaction de la présidente d'Unifor, Lana Payne, qui, comme Bruske, est une fervente partisane d’« Équipe Canada » et siège au Conseil consultatif du premier ministre sur les relations entre le Canada et les États-Unis, a suivi le même modèle. Au lieu de publier une déclaration officielle ou un appel à la solidarité des 320 000 membres d'Unifor, Payne a republié une vidéo de la manifestation du 23 janvier, une déclaration d'un dirigeant américain du secteur technologique et une chanson contestataire de Bruce Springsteen.
Il n'y a eu aucune réaction officielle de la part des sections canadiennes des syndicats United Steelworkers, Teamsters, United Food and Commercial Workers ou Communications Workers of America, qui sont censés exister pour unir les travailleurs du Canada et des États-Unis.
Le Syndicat canadien de la fonction publique, qui compte plus de 700 000 membres, l'Alliance de la fonction publique du Canada et le Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes n'ont pas non plus fait de commentaires sur les événements ou sur la montée générale du militantisme de la classe ouvrière au sud de la frontière. Cela inclut les grèves de plusieurs semaines menées par 15 000 infirmières à New York et 31 000 travailleurs de la santé de Kaiser Permanente en Californie.
La Fédération du travail de l'Ontario a publié l'une des rares réponses officielles. Dans sa déclaration soutenant la manifestation du 23 janvier, elle a exhorté les travailleurs canadiens à porter du violet, à partager des images sur les réseaux sociaux et à faire des dons pour financer les frais juridiques. Tout en décrivant la situation au Minnesota comme une « urgence aux conséquences nationales », elle a évité d'appeler à des réunions sur les lieux de travail pour discuter des implications des événements ou à une résistance collective.
Cette position est conforme à l'historique de la FTO. La présidente Laura Walton a accédé à son poste actuel après avoir étouffé un mouvement de grève générale qui se développait en Ontario en 2022, lorsque les travailleurs du soutien à l'éducation ont défié une loi antigrève brutale imposée par le gouvernement Ford. Walton, qui dirigeait alors le Conseil des syndicats des commissions scolaires de l'Ontario, affilié au SCFP, a collaboré avec le CTC, la FTO, Unifor et la direction nationale du SCFP pour mettre fin à la rébellion. Les travailleurs ont été contraints de reprendre le travail sans voter ni voir le contenu de l’entente, et sans qu'aucune de leurs revendications n'ait été satisfaite.
Walton, présentée par la pseudo-gauche comme représentante d'une « nouvelle génération de dirigeants syndicaux militants », a participé à une visioconférence Zoom avec le dirigeant de l'AFL-CIO du Minnesota le 22 janvier. Ce faisant, elle ne s'est pas montrée solidaire, ni elle-même ni la FTO, du mouvement naissant en faveur d'une grève générale d'une journée, mais a plutôt aidé ses collègues bureaucrates à l’étouffer.
L'appel à la grève générale est venu des travailleurs et des jeunes qui se sont mobilisés contre la violence orchestrée par l'État et perpétrée par les voyous fascistes de Trump à Minneapolis. Les bureaucraties syndicales sont intervenues pour étouffer cette impulsion vers un mouvement de masse plus large contre Trump et la transformer en une manifestation inoffensive d'une journée. Dans les jours qui ont précédé le 23 janvier, l'AFL-CIO du Minnesota et ses principales affiliées se sont prononcées contre une grève générale, affirmant qu'elle violerait les conventions collectives des travailleurs. Elles ont travaillé systématiquement pour transformer l'action prévue par les travailleurs en une manifestation menée main dans la main avec les employeurs et liée au Parti démocrate, un parti de Wall Street et de la CIA tout autant que les républicains de Trump.
Les déclarations du Syndicat national des employés publics et généraux et de la Fédération canadienne des syndicats d'infirmières ont dénoncé les meurtres de Good et Pretti. Elles ont invoqué le « devoir de diligence » des infirmières, tout en limitant leur réponse à des veillées et à des appels au Congrès américain pour qu'il mette en œuvre des réformes.
Le silence des organisations syndicales québécoises était particulièrement assourdissant. La FTQ, la CSN, la CSQ et la CSD n'ont publié aucune déclaration condamnant les meurtres commis par l'ICE ou soutenant les manifestations de masse contre Trump. Cela s'inscrit dans la continuité de leurs efforts de longue date pour isoler les luttes des travailleurs québécois et limiter leurs horizons politiques à la province, afin de faire dérailler l'opposition sociale croissante et de maintenir la domination politico-idéologique de la classe dirigeante.
Lorsque plus de 50 000 travailleurs ont participé à une manifestation de masse le 29 novembre dernier à Montréal, officiellement organisée pour défendre les droits des travailleurs, les dirigeants syndicaux n'ont fait aucune référence à l'attaque du gouvernement Carney contre le droit de grève ni à aucun événement survenu au-delà des frontières du Québec. À l'approche des élections provinciales qui se tiendront cet automne, la bureaucratie syndicale québécoise renoue avec ses liens étroits de longue date avec le Parti Québécois, un parti des grandes entreprises qui a évolué vers l'extrême droite. Le PQ rivalise avec la CAQ au pouvoir dans l'incitation à la haine contre les immigrants et courtise Trump pour qu'il soutienne son projet d'un Québec capitaliste indépendant.
La bureaucratie syndicale est hostile au développement d'un mouvement de la classe ouvrière unissant les travailleurs de part et d'autre de la frontière canado-américaine.
Depuis des décennies, la bureaucratie syndicale, le NPD et la pseudo-gauche propagent le mensonge selon lequel l'État canadien est plus « progressiste » et représente une forme de capitalisme « plus doux » que celui qui prévaut aux États-Unis, et dénigrent la classe ouvrière américaine en la qualifiant de désespérément réactionnaire. Les premiers signes d'un mouvement de masse dans la classe ouvrière américaine font voler en éclats ces mythes utilisés par les dirigeants syndicaux et la «gauche » officielle pour maintenir les travailleurs politiquement liés à la classe dirigeante canadienne.
Caste privilégiée de fonctionnaires qui réprime systématiquement la résistance de la classe ouvrière et la détourne vers la politique de l'establishment, les bureaucrates qui composent le CTC, Unifor et les syndicats québécois craignent l'éruption d'une opposition de masse de la classe ouvrière à Trump et à ses plans de dictature, et ce pour de multiples raisons. Se développant face à la répression et à la criminalité gouvernementales, ce mouvement sera objectivement poussé vers une grève générale illimitée, posant la question de quelle classe doit diriger et la nécessité de développer le pouvoir politique indépendant de la classe ouvrière. De plus, un tel mouvement galvanisera et radicalisera l'opposition de la classe ouvrière au Canada, alors que les travailleurs seront confrontés à la menace combinée de Trump et de la classe dirigeante canadienne. Ottawa est déterminée à renforcer sa position vis-à-vis de Washington et à s'assurer sa part du gâteau dans la course impérialiste au redécoupage du monde en intensifiant sa guerre de classe au pays.
Il existe une tradition indélébile de luttes communes unissant les travailleurs canadiens et américains, depuis l'émergence des Chevaliers du travail et des Travailleurs industriels du monde (IWW) à la fin du XIXe et au début du XXe siècle jusqu'à la formation de l'United Auto Workers pendant la Grande Dépression et les luttes sociales de masse des années 1960 et 1970. Aujourd'hui, les conditions sont réunies pour que les travailleurs politiquement conscients relancent ces traditions et les élèvent à un niveau supérieur, en les animant d'un programme socialiste et internationaliste.
La réaction populaire aux meurtres de Good et Pretti à Minneapolis montre qu'un mouvement de masse commence à se développer contre la dictature aux États-Unis. Les travailleurs canadiens doivent s'orienter consciemment vers cette lutte, en rejetant le poison nationaliste d’« Équipe Canada » et le nationalisme québécois promu par la bureaucratie syndicale québécoise. Ils doivent se battre pour fusionner leurs luttes avec celles de leurs frères et sœurs de classe de l'autre côté de la frontière.
Cela nécessite une rupture avec la bureaucratie syndicale et la création de comités indépendants de la base, reliés entre eux à travers les industries et les frontières par l'Alliance ouvrière internationale des comités de base. Ce n'est que par une telle lutte internationale unifiée que les travailleurs pourront s'opposer à Trump, Carney, la dictature, la guerre et l'austérité, et abolir le capitalisme en crise.
